Des cosmétiques dans l’assiette

Certains fabricants vont même intégrer les ingrédients de leurs cosmétiques dans les plats servis à leur centre de bien-être.
Photo: Catherine Lefebvre Certains fabricants vont même intégrer les ingrédients de leurs cosmétiques dans les plats servis à leur centre de bien-être.

Au rayon des cosmétiques, tout comme dans les allées de l’épicerie, les produits s’épurent et se rapprochent de plus en plus de leur vraie nature. Plusieurs ingrédients comestibles sont même à la base de la composition de certains produits. Regard sur une industrie en pleine métamorphose.

Il y a longtemps que les aliments influencent les ingrédients phares des cosmétiques. Pensons au thé vert et aux extraits d’agrumes, dont la vitamine C ou les antioxydants permettraient soi-disant de ralentir le vieillissement de la peau. Pourtant, encore nombreux sont les cosmétiques qui affichent une liste interminable d’ingrédients aux noms imprononçables et qui nous font douter de leur innocuité.

Cela rappelle l’abondance d’aliments ultra-transformés qui dominent l’offre en épicerie. Mais ces deux industries sont en réelle transformation. Les consommateurs exigent des produits ayant des listes d’ingrédients plus simples, de meilleure qualité et écoresponsables. La barre est haute.

C’est d’ailleurs l’approche de Léa Bégin, maquilleuse et fondatrice du blogue « Beauties ». Depuis la mise en ligne de son site Internet, il y a trois ans, elle se démarque de plusieurs blogues de mode et de beauté par son approche : acheter moins, mais mieux.

« J’essaie de minimiser l’utilisation de maquillage le plus possible et de produits superflus, et de revenir à la base, comme en alimentation finalement », dit-elle. Et à voir l’intérêt de ses lectrices, l’ouverture du Beauties Lab en mai dernier est la suite naturelle des choses pour la maquilleuse.

Située dans le quartier Saint-Henri à Montréal, cette mignonne petite boutique offre des produits cosmétiques et de soins du visage qui répondent à ce grand besoin de simplicité exprimé par les consommateurs. « Je choisis chaque produit en me disant : est-ce que je le conseillerais à ma meilleure amie ? » explique Léa Bégin.

De la ferme au visage

Comme en alimentation toutefois, le marketing des cosmétiques est puissant et bien souvent trompeur. Il faut donc faire le tri dans cet océan de produits de beauté dont les fabricants vantent souvent les propriétés miraculeuses. Puisque le consommateur est de plus en plus conscient de l’incidence sur la santé et l’environnement des ingrédients des aliments et des cosmétiques, il ne veut plus manger n’importe quoi ni appliquer n’importe quoi sur son corps.

Pour répondre à cet éveil de conscience des consommateurs, de plus en plus de marques changent la donne dans l’industrie de la beauté, dont plusieurs entreprises québécoises. C’est le cas de BKIND, par exemple, dont tous les produits sont végétaliens et faits ici, et dont les emballages sont compostables.

En plus de son large éventail de cosmétiques aux ingrédients reconnaissables, la marque a aussi conçu plusieurs accessoires écologiques, comme des brosses à dents biodégradables, des éponges à base de konjac — un tubercule originaire d’Asie — et des brosses à cheveux en bambou. Puis, BKIND a récemment ouvert une boutique sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, où il est possible de se procurer la plupart des produits en vrac, tout comme dans certaines épiceries zéro déchet à travers le Canada.

Photo: Catherine Lefebvre Ceviche de pétoncles au poivron rouge rôti à l’orange sur son lit de carottes et halva d’abricot, noix pralinées et grillées

Il en va de même pour les produits pour les cheveux et le bain de l’entreprise Oneka, située à Frelighsburg dans les Cantons-de-l’Est. Créés par Philippe Choinière et Stacey Lecuyer, les produits Oneka sont faits principalement à base de plantes provenant de jardins biologiques respectant les principes de la permaculture, valorisant des méthodes agricoles tenant compte de l’écologie naturelle et des traditions. Les produits aussi sont offerts en vrac dans quelques points de vente au Québec et ailleurs au Canada.

