L’épatant tubercule portugais

Avec une chair jaune et une saveur proche de la châtaigne, la «lira» ne ressemble pas aux autres variétés de patates douces.
Photo: Association de défense du patrimoine historique et archéologique d’Aljezur Avec une chair jaune et une saveur proche de la châtaigne, la «lira» ne ressemble pas aux autres variétés de patates douces.

En Algarve, région la plus au sud du Portugal, la patate douce d’Aljezur se retrouve dans presque tous les plats et même dans plusieurs boissons. Petite histoire d’une incomparable racine.

En beignet sucré, pour accompagner le poulpe grillé, ou en bière rafraîchissante, la patate douce de variété « lira » se retrouve partout à Aljezur, petite commune d’Algarve, nichée entre mer et montagne.

Dans ce village portugais d’à peine 6000 habitants, le tubercule y a même longtemps été considéré comme le pain des pauvres. Indication géographique protégée depuis 2009, la batata doce d’Aljezur a un goût incomparable et se décline (presque) à l’infini. Pâtisseries de toutes sortes, chocolats, liqueurs, confitures, eaux-de-vie, crèmes glacées, bière… Rien ne semble impossible pour cette racine cultivée dans ces terres depuis plusieurs siècles.

Avec une chair jaune et une saveur proche de la châtaigne, la « lira » ne ressemble pas aux autres variétés de patates douces.

« La différence entre nos patates et les autres, c’est que les nôtres sont plus moches ! » explique en riant Manuel Marreiros, président de l’association des producteurs de patates douces d’Aljezur, chargée de la défense de l’appellation « patate douce d’Aljezur-IGP ».

Car à Aljezur, toutes les patates douces cultivées ne peuvent pas porter le nom « patate douce d’Aljezur ». Seules celles respectant un cahier des charges strict défini au niveau européen pourront avoir l’appellation contrôlée.

Production à petite échelle

« C’est un produit de campagne, tout le monde en fait, mais en petite quantité », mentionne le président de l’association, ajoutant que, pour le moment, elle n’est pas exportée.

Selon lui, sur 100 producteurs membres de l’association, seule une vingtaine parviennent à vendre avec l’appellation contrôlée, soit quelque 300 tonnes par an.

C’est bien peu par rapport à la production totale, qui se compte en milliers de tonnes. « Les autres s’appellent seulement lira, même si elles sont bien cultivées à Aljezur », précise-t-il.

Photo: Association de défense du patrimoine historique et archéologique d’Aljezur Même si la patate douce n’a pas la certification «biologique», les procédés le sont presque toujours, puisque les herbes sont ramassées à la main et l’engrais souvent d’origine naturelle.

Le tubercule, produit à partir d’octobre jusqu’au mois d’avril, est en plus très sensible à la météo. Par exemple, s’il pleut beaucoup, comme ce fut le cas en 2018, les feuilles doivent être soulevées à la main, afin d’éviter la perte de toute la production.

« C’est beaucoup de travail et il faut le faire vite », assure Manuel Marreiros. Par ailleurs, même si le produit n’a pas la certification « biologique », les procédés le sont presque toujours, puisque les herbes sont ramassées à la main et que l’engrais est souvent d’origine naturelle.

Pour tous les goûts

Fiers de leur produit phare, les Aljezuriens le célèbrent chaque année en automne lors de l’étonnant festival de la patate douce.

Depuis les premières éditions dans les années 1990, le succès ne se dément pas et l’événement attire de plus en plus de visiteurs, venus du Portugal et d’ailleurs. Pendant trois jours, le public va découvrir les 1001 façons de décliner la racine.

« Ici, la patate douce n’est pas un produit original, c’est habituel », raconte Manuel Marreiros.

Lui préfère la manger crue, tranchée finement, dans une salade ou encore cuite entière au four, avec un peu de beurre et de sel, comme il affirme l’avoir préparée pour son petit-déjeuner le matin même. « Le meilleur, c’est au naturel », croit-il.

Il est donc possible de manger de la patate douce de l’entrée au dessert, et même en boisson, avec un verre de « Tuberbock », une bière à la batata doce brassée artisanalement en Algarve. Ce sont deux brasseurs portugais qui ont inventé cette étonnante boisson spécialement pour le festival de 2017.

« Nous voulions une bière, pas forcément pour tout le monde, mais quelque chose de différent et de bon », explique Sergio Rodrigues, l’un des deux brasseurs.

Il ajoute que l’idée était de proposer une boisson assez réconfortante pour être dégustée l’hiver, mais tout aussi rafraîchissante pour qu’on puisse en profiter l’été.

Autre preuve de la polyvalence de la « lira », la farine de patate douce, mise au point par l’Institut polytechnique de Leiria, dans la région centre du Portugal. « Grâce à la recherche faite pour cette farine, la boulangerie d’Aljezur fabrique maintenant du pain à la patate douce », explique M. Marreiros.

Les sucreries à la batata doce ont aussi évolué et, aujourd’hui, de petites entreprises familiales ne travaillent plus qu’autour du produit.

C’est par exemple le cas de la pâtisserie du Rugil, dont les douceurs sont vendues dans tous les aéroports du pays. « Plus il y aura de recherche, plus il y aura de façons d’utiliser notre patate douce », estime le producteur.

Meilleure pour la santé

En outre, la patate douce gagne en renommée au niveau mondial. Comme elle est moins sucrée que la pomme de terre, mais donnant tout autant la sensation de satiété, beaucoup la préfèrent.

Riche en glucides, forte en vitamine A et avec un apport calorique modeste, elle est même recommandée par plusieurs nutritionnistes. Avec autant de qualités, le tubercule pourrait bientôt s’imposer dans toutes les assiettes.