Charlevoix, belle et bonne à croquer

Émélie Bernier Collaboration spéciale
Aussi bonne à croquer que belle à regarder, la région de Charlevoix est pionnière en matière d’agrotourisme.
Photo: Fabrice Gaëtan Aussi bonne à croquer que belle à regarder, la région de Charlevoix est pionnière en matière d’agrotourisme.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Difficile de retenir l’émotion qui nous submerge lorsqu’en commençant la descente vers Baie-Saint-Paul, Charlevoix se déploie sous nos yeux. Et la région est tout aussi bonne à croquer que belle à regarder ! Avec ses dénivelés plongeant vers le fleuve et son printemps qui sait se faire attendre longtemps, Charlevoix n’a peut-être pas les vertus agricoles des plaines de la Montérégie ou même du Bas-Saint-Laurent, qui lui fait de l’oeil de l’autre bord du chemin d’eau, pourtant, terroir et Charlevoix gambadent main dans la main depuis que le mot a fait son entrée dans les us des apôtres du bon manger québécois. Roadtrip sur la route de Charlevoix, pionnière en matière d’agrotourisme.

C’est la Table agro-touristique de Charlevoix, qui oeuvre depuis 25 ans auprès de ses membres producteurs, transformateurs et restaurateurs afin de créer une culture gourmande de qualité, qui a tracé en 1996 le tout premier circuit gourmand du Québec : la Route des saveurs. Le but ? Créer un lien entre deux solitudes, le producteur et le consommateur, un concept qui a fait bien des petits depuis… Difficile de ne sélectionner que quelques haltes sur ce circuit ponctué d’une trentaine de producteurs et de transformateurs et de plus d’une vingtaine de restaurateurs ! En voici quelques-unes.

Boulangerie À chacun son pain

En arrivant à Baie-Saint-Paul, vous croiserez illico cette boulangerie dont les viennoiseries décadentes, les pains dodus et le comptoir-lunch bien garni font courir les foules ! À chacun son pain est l’endroit idéal pour remplir le panier à pique-nique. Si vous n’en avez pas, on vous en louera un, nappe à carreaux et vraie vaisselle en prime !

Photo: Fabrice Gaëtan

Férus de plein air, Jean-Christophe Lamontagne et Anik Roy ont bossé dans le milieu de l’aviation avant de tout laisser derrière. Ils ont installé leur boulangerie dans les locaux d’un ancien Tim Hortons, « un beau pied de nez ! » rigole le proprio et boulanger, ardent défenseur de la mie véritable. Une succursale d’À chacun son pain verra bientôt le jour aux Galeries de la Capitale. Leur dernière trouvaille ? Les pains certifiés Terroir Charlevoix, réalisés à partir de grains de blé, d’épeautre, de sarrasin et de chanvre biologique qui ont poussé dans les champs de Charlevoix et sont moulus sur pierre au Moulin patrimonial de la Rémy, et donc entièrement produits dans un rayon de dix kilomètres. « En fin de compte, ça donne un pain meilleur pour la santé, plus nourrissant, plus savoureux, qui répond au besoin urgent de consommer de façon responsable pour améliorer le sort de notre planète », se réjouit le boulanger, qui ne perd pas de vue l’avenir de ses quatre enfants.

Ferme maraîchère La Bordée des Corneilles

Photo: Fabrice Gaëtan

Reprenez la 138 vers l’est et arrêtez-vous à la Laiterie Charlevoix pour faire le plein de fromages et de légumes bio craquants au kiosque de La Bordée des Corneilles, situé tout près. Cette ferme maraîchère est le fief de Jean-Thomas Fortin, un agriculteur aussi coloré que ses bouquets de carottes panachés. Avant son retour à la terre, Jean-Thomas était travailleur social. « L’agriculture, c’était ma passion. Je passais tous mes temps libres dans les jardins ou à la cabane à sucre… J’ai compris que je ne voulais pas attendre ma retraite pour en vivre ! » lance le gaillard. Depuis, on s’arrache ses aubergines, ses melons et ses concombres citron, un petit miracle sous ces latitudes !

Tous les lundis de l’été, La Bordée des Corneilles accueille les curieux qui ont envie de mettre la main à la terre. « Tu verrais la face des enfants quand ils sortent une patate et qu’ils catchent pourquoi ça s’appelle pomme de terre ! Pis tsé, si les jeunes n’aiment pas les légumes, c’est que ça goûte rien ! Ici, quand ils se cueillent un poivron frais du plant, ils goûtent le vrai goût, pis y’en a pas un qui n’aime pas ça ! » lance-t-il, convaincu. Le kiosque de La Bordée des Corneilles à la laiterie est ouvert du mercredi au dimanche tout l’été et vous y croiserez probablement le loquace Jean-Thomas Fortin !

