Cuisiner ensemble au temps du coronavirus

Cette année, le thème de cette journée est Ensemble: les mains à la pâte!
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Cette année, le thème de cette journée est Ensemble: les mains à la pâte!

Depuis 23 ans, le Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ) célèbre annuellement la Journée nationale des cuisines collectives, afin de faire rayonner leur apport considérable dans la communauté.


Cette année, le thème de la journée est : « Ensemble : les mains à la pâte ! » Mais peut-on cuisiner ensemble au temps du coronavirus ?
 

Chacun chez soi, ensemble

Le RCCQ est une organisation à but non lucratif faisant la promotion et la consolidation des cuisines collectives émergentes au Québec. On en compte désormais 1382 un peu partout dans la province. Selon le regroupement, celles-ci « agissent positivement afin de promouvoir une saine alimentation, viser le développement de l’autonomie alimentaire, lutter pour le droit à l’alimentation, réduire le gaspillage alimentaire et briser la solitude ».

Mais lorsque tout le monde est invité à rester chez soi et que les organismes qui accueillent des groupes de cuisine collective sont fermés, cela rend l’exécution des repas plus difficile, particulièrement pour les personnes seules et vulnérables.

Si la cuisine a habituellement le pouvoir de rassembler, qu’est-ce que les familles ou groupes d’amis peuvent faire en temps de pandémie ?

« En ce moment, la prévention et la considération de la santé de tous sont primordiales, insiste Jocelyne Gamache, coordonnatrice du RCCQ. C’est pourquoi on doit éviter toute proximité non nécessaire. Par ail-leurs, pour les personnes vivant une situation de vulnérabilité et pour qui la cuisine collective est une nécessité pour s’alimenter, les organismes ont mis en place des mesures pour s’adapter à la situation et ne laisser tomber personne. »

Certains organismes poursuivent la distribution de nourriture par exemple, même s’ils ont cessé les activités de cuisines collectives.

D’autres cuisinent des plats qu’ils distribuent eux-mêmes aux personnes dans le besoin. « L’objectif est de ne laisser personne vivre de l’insécurité alimentaire dans cette période trouble », ajoute-t-elle.

D’ailleurs, tous les restaurateurs qui ont dû fermer leurs portes en raison de la pandémie de COVID-19 sont invités à donner leurs denrées périssables à des organismes comme la Mission Old Brewery et la Tablée des chefs. Cela permettra du moins d’éviter qu’une quantité importante de nourriture soit gaspillée, l’une des principales raisons d’être des cuisines collectives.

Pour moins gaspiller

En effet, l’ampleur du gaspillage alimentaire est préoccupante. Selon Statistiques Canada, chaque Canadien gaspillerait en moyenne 180 kg de nourriture par année. De la ferme à la table, ce serait le tiers des aliments qui est gaspillé. Cela équivaut à 27 milliards de dollars par année.

À l’échelle mondiale, c’est 1,3 milliard de tonnes de nourriture qui se retrouvent aux ordures, selon les données de la FAO.

Si le quart de ces pertes était évité, nous pourrions nourrir 842 millions de personnes. Cela représente ni plus ni moins le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde, toujours selon les données de la FAO.

Pour les personnes vivant une situation de vulnérabilité et pour qui la cuisine collective est une nécessité pour s’alimenter, les organismes ont mis en place des mesures pour s’adapter à la situation et ne laisser tomber personne

Au Canada, les statistiques à l’égard de l’insécurité alimentaire ne sont pas reluisantes. Selon Statistique Canada, 8,3 % des ménages canadiens étaient en situation d’insécurité alimentaire, selon les plus récentes données de 2011-2012. C’est presque un ménage sur dix.

Or, si nous gaspillons moins tout au long de la chaîne alimentaire, il y aurait non seulement de sérieuses économies à faire, mais il serait aussi envisageable de mieux répartir l’accès à l’alimentation pour contribuer à réduire au maximum l’insécurité alimentaire au pays et ailleurs dans le monde.

Certes, l’adoption de nouvelles politiques et de mesures gouvernementales est sans doute la façon la plus efficace de réduire la plus importante proportion du gaspillage alimentaire au pays.

Dans l’attente de ces politiques, la réduction du gaspillage alimentaire à l’échelle individuelle demeure un geste réaliste et surtout économique. Dans une situation d’insécurité alimentaire, il est d’autant plus payant d’éviter de jeter de précieuses denrées. Pour y parvenir, il faut faire planifier et prendre le temps de préparer ses repas.

Des gestes qui ne sont pas toujours faciles à faire lorsque le temps et les connaissances en cuisine manquent, et que les moyens financiers sont faibles et incertains.

Que faire maintenant ?

Dans la situation extraordinaire actuelle, il existe tout de même des façons de cuisiner ensemble, de façon sécuritaire et agréable.

« Pour les personnes qui habitent ensemble ou qui continuent de se voir en cette période de confinement, il est possible de continuer à cuisiner ensemble et de planifier ses repas pour la semaine si tout le monde se sent à l’aise et prend les mesures d’hygiène appropriées, avance Jocelyne Gamache. La cuisine laisse place à la créativité et aux échanges, des aspects bénéfiques qui peuvent aider en cette période de stress et de solitude. »

L’utilisation des applications telles que Skype ou FaceTime peut être particulièrement utile pour socialiser avec ses amis et sa famille. Encore faut-il avoir accès à un téléphone intelligent et à une connexion Internet haute vitesse.

Pour les aînés qui sont confinés à la maison, il existe également des organismes leur venant spécifiquement en aide, comme les popotes roulantes, le dépannage alimentaire ou l’aide à domicile.

« Le RCCQ est préoccupé par l’accès à l’alimentation des aînés et souhaite que toutes les mesures soient mises en place pour s’assurer que la pandémie n’aura pas d’effet sur leur capacité à se nourrir adéquatement, malgré l’isolement qui les confine à domicile », ajoute Me Gamache.

Et pour ceux et celles qui ont dévalisé les épiceries en se mettant sur le mode « survivaliste » sans réelle raison valable, cela a des effets secondaires sur l’accès à l’alimentation pour tous, particulièrement les personnes âgées et vulnérables.

Pas de stockage de nourriture

« Cela peut également pénaliser les banques alimentaires et autres services de dépannage qui viennent en aide aux gens dans le besoin, précise Jocelyne Gamache. Il n’est pas du tout nécessaire de stocker de la nourriture. On peut aussi éviter de se rendre trop souvent au supermarché en planifiant mieux ses repas. » Une recommandation à suivre tout au long de l’année, d’ailleurs !

Sans contredit, le rôle des cuisines collectives dans les communautés est d’une importance capitale, surtout pour lutter contre le gaspillage alimentaire et favoriser l’accès à une alimentation saine pour tous.

Prendre conscience de la réalité et des besoins de chacun ne peut que faire germer des pistes de solutions inspirantes, adaptées et réalistes pour tous, afin d’éliminer l’insécurité alimentaire le plus rapidement possible.

Et lorsque nous pourrons nous réunir et cuisiner ensemble à nouveau, les discussions ne seront que d’autant plus enrichissantes et motivantes.

À lire

La planète dont tu es le super z’héros écolo, Florence-Léa Siry, Éditions Petit Homme, Montréal, 2020, 128 pages (à paraître le 8 avril)

1, 2, 3 vies. Recettes zéro gaspi, Florence Léa-Siry, Éditions Glénat, Grenoble, 2018, 176 pages