De l'importance de l'agrotourisme

Julie Aubé Collaboration spéciale
L’agrotourisme permet de reconnecter avec l’origine des aliments, de reconstruire une proximité physique et affective avec l’agriculture. 
Photo: Julie Aubé L’agrotourisme permet de reconnecter avec l’origine des aliments, de reconstruire une proximité physique et affective avec l’agriculture. 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Emprunter les routes de campagne pour visiter des agriculteurs et des artisans gourmands, voilà une savoureuse idée pour changer de rythme, apprécier les paysages, respirer à pleins poumons l’air de la campagne et passer du bon temps en famille, en amoureux ou entre amis. Bien sûr, on a du plaisir et on se régale, mais qu’on le réalise ou non, on vit alors bien plus qu’une simple promenade. Au fil des rencontres, on ne voit plus notre assiette de la même façon. L’agrotourisme contribue, dans un contexte de découvertes et de plaisir, à faire de nous des mangeurs plus curieux, sensibles, reconnaissants et engagés.

L’agrotourisme est défini par le Groupe de concertation sur l’agrotourisme au Québec comme une activité touristique ayant lieu à la ferme et étant complémentaire aux activités agricoles. Il met en relation des producteurs et des touristes ou des excursionnistes, permettant à ces derniers de découvrir l’agriculture et le territoire agricole grâce à l’accueil, à l’information et à l’expérience que leur réserve l’hôte. Autrement dit, l’agrotourisme propose des expériences permettant d’associer des visages, des histoires et des paysages à des aliments qui se gorgent alors de sens. Il nous reconnecte avec l’origine des aliments, ainsi qu’avec les gens passionnés qui nous donnent accès à une nourriture de qualité et de proximité.

Au Québec, l’agrotourisme a commencé à se développer au début des années 1970, notamment grâce à des producteurs agricoles qui avaient de la place dans leurs grandes maisons de ferme et qui offraient l’hébergement aux citadins désirant vivre une expérience agricole. Rapidement, en 1975, la Fédération des agricotours du Québec, l’ancêtre de l’actuelle Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand du Québec (AATGQ), a été mise sur pied, ayant pour mission de rassembler et de promouvoir les entreprises en agrotourisme et en tourisme gourmand.

Aujourd’hui, la directrice générale de l’association, Odette Chaput, raconte qu’après un essor initial, la croissance de l’agrotourisme a connu un ralentissement pendant une quinzaine d’années, soit du début des années 1990 jusqu’à 2005 environ, après quoi le secteur a vécu une véritable effervescence. « En peu de temps, l’agrotourisme a littéralement explosé aussi bien en matière de demande que d’offre. Et cette offre va dorénavant bien au-delà de l’hébergement à la ferme : on parle de visites, de dégustations, d’interprétation de produits distinctifs et du développement du tourisme gourmand grâce à la multiplication des artisans transformateurs », explique Odette Chaput, ajoutant que le dynamisme observé depuis 2005 ne diminue pas. « Et c’est loin d’être terminé ! » poursuit-elle, ravie de voir le Québec gourmand se positionner et devenir de plus en plus alléchant.

Tisser des liens

Plus qu’une balade en nature, l’agrotourisme a ses conséquences sur la perception et les habitudes des consommateurs qui se prêtent au jeu.

Par exemple, quand les circuits alimentaires s’allongent, en nombre de kilomètres ou d’intermédiaires, survient inévitablement une forme de déconnexion entre les modes de production des aliments et les mangeurs. Quand tout est disponible en tout temps dans une grande surface près de chez soi, les saisons se font plus discrètes dans l’assiette, et on perd le fil des ressources et du travail requis pour produire ces aliments.

Loin des yeux, loin du coeur, dit le proverbe. L’agrotourisme permet de remédier à la situation et de reconstruire une proximité physique et affective avec l’agriculture qui dure au-delà de la visite. Une enquête menée en 2018 par Raymond Chabot Grant Thornton indique en effet que 60 % des répondants ayant vécu une expérience gourmande pendant une escapade ou un voyage au Québec développent une sensibilité à l’achat local et ont envie de se procurer des produits d’ici au retour. Des habitudes qui sont positives autant pour l’environnement que pour l’économie locale.

Forger son identité

Quand on met l’agrotourisme au menu, on savoure des aliments qui ont peu voyagé et on se rebranche automatiquement sur ce que les terres de la belle province ont à offrir chaque saison. Les agriculteurs et artisans gourmands habitent et teintent notre territoire de leurs activités, contribuant ainsi à la vitalité rurale et forgeant l’identité alimentaire du Québec. Selon le Global Report on Food Tourism de l’Organisation mondiale du tourisme, le territoire d’un pays ou d’une région, « c’est la colonne vertébrale de l’offre gastronomique », « un élément distinctif et la source de l’identité locale », en plus « [d’]englober des valeurs liées à l’environnement et au paysage, à l’histoire, à la culture, aux traditions […] ».

En offrant des expériences et des occasions de rencontre, l’agrotourisme permet donc de développer fierté et appartenance au territoire, à ses saveurs et à ses gens.

L’avenir de l’agrotourisme

Peut-être grâce aux bienfaits que suggère l’agrotourisme, l’offre gourmande de la province prend de plus en plus d’ampleur au sein du produit touristique global : une enquête de 2016 menée par Lemay Stratégie indique que 75 % des petites municipalités québécoises interrogées ont rapporté une croissance de l’agrotourisme et du tourisme gourmand au cours des cinq années passées. Et tout porte à croire que cette croissance s’intensifiera. Plus tôt ce printemps, le gouvernement du Québec annonçait 4 millions de dollars supplémentaires pour soutenir des événements visant à ancrer encore plus fortement le tourisme gourmand au Québec. En outre, voilà quelques semaines, le gouvernement fédéral présentait sa stratégie pour la croissance du tourisme, misant notamment sur le tourisme rural et les expériences de la ferme à la table.

Pour prendre soin d’une agriculture de proximité qui nous nourrit aujourd’hui et qui pourra le faire encore demain, on doit d’abord la connaître, s’y intéresser, être curieux et enrichir sa culture alimentaire. C’est ce que l’agrotourisme propose de faire, les bottes dans le champ et les cheveux dans le vent. Et c’est tout sauf anodin.

La trousse de l'agrotouriste averti

Glacière. Évitez de devoir vous priver d'un onctueux yogourt fermier, d'un fromage ou d'une délicieuse viande de pâturage parce que vous ne pouvez pas garder vos précieuses victuailles au froid !

Blocs réfrigérants (ice-pack) ou sac de glace.  La glacière, c'est un bon début, mais il faut l'aider un peu pour qu'elle soit efficace !

Bouteilles d'eau réutilisables. Parce qu'une petite soif sur la route est inévitable, et les bouteilles d'eau jetables, peu durables !

Bottes de caoutchouc. Pas juste quand il pleut ! Promis, vous les utiliserez!

Coupe-vent. Quand la journée tire à sa fin ou que le vent se lève, vous ne voulez pas être le briseux de party qui met fin prématurément à l'apéro gourmand en plein air...

Vaisselle de plastique réutilisable. Pour être prêt à pique-niquer partout, munissez-vous d'un ensemble complet et gardez-le toujours prêt pour la prochaine escapade. 

Argent comptant. Les cartes de paiement sont acceptées à bien des endroits, mais pas partout... et à la campagne, les guichets ne courent pas toujours les champs !

Adapté du livre Prenez le champ! par Julie Aubé (Éditions de l'Homme, 2016)
 
 
Ce cahier a été produit par l'équipe des publications spéciales du Devoir en partenariat avec la rédaction du magazine Caribou.