Du cœur à la tête: des données insoupçonnées sur la santé vasculaire

Neuf Canadiens sur dix vivent avec au moins un facteur de risque de maladies cardiovasculaires.
Photo: iStock Neuf Canadiens sur dix vivent avec au moins un facteur de risque de maladies cardiovasculaires.

À l’occasion du Mois du cœur, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC présente son plus récent bulletin à propos des liens de plus en plus serrés entre la santé cardiovasculaire et cognitive.

D’entrée de jeu, on y note que les maladies du cœur sont la deuxième cause de décès au pays, selon les données de 2016 de Statistique Canada. Lorsqu’elles sont combinées aux maladies cardiovasculaires et au diabète, elles se rapprochent d’autant plus du nombre de décès causés par le cancer, la principale cause de décès au Canada.

Dans son dernier bulletin, intitulé (Dé)connexions : Des liens insoupçonnés posent un risque, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC s’intéresse particulièrement aux plus récentes données probantes sur les liens entre les maladies cardiovasculaires (MCV) — l’ensemble des anomalies pouvant affecter le cœur et les vaisseaux sanguins —, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et les maladies cognitives d’origine vasculaire — dégénérescencecausée par des anomalies aux vaisseaux sanguins du cerveau causant un déclin de l’état cognitif pouvant aller de la perte de concentration à la démence.

Selon les données les plus récentes de la Société Alzheimer du Canada, 564 000 Canadiens étaient atteints de troubles cognitifs en 2011, la maladie d’Alzheimer étant la forme la plus répandue parmi ceux-ci. Elle estime aussi que, d’ici 15 ans, 937 000 personnes en seront atteintes. De son côté, l’analyse de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC révèle que les MCV, les AVC et les maladies cognitives d’origine vasculaire sont reliés de plusieurs façons.

« La découverte la plus surprenante est que les personnes avec une maladie du cœur présentent un risque très accru de souffrir d’une dégénérescence cognitive — et possiblement de démence — à cause d’une maladie vasculaire sous-jacente, indique Yves Savoie, chef de la direction nationale de Cœur + AVC par voie de communiqué. Les maladies vasculaires sont encore plus interreliées que nous ne le pensions, ce qui laisse entrevoir un problème encore plus grave et alarmant pour la majorité de la population, puisque 90 % d’entre nous vivent avec un risque de maladie cardiovasculaire. » En effet, 9 Canadiens sur 10 vivent avec au moins un facteur de risque de maladies cardiovasculaires.

Ce faisant, lorsque nous vivons avec une des trois conditions mentionnées précédemment, nous sommes exposés à un plus grand risque de subir un problème (cardiaque ou cognitif) vasculaire secondaire. Le bulletin précise que « les individus ayant subi un AVC présentent 2,2 fois plus de risques de développer une maladie cognitive d’origine vasculaire et 30 % de ceux qui vivront une récidive d’AVC sont susceptibles de développer ce genre de trouble cognitif. À l’inverse, les gens atteints d’une maladie cognitive d’origine vasculaire ont 68 % plus de risques de subir un AVC mortel. »

Par ailleurs, bien que les femmes soient en quelque sorte protégées des maladies cardiovasculaires et des AVC à un plus jeune âge, elles sont d’autant plus sujettes à souffrir de ces problèmes de santé à partir de la ménopause et les répercussions sont parfois même accentuées. Par exemple, les AVC sont plus souvent mortels chez les femmes, et deux fois plus de femmes que d’hommes sont décédées en raison d’une maladie cognitive d’origine vasculaire en 2016.

Repenser le système de santé

Manifestement, ces maladies sontreliées. Mais le système de santé actuel est plutôt conçu pour traiter une maladie à la fois. Cette façon de faire retarde la prise en charge, le diagnostic et donc le traitement d’autres maladies, qui continuent alors d’évoluer. « Les patients qui sont aux prises avec ces affections se sentent dépassés, et le système de santé est surchargé. La situation ne peut pas durer, et elle ne fait qu’empirer à mesure que la population vieillit et que les maladies se manifestent plus tôt chez les personnes atteintes », ajoute M. Savoie.

En effet, les maladies cardiaques, cérébrales ou cognitives sont responsables de plus de 10 % des hospitalisations au Canada, et 20 % des patients qui en sont atteints sont réadmis une deuxième ou une troisième fois pour un nouveau problème connexe. Et ces hospitalisations représentent des coûts directs (soins médicaux) et indirects (perte de revenu reliée à une incapacité ou un décès prématuré) importants pour les contribuables. En additionnant ces frais pour les maladies cardiovasculaires (21,2 milliards), les accidents vasculaires cérébraux (3,6 milliards) et la démence (33 milliards), cela totalise 57,8 milliards de dollars par année.

La prévention au cœur des solutions

La bonne nouvelle dans tout cela est que l’adoption d’un mode de vie sain permettrait de prévenir jusqu’à 80 % des décès prématurés causés par les maladies du cœur et l’AVC. De plus, la plupart des facteurs de risque de ces maladies sont modifiables : l’obésité, le diabète de type de 2, l’hypertension artérielle, le taux élevé de cholestérol sanguin, la sédentarité, le tabagisme, le stress et la surconsommation d’alcool. Nous pouvons donc commencer par ceci :

Adopter une alimentation qui s’inspire davantage de la diète méditerranéenne ou du Guide alimentaire canadien, en misant plus souvent sur les végétaux et en évitant le plus possible les aliments ultra-transformés et les boissons sucrées ;

Bouger quotidiennement, de manière à éviter la sédentarité ;

Cesser de fumer ;

Trouver des façons de diminuer les sources de stress et apprendre à gérer son niveau de stress (ex. : sport, méditation, relaxation).

Si notre environnement n’est pas toujours favorable aux saines habitudes de vie, gageons que la publication du nouveau Guide alimentaire canadien insufflera un vent de changement dans les institutions et facilitera ainsi l’adoption d’un mode de vie qui encourage la santé de toute la population.