Notre assiette, d’hier à aujourd’hui

La dernière pièce de l’exposition porte sur les habitudes alimentaires actuelles.
Photo: Catherine Lefebvre La dernière pièce de l’exposition porte sur les habitudes alimentaires actuelles.

De l’histoire de la chasse à la domestication et de la cueillette à l’agriculture, l’exposition temporaire Je mange donc je suis, présentée au Musée de l’Homme à Paris, parcourt les nombreuses facettes qui influent sur nos choix alimentaires.

Des chasseurs-cueilleurs aux éleveurs-agriculteurs

Pour expliquer le système alimentaire actuel, il est important de comprendre comment l’agriculture et la domestication d’espèces pour en faire de l’élevage l’ont façonné. L’exposition débute justement par quelques notions d’histoire, à commencer par l’évolution des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs vers la domestication, l’agriculture et l’aquaculture.

D’entrée de jeu, on peut voir des représentations de la dentition des premiers homininés (d’environ 7 millions à 2 millions d’années). La grande taille et l’usure des dents indiquent qu’ils se nourrissaient principalement de végétaux durs et résistants, et cela a perduré pendant des millions d’années. On apprend aussi qu’il y a 3 millions d’années, la viande a fait son chemin dans l’alimentation de nos ancêtres.

L’agriculture et la domestication des espèces comme source de nourriture datent d’il y a 10 000 à 5000 ans selon les différentes régions du monde. Avant cela, les humains étaient des chasseurs-cueilleurs-pêcheurs nomades. C’est d’ailleurs au cours de cette période de transition que notre génétique a eu le temps de s’adapter à certains changements. Pensons notamment à l’adaptation à la consommation de lait dans les populations pastorales, c’est-à-dire les éleveurs pratiquant l’élevage extensif en pâturage et dépendant de cet élevage. On cite en exemple les vaches en Afrique et en Europe, les dromadaires en Arabie saoudite ou les bufflonnes en Inde du Nord, où les populations boivent du lait d’autres mammifères depuis l’ère néolithique. Au fil du temps, les populations ont migré vers les cités.

Or, l’agriculture et l’élevage se sont adaptés à ce déplacement qui n’a cessé de prendre de l’ampleur. Plus les villes prenaient de l’expansion, plus l’agriculture et l’élevage s’éloignaient des grandes concentrations de mangeurs. Parallèlement à cela, de nouvelles pratiques permettaient de produire des aliments de façon plus efficace, afin de répondre à la demande des populations grandissantes. Au fil de la transformation de nos moyens de subsistance, notre palais s’est aussi développé, nous conduisant à préférer ou à détester certains aliments ou certaines recettes.

Une histoire de goût

En effet, le goût, qu’il soit bon ou mauvais, n’est que la perception de ce que l’on en fait. Il est influencé par nos origines, notre culture et l’environnement dans lequel on apprend à goûter à de nouveaux aliments. Une des animations de l’exposition porte justement sur quelques-uns des aliments interdits, comme le porc dans l’islam et le judaïsme ou le bœuf dans l’hindouisme. Ces interdits portent souvent sur les animaux, que ce soit l’espèce en tant que telle ou sa méthode de préparation.

D’une culture ou d’une religion à l’autre, il est socialement accepté de consommer ceci ou carrément impur d’ingérer cela. On mange des crevettes, mais les insectes horripilent la plupart d’entre nous. Même si en apparence, ils se ressemblent beaucoup. On mange du poisson. Mais on lève le nez à l’idée de manger du poisson fermenté, comme on en raffole en Scandinavie, en Islande ou au Japon. Au-delà des cultures et des religions, certains aliments sont aussi genrés.

Mars et Vénus dans l’assiette

Selon leur forme, leur goût et leur texture, des aliments bien précis sont souvent associés à la femme ou à l’homme. Une partie de l’exposition est justement consacrée à l’inégalité entre les genres en alimentation et dans la cuisine. Par exemple, une affiche présente la viande, le whisky et les charcuteries comme des aliments masculins. Alors que les légumes et les fruits, le poisson et le vin (surtout le rosé) sont plutôt des aliments féminins.

Bien que les temps changent tranquillement, la publicité et l’emballage des produits alimentaires ciblent souvent un genre précis. En effet, depuis l’apparition des aliments ultra-transformés, on a voulu faire croire aux femmes que ces nouveaux produits ou outils de cuisine allaient leur permettre de sortir de leurs cuisines et, par conséquent, de s’émanciper. On voit, par exemple, des publicités, comme celle de Moulinex qui « libère la femme » grâce à son combiné hachoir-râpe ou celle de la marque SEB qui se lit ainsi : « Monsieur, vous qui aimez la bonne cuisine, offrez-lui une super cocotte. »

Photo: Catherine Lefebvre Les inégalités des genres en cuisine sont encore bien présentes, malgré la répartition plus équitable des tâches dans les ménages.

Encore aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des images ou des slogans ciblant un genre en particulier. On laisse encore croire aux hommes qu’ils seront plus « virils » en mangeant ce gros steak cuit au barbecue ou que les femmes pourront manger ces petits desserts sans culpabilité tout en faisant attention à leur ligne. Et les réflexions se poursuivent dans la salle à propos de nos habitudes de consommation actuelles.

Déconnexion alimentaire

D’une culture à l’autre, les rituels à table sont propres à chacun, bien que plusieurs gestes ou comportements se ressemblent énormément. À la base, l’acte de manger est rassembleur partout dans le monde.

Cependant, les produits et les habitudes alimentaires actuelles tentent parfois de nous déconnecter de ce moment traditionnellement convivial, que ce soit par l’entremise de diètes restrictives ou d’environnement non favorable aux saines habitudes alimentaires. Par exemple, la série de photos intitulée Desktop Dinning, du photographe américain Brian Finke, porte sur ces repas que nous prenons à notre bureau, en travaillant, stressés par notre longue liste de choses à faire pour avant-hier. Cela est particulièrement révélateur de notre déconnexion alimentaire.

Comme au fil de l’histoire, notre façon de nous approvisionner et de manger évolue et se métamorphose. C’est souvent une bonne chose. Mais parfois, les changements ne tiennent pas la route et sont même contre nature. L’exposition Je mange donc je suis permet de prendre conscience de nos comportements et des facteurs qui les motivent.

Elle nous fait aussi réfléchir aux gestes concrets que nous pouvons faire pour nous rapprocher des gens qui nous nourrissent et leur être d’autant plus reconnaissants de leur travail, où qu’ils soient sur la planète.

L’exposition temporaire Je mange donc je suis est présentée au Musée de l’Homme à Paris jusqu’au 7 juin.

Notre journaliste était l’invitée d’Air Canada et d’Atout France.

 

Bon à savoir

Pour s’adapter aux préférences de sa clientèle, Air Canada propose désormais au menu de sa classe Signature un délicieux plat végétalien, conçu par le chef David Hawksworth. Une option végétalienne est aussi offerte en classe économique. Il suffit de la demander au moment de faire sa réservation, comme les autres menus spéciaux.