Protéger l’identité géographique du Québec

Catherine Lefebvre Collaboration spéciale
L'appelation Agneau de Charlevoix exige que l’agneau soit né et élevé dans la région de Charlevoix.
Photo: Francis Gagnon L'appelation Agneau de Charlevoix exige que l’agneau soit né et élevé dans la région de Charlevoix.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Les mots « manger local » sont sur toutes les lèvres. On veut plus d’aliments d’ici dans notre assiette et soutenir davantage les producteurs locaux. Mais saviez-vous que cinq produits québécois portent même une appellation « Indication géographique protégée », une nouvelle tendance chez nous qui pourrait prendre de l’ampleur ?

Selon le Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), l’appellation Indication géographique protégée (IGP) « établit principalement un lien entre un produit et une région en reconnaissant qu’[il] présente des caractéristiques particulières attribuables à sa région de production ». Au Québec, il n’y a que cinq produits possédant l’appellation IGP. À titre de comparaison, en France, il y en a 142 dans le secteur agroalimentaire et 76 dans le secteur viticole. Pensons notamment au jambon de Bayonne, au fromage Raclette de Savoie et au cidre de Normandie.

Comme l’indique l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), l’équivalent du CARTV en France, l’IGP est aussi liée à un savoir-faire. « La France a reconnu ses premières appellations contrôlées dans les années 1930, explique Nicolas Bourque, coordonnateur à l’information au CARTV. Les avantages de cette protection sont bien compris à la fois par les consommateurs (authenticité, qualité, retombées économiques pour une région) que pour les producteurs (crédibilité, rayonnement de l’entreprise, reconnaissance sur les marchés étrangers). Au Québec, la Loi sur les appellations réservées et les termes valorisants a été adoptée en 2006. » Cette reconnaissance est donc relativement nouvelle et méconnue.

Or, le terroir québécois est riche et singulier. « L’IGP est l’outil idéal pour les producteurs qui souhaitent mettre en valeur l’origine de leur produit et les caractéristiques uniques liées à notre territoire, insiste Nicolas Bourque. […] C’est le bon moment pour faire rayonner les indications géographiques au Québec. »

Voici celles que nous avons pour le moment.

Agneau de Charlevoix

L’IGP Agneau de Charlevoix date de 2009, la première appellation contrôlée du Québec et d’Amérique du Nord. Elle exige que l’agneau soit né et élevé dans Charlevoix. Son alimentation doit être à base d’orge et d’avoine locales, et de fourrages produits principalement par les éleveurs. Le maïs est donc exclu de son alimentation, de manière à valoriser les ressources régionales, même si cela ralentit sa croissance. Ainsi, l’agneau de Charlevoix est de plus petite taille que la normale.

Il existe seulement deux éleveurs et un atelier de transformation, Le Véritable Agneau, où l’on peut se procurer les produits des fermes certifiées.

Cidre de glace du Québec

L’IGP Cidre de glace du Québec a quant à elle été reconnue en 2014. Il s’agit d’un cidre fait uniquement par fermentation partielle du jus de pommes tardives du Québec, dont les sucres sont concentrés par le froid naturel. Si le cidre est effervescent, les bulles doivent provenir de méthodes traditionnelles, et non par l’ajout de CO2. Puis, chaque étape de production doit se faire dans la zone géographique délimitée par la chaîne de montagnes des Laurentides au nord, la frontière américaine au sud, l’Ontario à l’ouest et les Appalaches à l’est. De plus, au moins 50 % des pommes utilisées doivent provenir du verger et la production doit aussi être faite sur place.

Il y a huit producteurs dont le cidre de glace possède une IGP au Québec, comme Les vergers Lafrance, Les vergers Petit & Fils et le verger Hemmingford.

Vin de glace du Québec

Le vin de glace du Québec a aussi obtenu son appellation en 2014. Dans son cas, il est conçu par fermentation partielle du moût de raisin ayant gelé sur la vigne. Son sucre résiduel ne provient aussi que des sucres naturels du raisin gelé. La culture et la transformation du raisin doivent respecter les mêmes critères que les autres produits viticoles reconnus comme IGP.

Il y a dix producteurs de vin de glace du Québec dans la province, notamment le vignoble de l’Orpailleur, le Domaine Les Brome et le Domaine des Salamandres.

Maïs sucré de Neuville

Le maïs de Neuville possède l’appellation IGP depuis 2017. Il concerne spécifiquement le maïs sucré poussant à Neuville. Son climat et son sol lui offrent des conditions agricoles idéales. Provenant de semences non modifiées génétiquement, ses grains se caractérisent par leurs couleurs allant du jaune à l’ivoire, leur texture très tendre et leur goût sucré.

Il n’y a que neuf cultivateurs détenant cette IGP, comme les fermes Dubuc, Jean-Paul Côté et fils, ainsi que Béland et fille. On peut se procurer le maïs de Neuville chez le producteur ou dans les marchés publics de la région de la Capitale-Nationale lorsqu’il est de saison.

Vin du Québec

L’IGP Vin du Québec a enfin été reconnue en 2018. Comme le cidre et le vin de glace, la zone géographique de viticulture, la provenance des raisins utilisés et la production au vignoble font partie des critères de sélection.

Il y a 33 vignobles au Québec offrant des produits reconnus selon l’IGP Vin du Québec. Le Domaine de Lavoie, le vignoble Sainte-Pétronille et le vignoble Rivière du Chêne font entre autres partie de la liste. C’est de loin l’IGP comprenant le plus grand nombre de producteurs de toute la province.