La saison des paniers bios est ouverte!

Le mouvement florissant Réseau des fermiers de famille a métamorphosé l’offre d’aliments biologiques d’un bout à l’autre du Québec.
Photo: Phan Hoi Do Le mouvement florissant Réseau des fermiers de famille a métamorphosé l’offre d’aliments biologiques d’un bout à l’autre du Québec.

Alors que le sol est encore gelé, les agriculteurs ont les deux mains dans la terre pour préparer leurs semis pour la prochaine saison des récoltes. C’est d’ailleurs le temps de s’inscrire au Réseau des fermiers de famille, un mouvement florissant qui a métamorphosé l’offre d’aliments biologiques d’un bout à l’autre de la province.

Fondé en 1995, le Réseau des fermiers de famille d’Équiterre commence avec une seule ferme certifiée biologique qui dessert quelques familles excentriques qui croient fermement au principe de soutenir les agriculteurs d’ici en achetant leurs récoltes à l’avance. L’année suivante, sept fermes se lancent dans l’aventure et nourrissent près de 250 familles. Près de 25 ans plus tard, il y a désormais 143 fermes dans le réseau qui fournissent un peu plus de 20 000 ménages dans environ 250 municipalités de 15 régions au Québec, en plus d’Ottawa et du Nouveau-Brunswick.

« Le réseau a connu une belle croissance depuis ses débuts, mais la tendance qu’on remarque ces dernières années est que le nombre de fermes augmente plus lentement, explique Gaëlle Zwicky, chargée de projets au Réseau des fermiers de famille d’Équiterre. Toutefois, les fermiers ont tendance à faire de plus en plus de paniers, ce qui démontre une certaine viabilité de la formule et une demande qui va en augmentant. »

Au fil des années, le marché de niche devient donc de plus en plus accessible au consommateur moyen. « Quand on a démarré le Réseau des fermiers de famille, la clientèle des paniers était composée de gens convaincus, très sensibles à la cause environnementale, les “early-adopters” comme on les appelle en anglais, ajoute Gaëlle Zwicky. Petit à petit, on a élargi le cercle pour rejoindre un public plus large qui était aussi interpellé par la formule des paniers bios et par le fait de soutenir des fermiers d’ici. Mais le public est aussi plus exigeant. »

Les fermiers ont donc fait preuve de beaucoup de flexibilité pour s’adapter à la réalité des consommateurs. Ils permettent notamment d’échanger des légumes au point de livraison, de suspendre ou de déplacer des paniers en cas d’absence, de payer l’abonnement sur plusieurs versements, ou même d’acheter des cartes prépayées pour choisir le contenu de leur panier.

Au-delà du bio

Les exigences des consommateurs avertis ne s’arrêtent pas aux modalités de paiement et au contenu des paniers. « Depuis l’automne passé, nous constatons une réelle prise de conscience quant à l’urgence climatique et un besoin d’agir au sein de la population, dit Gaëlle Zwicky. Les abonnés aux paniers bios s’interrogent sur la distance parcourue par leur fermier pour livrer les paniers, et ils demandent parfois à ce que les fermiers réduisent encore plus les emballages, malgré le fait que la plupart des légumes sont livrés en vrac. »

Depuis l’automne passé, nous constatons une réelle prise de conscience face à l’urgence climatique et un besoin d’agir au sein de la population

Qui plus est, certains maraîchers encouragent même les consommateurs à se questionner davantage sur la production alimentaire. « Certifié biologique ne garantit pas nécessairement des pratiques culturales qui aident à réduire les émissions de gaz à effet de serre [GES] et à contrer les changements climatiques, précise Mariève Savaria, cuisinière-maraîchère à la ferme Les Jardins d’Ambroisie à Saint-Chrysostome. Notre agriculture doit avoir comme priorité le sol et sa régénération. Ce n’est plus juste une question de faire de l’agriculture biologique. »

Cela va dans le même sens que la publication récente de la Commission EAT-Lancet à propos des saines habitudes alimentaires pour un système alimentaire durable. À propos de la production, les chercheurs recommandent, entre autres, de tenir compte de la biodiversité : « La valeur fonctionnelle de la biodiversité est souvent incomprise et largement sous-évaluée, alors qu’elle bénéficie à tout l’écosystème nécessaire au bien-être humain… »

Photo: Phan Hoi Do

C’est aussi ce qu’avancent les auteurs Raj Patel et Jason W. Moore dans Comment notre monde est devenu cheap (Flammarion, 2017) : « Aujourd’hui, l’activité humaine n’est pas en train d’exterminer les mammouths après des siècles de chasse excessive. Nous sommes en train de tout tuer, de la mégafaune au microbiote, à une vitesse cent fois supérieure à celle du taux d’extinctions naturel. »

Réfléchir sans angoisser

Devant tant de questionnements et un système alimentaire qui n’encourage pas la préservation de la biodiversité, les consommateurs se sentent souvent dans un combat de David contre Goliath. L’abonnement aux paniers bios est une façon concrète de prendre part à un mouvement qui fait les choses autrement, tant en matière de production que de distribution alimentaire. Cela devrait aussi être une porte d’entrée vers une discussion d’autant plus profonde avec les agriculteurs.

« On encourage les abonnés aux paniers bios à avoir une conversation franche avec leur fermier de famille concernant ses pratiques culturales afin qu’elles soient dans la mesure du possible en accord avec les principes de la régénération des sols, ceux qui favorisent notre survie », poursuit Mariève Savaria.

En engageant la discussion avec les agriculteurs, cela permet non seulement de mieux comprendre la réalité de ceux et celles qui nous nourrissent, mais aussi de tisser des liens plus forts entre les producteurs et les consommateurs. Parce qu’il faut d’abord se comprendre pour s’écouter et cheminer ensemble vers un nouveau système alimentaire plus respectueux pour tous.

Pour ceux et celles qui aimeraient poursuivre la discussion sur l’agriculture durable, Régénération Canada présente le Symposium sol vivant du 28 au 31 mars, au Marché Bonsecours à Montréal.

Photo: Phan Hoi Do