Voyage autour des champignons

Marie-Julie Gagnon Collaboration spéciale
Un cèpe, une chanterelle commune, une morille blonde et une russule homard
Illustration: Matthieu Goyer Un cèpe, une chanterelle commune, une morille blonde et une russule homard

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Quiconque se balade sur les réseaux sociaux l’a constaté : les Québécois semblent s’être pris de passion pour la cueillette des champignons. Certains vont même jusqu’à s’offrir des escapades un peu partout au Québec pour assouvir leur passion fongique. Cette tendance a un nom : le mycotourisme.

Initié à la cueillette par son grand-père en Suisse, Fred Chappuis, chef à domicile et membre fondateur de la Filière mycologique de la Mauricie, constate l’engouement grandissant pour cette activité, qui permet selon lui de nous « réapproprier notre nature ».

« Nous sommes dans les balbutiements du tourisme mycologique au Québec, dit-il. Sur Facebook, nous voyons pulluler les pages sur les champignons, les manières de les cuisiner, etc. »

Fondée en 2012, la Filière est devenue membre d’Aventure Tourisme Québec en juin dernier, ce qui a mené à l’accréditation de deux premiers guides mycologues. Une visite sur le site Web de l’association mauricienne suffit pour prendre la mesure du dynamisme des membres : la section « événements » regorge d’activités tous les week-ends de septembre et octobre. Le 12 septembre prochain à Lac-Édouard, près de La Tuque, la guide Lorraine Hallé convie par exemple les curieux à une journée consacrée à la thématique. « La journée débute par deux heures d’initiation avec la guide, explique M. Chappuis. Les participants vont identifier et cueillir. Je leur prépare ensuite un repas trois services à base de champignons. Ça se passe à l’extérieur, dans le bois, avec une nappe blanche… » Que servira-t-il comme dessert ? « Un pouding chômeur… aux champignons ! »

La Fillière mycologique de la Mauricie a également accueilli le premier Sommet du mycotourisme l’année dernière, à Trois-Rivières, permettant ainsi à plus de 100 participants de 68 organisations du Québec de discuter du tourisme en lien avec les champignons sauvages et de culture. « Chacun a la réalité de son terrain, observe M. Chappuis. Il y a de 5000 à 6000 sortes de champignons au Québec. On en compte environ 200 qui ont un intérêt gastronomique, mais on en retrouve seulement une vingtaine sur les tables du Québec. »

La Filière mycologique de la Mauricie organise également depuis quatre ans un événement gastronomique destiné à mettre en valeur les champignons et les produits forestiers non ligneux (PFNL). L’objectif ? Attirer les gourmands aux tables des chefs qui créent des mets à partir des richesses forestières de la Mauricie,du 2 au 12 octobre. « L’année dernière, plus de 3000 plats ont été servis », souligne Fred Chappuis.

Ailleurs au Québec

Lanaudière et le Kamouraska font aussi partie des régions les plus actives en matière de mycotourisme. À Saint-Jean-de-Matha, bien qu’il soit impossible de visiter l’abbaye Val- Notre-Dame durant la pandémie en raison de l’âge avancé des moines, des ateliers sur les produits forestiers sont toujours offerts dans un bâtiment récemment aménagé à cet effet. Devant la popularité de l’activité d’initiation aux champignons sauvages comestibles, des dates ont été ajoutées en octobre. Des ateliers de cuisine sont également au programme. Sur son site Web, Tourisme Kamouraska propose pour sa part un guide des champignons, téléchargeable en format PDF. Depuis 2018, la MRC table sur le mycodéveloppement pour dynamiser la région. Un site consacré au tourisme mycologique a même été lancé, dans lequel on dresse notamment une liste des restaurants avec des menus mycologiques en saison.

Lancé en août dernier, le premier Mois du champignon propose par ailleurs de nombreuses activités et expériences mycotouristiques, jusqu’au 20 septembre. La COVID-19 aura toutefois eu raison de la sixième édition du Festival des champignons forestiers du Kamouraska, initialement prévue du 18 au 20 septembre 2020.

Paradoxalement, si la pandémie a entraîné l’annulation ou l’adaptation de certains événements cette année, l’intérêt actuel envers le mycotourisme semble directement lié au contexte des derniers mois. Directeur général de Tourisme Aventure Québec, Pierre Gaudreault affirme que d’autres associations mycotouristiques issues de différentes régions pourraient rejoindre le regroupement. « On dirait que le comportement des Québécois a changé avec la COVID, observe-t-il. Il y a eu une ruée vers le plein air. L’été a été marqué par l’appel de la nature. »

Fred Chappuis abonde dans le même sens. D’ailleurs, l’expérience n’est pas seulement liée à l’envie de cuisiner. De nombreux randonneurs s’adonnent aussi à la mycologie.« Nous voulons découvrir autre chose, croit le chef. Des cercles mycologiques et de petits clubs se forment. Plusieurs adeptes n’en mangent pas, mais adorent aller se promener et faire de l’identification. Nous pouvons passer trois, quatre ou cinq heures dans le bois. Nous ne voyons pas le temps passer. »

Et si le vrai pouvoir magique du champignon était de nous ramener dans le moment présent ?