Grande bouffe à Pointe-à-Callière

Ramequins, saladiers, soupières, porcelaines, verreries, argenteries, étuis à pique-nique… L’exposition «À table!» donne à voir près d’un millier de pièces d’exception.
Photo: Caroline Thibault Ramequins, saladiers, soupières, porcelaines, verreries, argenteries, étuis à pique-nique… L’exposition «À table!» donne à voir près d’un millier de pièces d’exception.

Catherine de Médicis, après avoir épousé le roi Henri II, a apporté dans sa dot du sucre. Au début de la Renaissance, la France qui s’ouvrait à l’Orient a introduit l’usage des épices dans la préparation des poissons et des viandes. Louis IX, grand amateur de légumes, a grandement contribué à intégrer la culture du potager dans l’élaboration des jardins à la française. Ce qui fait contraste avec le Moyen Âge, époque où les médecins recommandaient de consommer les fruits en compote ou en confiture sous prétexte que, frais, ceux-ci donnaient des ballonnements et des maux de ventre. À l’époque de Rabelais, on servait la viande sur des tranches de pain rancies. Et le vin était pris à l’extérieur de la table. Voilà (entre autres) ce que nous apprend À table ! Le repas français se raconte, appétissante exposition sur la gastronomie française qui occupe le musée Pointe-à-Callière jusqu’au 13 octobre.

« Dans le protocole de la cuisine française, il y a bien sûr l’ordre des services et la façon de présenter les plats. Mais l’événement se passe aussi du côté des convives : il faut parler de la nourriture, de sa qualité, de ce qui nous est présenté. Tout cela fait partie du rituel. Sans oublier les accords mets et vins. Avant tout, il faut que les gens aient du plaisir… » résumait mardi la directrice générale du musée Pointe-à-Callière, Francine Lelièvre, lors de l’inauguration de l’exposition festive, interactive et appétissante.

Photo: Caroline Thibault

Patrimoine culturel immatériel reconnu par l’UNESCO, la cuisine française se déploie dans tous ses excès, ses finesses, ses richesses et son savoir-vivre, dans ce parcours à travers le temps qui fait voyager les visiteurs de l’époque gallo-romaine jusqu’à nos jours. Des accessoires de cuisine des foyers du XVIIIe siècle aux pièces de collection de la maison Hermès, de la maison Christofle et de la Cristallerie de Saint-Louis composent cette exploration consacrée à tout le cérémonial qui s’exprime entre la poire et le fromage.

De la table au musée

De nombreux partenaires de la France et du Canada (notamment le Musée du Louvre, le Musée des arts décoratifs de Paris et le Musée des beaux-arts de Montréal) ont prêté les objets composant cette expo. Soit dit en passant, le parcours comporte une forte dimension ludique, avec ses installations interactives qui incluent un jeu rappelant étrangement le fameux jeu « Candy Crush. »

À table ! fait aussi la part belle au « bien boire », avec un volet sur le développement des produits alcoolisés qui ont fait la renommée de la France. Bien sûr, le vaste thème de la gastronomie française ne saurait ignorer l’arrivée du chocolat et du café sur le menu gourmand.

Photo: Caroline Thibault

Il y est aussi question du goût de Marie-Antoinette pour les laitages et les fromages frais, de la passion pour le vin de Napoléon, de Maître Chiquart qui parle des mets cuisinés lors d’un grand banquet de trois jours au Moyen Âge… Leur sont juxtaposés une foule d’éléments historiques allant de l’histoire de la fourchette à la différence entre le service à la française et celui à la russe, en passant par le rôle de la fameuse Veuve Clicquot dans la destinée du champagne, l’autorité des guides Michelin et, inévitablement, l’ascension des chefs au rang de vedettes et l’émergence de la culture foodies.

Ramequins, saladiers, soupières, porcelaines, verreries, argenteries, étuis à pique-nique… L’exposition À table !donne à voir près d’un millier de pièces d’exception. On s’attarde aussi au lien entre les écrivains et les artistes qui ont valorisé la cuisine, avec des références à Colette et à Voltaire.

« C’est la première fois que le sujet est traité de telle manière. Encore aujourd’hui, les Français accordent une grande importance à la qualité des produits et continuent de créer une cuisine exceptionnelle », mentionne Francine Lelièvre, qui insiste sur l’aspect communal du repas. « En France, les gens prennent le temps de manger ensemble. Cela demeure un geste convivial et social. »

À table ! Le repas français se raconte

Au musée Pointe-à-Callière, du 6 juin au 13 octobre 2019