Brigades gastronomiques familiales

Éric Gauthier prépare  une pâte  à pain avec  ses trois filles.
Fanny Horel-Gauthier Éric Gauthier prépare une pâte à pain avec ses trois filles.

En cette période de confinement, les parents doivent occuper les enfants. Si l’on se fie aux photos et aux vidéos partagées sur les réseaux sociaux, l’activité préférée des familles est certainement la cuisine ! Un loisir qui s’accompagne de la transmission de certaines valeurs essentielles.

Chez les Gauthier-Horel les plaisirs de la table sont valorisés : le père, Éric, est chef et la mère, Fanny, mixologue ; l’aînée, ex-participante de l’édition junior des Chefs, en est à son deuxième livre de recettes, Cuisine avec Inès autour du monde. En temps ordinaire, les activités des parents et celles de leurs trois filles, Inès, Lilly et Jade, ne leur permettent pas de cuisiner ensemble comme ils le voudraient. Or, la situation vient de changer : la mère explique qu’ils ont dû fermer leurs ateliers de cuisine et vider les réfrigérateurs en raison de la crise.

« Éric est arrivé à la maison avec plusieurs sacs de pommes de terre et de champignons en demandant aux filles des idées de recettes pour les apprêter. En est sorti un gratin dauphinois ainsi qu’un délicieux velouté de champignons ! Les filles étaient très fières de leurs plats. Elles ont développé ainsi leur débrouillardise et leur créativité. »

Les enfants ne se plaignent pas de la situation actuelle : « Je suis contente parce que cela me fait passer du temps avec mon père. J’apprends des trucs de cuisine et je les enseigne à mes sœurs. On se crée des souvenirs familiaux », explique l’aînée.

La mère ajoute qu’à travers cette activité, elle et son mari en profitent pour donner quelques leçons de vie. « Hier, elles voulaient faire des pancakes, mais il restait des brioches. Je leur ai dit qu’on finissait de manger ce qu’on avait déjà cuisiné et qu’ensuite on préparerait un autre plat. On ne va pas non plus acheter des ingrédients pour une recette, on l’adapte à ce qu’on a déjà pour éviter le gaspillage. »

Manon et son conjoint, Lionel, ont des jumeaux de 13 ans, Alizée et Malek. Comme les deux enfants ont une santé précaire, les parents ont choisi de vivre cette période en confinement volontaire. « On s’est dit qu’on allait limiter nos épiceries pour éviter de sortir. Nous devons faire attention à notre argent, car nous ne travaillons presque pas en ce moment. On a informé les enfants qu’on allait utiliser les produits qu’on avait déjà dans nos frigos, congélos et placards pour cuisiner. »

Photo: Lionel du Souich Manon et ses enfants, Malek et Alizée, cuisinent des dumplings.

Blogueurs culinaires, Manon et Lionel ont un grand nombre de denrées non périssables. « On a fait un inventaire et demandé des idées de repas aux enfants. Nous étions impressionnés par leurs bonnes idées et nous les avons intégrées dans nos repas. Les enfants ont eu l’impression de contribuer à quelque chose d’important. »

Manon a appris de sa grand-mère l’art de cuisiner avec ce qui lui tombait sous la main et d’utiliser les mêmes ingrédients dans plusieurs recettes pour éviter le gaspillage. Elle enseigne à son tour à sa famille cette « cuisine de survivance ». « C’est un éveil de conscience pour les enfants. Cela les rend reconnaissants de la chance qu’on a d’avoir accès en temps normal à une grande diversité d’aliments. » Pour inspirer les familles, Manon et Lionel ont créé une capsule YouTube sur leur chaîne La Petite Bette, intitulée « Cuisine de la quarantaine » !

Responsabilisation

Alexandra Diaz, animatrice et autrice de livres de cuisine : Cuisine futée, tomes 1 à 4, avec Geneviève O’Gleman (Éditions de la semaine), et Fiesta santé (Éditions de l’Homme), a aussi deux adolescents. Faute de contrats en ces temps sombres, elle se retrouve avec eux à la maison.

« C’est l’occasion rêvée d’impliquer les enfants dans la cuisine, la façon la moins chère de s’alimenter en contrôlant le contenu de nos assiettes et de manger santé. » Alexandra affirme que l’enseignement qu’elle prodigue ces jours-ci à ses adolescents est un bien inestimable qui leur profitera toute la vie. « Ma mère m’a initiée à l’alimentation de pauvres. On ne perd rien et on utilise tout ce qu’on a. Aujourd’hui, cette notion prend tout son sens. Je transmets cet héritage à mes enfants, qui sauront comment gérer à leur tour leur budget et se débrouiller quand ils quitteront la maison. »

Henri et Simone sont déjà bien impliqués dans la préparation des repas. « Après la marche extérieure et le point de presse du premier ministre Legault, écouté en famille, on prévoit ce qu’on va manger. Je laisse une grande liberté à mes enfants pour décider des recettes et aussi des tâches de cuisine. »

Pour Alexandra Diaz, aujourd’hui, plus que jamais, le partage des tâches est essentiel à un sain équilibre familial. « Toutes les distractions extérieures étant évacuées, on partage ces moments d’entraide ensemble. Le noyau familial se resserre ; on sait qu’on sortira plus forts de cette expérience. »

La cuisine comme anxiolytique

Louis, père célibataire, a la garde partagée de ses filles, Laura-Rose et Audrey, 10 et 8 ans. En télétravail, il doit composer avec le temps consacré à ses enfants et celui réservé à son emploi. La cuisine est l’activité familiale préférée de ses filles.

« On vit une situation si particulière qu’elles ne réalisent pas encore l’ampleur de ce qui se passe. Elles savent juste que l’école est en pause, contentes de passer du temps avec papa. La cuisine est une bonne façon de les occuper et de calmer une possible anxiété due à ce qu’on vit. »

Après quelques leçons scolaires imposées, la famille expérimente des recettes choisies en grande partie par les enfants. « C’est la récréation ! En même temps, j’en profite pour enseigner à mes filles les bases de la cuisine pour qu’elles deviennent un jour autonomes. »

« Je fais une petite recherche avant notre activité pour leur apprendre d’où viennent les ingrédients qu’elles vont cuisiner. Cela leur donne un bagage culturel ».

Louis tente de rester positif dans la situation actuelle : « On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Au lieu de faire peur à mes filles avec tout ce qui se passe, je préfère mettre l’accent sur la chance qu’on a de cuisiner ensemble et de partager ces moments. »