Nous pouvons aussi penser à Miels d’Anicet qui, au-delà de ses nombreux produits alimentaires à base de miel, a lancé Melia il y a quelques années. Il s’agit d’une gamme de produits de soins pour le corps à base de miel et de propolis, une matière résineuse que les abeilles récoltent sur les plantes pour protéger la ruche.

Cosmétiques comestibles

Afin de pousser le concept des cosmétiques simplifiés et écolos encore plus loin, certains fabricants vont jusqu’à les intégrer dans les plats servis à leur centre de bien-être. C’est d’ailleurs le concept des brunchs beauté de Luxcey, une boutique de produits et de soins de beauté mettant l’accent sur tous les sens, y compris le goût.

Dans le loft lumineux de l’entreprise, la table est mise pour un brunch nouveau genre. L’idée est de servir des plats s’inspirant des produits cosmétiques de ce bar à rituels beauté. Le décor est épuré, composé de quelques plantes et de fioles contenant des ingrédients simples et naturels, comme le miel, le beurre de cacao et la noix de coco. Cela reflète bien l’esprit des produits de Rose Gwet, à la barre de Luxcey.

Née à Paris de parents camerounais, elle grandit au milieu de la nature, dans les Landes, dans le sud-ouest de la France. Puis, lorsqu’elle a 7 ans, la famille déménage au Cameroun. C’est là qu’elle apprend les rituels beauté des mères et des grands-mères de son entourage. Elle s’inspire de ces rituels pour créer sa première crème, à l’âge de 16 ans.

C’est lorsque Rose immigre au Canada, des années plus tard, que Luxcey voit officiellement le jour, en 2012. Rapidement, sa gamme de produits attire l’attention à l’international grâce à sa boutique en ligne.

Sa place sur le marché local est plus récente. Pour présenter les rituels africains de beauté à ces clientes et leur en faire vivre l’expérience, Rose Gwet a choisi la formule du brunch.

Pour débuter, la cheffe Marie-Josée Katcho s’inspire de la brume hydratante Loni — aux extraits de noix de coco — et du masque exfoliant Ulysse — à base d’avoine et de papaye. Elle nous présente alors un sablé à l’avoine sur lequel est déposée de la ricotta fraîche, garnie de petits dés de plantains frits coupés en dés, d’une tuile de graines de papaye séchées et de cubes d’eau de noix de coco gélatinisées.

Le rituel se poursuit avec un ceviche de pétoncles au poivron rouge rôti à l’orange sur son lit de carottes, de halva d’abricot et de noix pralinées et grillées, accompagné de labneh maison, de zeste de pamplemousse et de micropousses de tournesol. L’inspiration vient du gommage lissant Noah, parfumé aux agrumes et à la pêche.

Afin de terminer le brunch en beauté, la cheffe Katcho a concocté un fondant au chocolat garni de croustilles de pommes de terre et arrosé d’un sirop aux pétales de rose. Le tout est accompagné d’un crémeux ivoire à la gousse de vanille et aux noix de macadam rôties et salées, orné de confiture à la rose et de compote de pommes vertes et de baies de genévrier. Cette délicieuse création sucrée-salée est quant à elle inspirée de l’huile lissante pour le corps Zoé, à base d’huile de noix de macadam et de rose musquée.

Il va sans dire que l’intérêt pour des cosmétiques si naturels que nous pourrions presque les manger est grandissant. Comme en alimentation, plus les consommateurs seront exigeants quant à la qualité des produits qu’ils appliquent sur leur corps, plus l’offre ne cessera de s’améliorer.

En plus de mieux prendre soin de nous, ces produits seront probablement des options plus écoresponsables au passage.