Centre de l’émeu et Économusée de la Huilière

Photo: Fabrice Gaëtan

Quelques kilomètres plus à l’est encore, empruntez la 381 vers Saint-Urbain. En roulant vers le coeur de ce village de l’arrière-pays, vous croiserez coup sur coup les Viandes biologiques de Charlevoix, les Charcuteries charlevoisiennes et la Ferme basque de Charlevoix, escales chouchous des amateurs de barbaque sur la Route des saveurs. Puis, à votre droite, vous apercevrez un drôle d’oiseau ! Vous voici rendu au Centre de l’émeu, récemment doublé de l’Économusée de la Huilière : la dernière conquête de l’infatigable Raymonde Tremblay, qui élève le plus grand troupeau d’émeus au Canada. Ce n’est pas d’hier qu’on transforme le gras animal en huile dans la région. « Ça remonte aux années 1860 ! À cette époque, c’était le gras de phoque et de marsouin qu’on transformait en huile à chauffage ou à lampe et qui servait à faire du savon », explique Raymonde. Par respect pour l’émeu, que la pionnière élève depuis plus de 20 ans, elle se fait un devoir de valoriser tout ce que ses oiseaux lui offrent. Sur place, on peut se procurer les produits cosmétiques naturels de la ligne Émeu Charlevoix et découvrir cette viande fine sous différentes formes, du carpaccio au cassoulet !

Ferme Caprivoix

Empruntez ensuite le rang Saint-Jean-Baptiste. Déjà vu ? Normal ! Vous voici au coeur des décors du Temps d’une paix ! Le chemin est certes cahoteux, mais l’amplitude du paysage vaut bien quelques soubresauts ! En arrivant au rang 5, bifurquez à droite et roulez environ trois kilomètres. La Ferme Caprivoix est à votre droite.

Photo: Fabrice Gaëtan

Sophie Talbot et Michel Nicole ont choisi un des plus beaux rangs de l’arrière-pays pour faire pousser leurs enfants et leurs chèvres ! Sur la ferme s’épivardent chèvres polissonnes et patibulaires boeufs Highland, chevaux, cochons, ânes, poules, poney et moult minets, à portée de câlins ! « Nos animaux sont dehors, et les visiteurs peuvent les toucher ! Ils recherchent cette proximité : on est tellement aseptisés aujourd’hui ! » lance Sophie, qui porte le chapeau de présidente de la Table agro-touristique de Charlevoix.

Michel et Sophie sont souvent dans les parages pour répondre aux 1001 questions de leurs visiteurs. « Les agriculteurs vivent pour la plupart seuls dans le fond de leur rang, c’est pas pour rien qu’il y a autant de détresse dans notre milieu. Ici, on a la chance de créer des liens, et on a le pouls du monde, qui nous dit : « Wow, c’est fantastique chez vous, c’est bon ce que vous faites ! » Je pense que si je n’avais pas ça, je ne le ferais plus ! »

L’endroit, stupéfiant, est idéal pour pique-niquer, mais sachez qu’on n’y vend que les produits de la maison. Vos haltes précédentes auront permis de récolter le reste : pains, oeufs de caille marinés des Volières Baie-Saint-Paul, saumon fumé du Fumoir Saint-Antoine, bière de la MicroBrasserie Charlevoix, saucissons, fromages… Pique-niquer dans une carte postale ? Oh, que oui !

20 kilomètres de béatitude

La Route des saveurs se poursuit vers l’est, mais parce qu’une visite dans Charlevoix sans croisière sur le fleuve est comme un jardin sans légumes, direction L’Isle-aux-Coudres ! Ce nom à lui seul évoque la belle parlure du Grand Louis à Perrault, les blancs marsouins, les voitures d’eau, le goût des pommes et le parfum riche du pâté croche. Une galerie de personnages vous y attend : la chaleureuse Noëlle-Ange à la Boulangerie Bouchard, l’archisympathique Lena à la cidrerie Vergers Pedneault, Caroline, la « maman » des Moulins de L’Isle… Suivez le courant et laissez-vous guider par votre instinct. Vous ne pouvez pas vous perdre, seulement vous trouver !
 
Ce cahier a été produit par l'équipe des publications spéciales du Devoir en partenariat avec la rédaction du magazine Caribou