Bière: la bonne étoile de la Brasserie du Bas-Canada

Deux produits phares de la Brasserie du Bas-Canada: la double IPA Néron et la quatrième itération de la série HYPA.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Deux produits phares de la Brasserie du Bas-Canada: la double IPA Néron et la quatrième itération de la série HYPA.

Adorée par les assoiffés de la india pale ale juteuse et houblonnée, la Brasserie du Bas-Canada vient de connaître une année 2018 fulgurante. En activité depuis novembre 2017, la toute jeune microbrasserie de Gatineau produit à pleine capacité, principalement ces IPA du Nord-Est (NEIPA) si populaires.

« On a une liste d’attente de près de 200 détaillants, plus des dizaines de pubs et de restos », affirme le brasseur Gabriel Girard-Bernier, cofondateur de l’entreprise avec Marc-André Cordeiro-Lima. Bilan et perspectives de l’industrie brassicole avec Gabriel, qui nous présente deux de ses produits phares : la quatrième itération de la série HYPA et la double IPA Néron.

« On est dans une situation exceptionnelle, reconnaît Gabriel Girard-Bernier. On a rapidement capté l’intérêt [des biérophiles]. Notre situation n’est pas la norme dans l’industrie » brassicole québécoise qui, depuis cinq ans, traverse une période de croissance à vitesse grand V. Selon les données de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), le nombre de brasseurs et d’artisans-brasseurs dans la province est passé de 122 en 2013 à 218 en novembre dernier, et tout indique que cette croissance se poursuivra en 2019.

Cette rapide expansion de l’industrie brassicole artisanale fut justement au coeur des discussions du dernier congrès de l’AMBQ, où la possibilité d’une saturation du marché, accélérée par le contingentement des nouveaux produits sur les tablettes des détaillants, fut évoquée.

Le jeune brasseur de l’Outaouais estime « qu’à l’avenir, il y aura de moins en moins de nouvelles brasseries qui vont chercher à lancer directement leurs produits sur les tablettes. Il y a encore beaucoup de place, mais pas tellement, pour les brasseries qui voudront distribuer leurs bières à la grandeur de la province en offrant des styles “standards” — une blonde, une rousse, une noire, etc. Même s’il y a de plus en plus de points de vente parce que des [grandes surfaces] réalisent que la clientèle demande les bières artisanales, il n’y aura pas forcément plus d’espace sur ces tablettes pour tous les produits. »

Le brasseur et son collègue Cordeiro-Lima n’envisageaient même pas à l’origine de distribuer leurs produits aux détaillants. « C’est pour ça qu’on a ouvert un pub adjacent à la brasserie », en plein coeur du Vieux-Gatineau, « pour que les gens aient d’abord un sentiment d’appartenance et apprennent à nous connaître. »

Le succès de leurs NEIPA a forcé la main de la Brasserie du Bas-Canada, qui mousse à capacité maximale, soit 150 000 litres par année. « Notre réalité, c’est qu’en matière de superficie, on est une très petite brasserie. Les gens voient nos canettes régulièrement [chez certains détaillants], mais on n’a pas de ligne d’encanettage, simplement parce qu’on n’a plus de place. On doit faire affaire avec une compagnie d’encanettage mobile », un service encore peu utilisé au Québec, mais déjà commun en Ontario et aux États-Unis.

Le brasseur estime ainsi que la croissance de l’industrie passera par les nouvelles brasseries locales et régionales : « Plusieurs brasseries ont du succès parce qu’elles ouvrent dans une petite ville, un village, une région, et deviennent un peu le bar de la place », cherchant d’abord à desservir la communauté locale plutôt que de lutter pour de l’espace sur les tablettes des détaillants spécialisés des quatre coins de la province.

« Je pense qu’il y a beaucoup de place pour ça », avance Gabriel, qui souligne « qu’avant que notre brasserie ouvre, notre région, l’Outaouais, était celle qui comptait le moins de microbrasseries pour un nombre donné d’habitants au Québec, avec le Nord-du-Québec. Il y avait déjà Les Brasseurs du Temps et [le bistro-brasserie] Gainsbourg, mais ce n’était pas un créneau très développé encore dans la région. De nouveaux projets s’amènent, et ça nous plaît parce qu’on aimerait que se développe un circuit brassicole » comme il y en a déjà en Gaspésie ou dans les Cantons-de-l’Est.

À boire… jaune !

Si la Brasserie du Bas-Canada a tant fait parler d’elle en 2018, c’est grâce au succès de ses goûteuses NEIPA, élevées au rang d’incontournables aux côtés des brassins d’Auval en Gaspésie, de la Ta Meilleure de Lagabière ou encore la IPA du Nord-Est de Boréal.

« La vague des NEIPA était déjà bien installée lorsqu’on a lancé nos propres recettes, affirme Gabriel. Pour nous, ce n’était pas un phénomène si nouveau que ça et, honnêtement, on ne croyait pas en brasser autant. Nos premières bières étaient dans des styles différents. Or, la première de nos bières qui a eu de l’impact fut la Los Tabarnacos, un milk-shake IPA à la mangue et à la noix de coco. On l’a mise sur les tablettes et les détaillants nous disaient qu’elle s’envolait comme des pains chauds ! »

Suivirent d’autres versions de la IPA aux arômes d’agrumes rehaussés, comme celles de la série HYPA « dont l’objectif est de faire ressortir les meilleures combinaisons de houblons, à notre goût ». Deux nouvelles itérations viennent d’arriver sur les tablettes des détaillants privilégiés : la version #IV, brassée avec des houblons Citra et Mosaic, et la version #VI, avec Citra et Simcoe, toutes deux titrant 6,5 % d’alcool.

Avec leur robe jaune et voilée, leur généreuse tenue de mousse et le juste équilibre entre l’amertume et les arômes de fruits tropicaux, on comprend vite l’attrait pour ces bières. Chaque itération est brassée différemment (à l’aide d’une levure à ale anglaise), avec des malts de base différents, l’ajout parfois d’avoine et de blé à l’orge, qui confèrent l’apparence et la texture recherchées. « La série HYPA, c’est un peu un exercice de style, dont on a testé dix versions — et on s’arrête là ! »

« Le style “New England” [ou “Nord-Est” de cette variété d’IPA] nous importe peu, finalement. Ce n’est pas un objectif, mais simplement le résultat. Je voulais trouver la signature particulière des houblons et la texture [soyeuse] ; que la bière soit plus ou moins trouble, ce n’est pas vraiment important. C’est notre interprétation du style IPA, quelque chose aujourd’hui de très vaste. Il y a tellement de sous-catégories… »

La double IPA est particulièrement intéressante, « elle aussi nommée dans une série portant les noms d’empereurs romains ». Ses 8 % d’alcool sont particulièrement bien dissimulés par l’amertume, légèrement plus prononcée que dans les HYPA — houblons Citra, Galaxy et Amarillo ont été utilisés dans la Néron, dont l’apparence, une fois versée, sera confondue avec celle d’une NEIPA.

« Je voulais faire une double IPA qui soit la plus facile à boire que possible : pas une très grande amertume, beaucoup de texture, les houblons apportant beaucoup d’arômes. »