Alcool: un peu, beaucoup ou pas du tout?

L’alcool reste un facteur de risque dans les maladies du cœur, du foie et du pancréas, en plus d’augmenter les risques de développer certains cancers, comme celui de la bouche, de l’œsophage, du larynx et du foie.
Photo: Spencer Pratt Agence France-Presse L’alcool reste un facteur de risque dans les maladies du cœur, du foie et du pancréas, en plus d’augmenter les risques de développer certains cancers, comme celui de la bouche, de l’œsophage, du larynx et du foie.

Les Fêtes sont un moment de réjouissance et de retrouvailles… où l’alcool coule souvent à flot. Pour ceux qui souhaitent adopter une consommation responsable, il est souvent difficile de s’y retrouver dans toutes les études scientifiques sur le sujet. «Le Devoir» fait le point.

Si les autorités de santé publique recommandent une consommation modérée, certaines études estiment que l’on devrait adopter un mode de vie sans alcool. D’autres affirment plutôt le contraire et affirment que l’alcool aurait un effet protecteur contre certaines maladies. Démêler tout cela a de quoi donner un sérieux mal de tête.

Il ne faut pas nier les nombreuses maladies liées à une consommation excessive d’alcool. Les dangers sont bien réels. L’alcool reste un facteur de risque dans les maladies du coeur, du foie et du pancréas, en plus d’augmenter les risques de développer certains cancers, comme celui de la bouche, de l’oesophage, du larynx et du foie, pour ne nommer que ceux-là. Plusieurs mécanismes ont été associés au cancer, mais le plus connu se déroule pendant l’assimilation de l’alcool.

Une fois ingéré, l’éthanol est dégradé en acétaldéhyde, lui-même dégradé en acide acétique. C’est l’exposition à l’acétaldéhyde qui constitue l’effet cancérigène chez l’être humain. Le cancer survient donc parce qu’une partie de l’alcool consommé ne s’est pas entièrement métabolisée. Mais n’entend-on pas que l’alcool pourrait aussi protéger contre le cancer ?

Bon vin, mauvais vin

En effet, une boisson alcoolisée peut à la fois augmenter et réduire les risques de développer un cancer. Le secret réside dans le dosage. Un verre de trop et c’est les effets délétères qui prennent le dessus sur les bienfaits. C’est le cas du vin rouge. Le resvératrol, molécule que l’on retrouve dans les raisins et donc dans le vin, permet d’éliminer les cellules endommagées qui sont les plus susceptibles de muter en cancer. Cette fameuse molécule répare les dommages causés plus tôt par l’acétaldéhyde. Elle possède également des propriétés qui tiennent les problèmes cardiaques à distance.

Il s’agit cependant d’un couteau à double tranchant. S’il est plutôt vrai qu’un verre par jour protège contre certaines maladies chroniques, une consommation quotidienne de plus de quatre verres estomperait les effets bénéfiques au profit des conséquences néfastes.

Le pire modèle de consommation, c’est boire de grandes quantités d’alcool à l’occasion, puis d’observer plusieurs jours d’abstinence. Autrement dit, il vaut infiniment mieux boire régulièrement de petites quantités d’alcool que de boire beaucoup de temps en temps.

Pendant la période des Fêtes, la quantité d’alcool ingurgitée est souvent plus importante qu’à l’habitude. Ce n’est de toute évidence pas un bon moment pour profiter des effets du resvératrol. Vous vous dites qu’abuser des bonnes choses une fois de temps à temps n’est pas la fin du monde : vous retrouverez bientôt vos habitudes de consommation et tout redeviendra à la normale. Erreur !

« L’effet favorable de l’alcool se manifeste quand il y a consommation régulière et à petites doses », rappelle le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy. « Le pire modèle de consommation, c’est boire de grandes quantités d’alcool à l’occasion, puis d’observer plusieurs jours d’abstinence. Autrement dit, il vaut infiniment mieux boire régulièrement de petites quantités d’alcool que de boire beaucoup de temps en temps. »

La sobriété pour tous ?

Plus tôt cette année, une étude publiée dans The Lancet a fait les manchettes en prévenant que même un seul verre d’alcool par jour pouvait être dangereux pour la santé. Qu’en est-il vraiment ? Les chercheurs ont épluché des centaines d’études publiées partout à travers le monde pour conclure qu’il n’y avait pas de niveau sécuritaire de consommation d’alcool.

S’il est vrai que la consommation excessive d’alcool augmente radicalement les risques pour la santé, les données pour une consommation responsable sont beaucoup moins marquées. Dans cette étude, la différence entre l’abstinence et un verre d’alcool est pratiquement négligeable. Ce n’est donc pas assez concluant pour bouder votre coupe de vin rouge pendant le souper. On peut donc dire que le risque croît avec l’usage… et que la modération a vraiment meilleur goût !

Les jeunes tournent le dos à l’alcool

Les résultats de la dernière Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire (2016-2017) sont pour le moins encourageants en ce qui concerne les habitudes de consommation d’alcool chez les 12 à 17 ans. Depuis 2010, la proportion de jeunes qui consomment a chuté, et ce, de façon constante. La tendance se dessine ailleurs dans le monde, particulièrement dans les pays scandinaves et au Royaume-Uni. Même les États-Unis voient de plus en plus d’adolescents et de jeunes adultes opter pour la sobriété. Les nouvelles sont réjouissantes, certes, mais difficiles à expliquer. On peut éliminer d’emblée l’hypothèse que les jeunes se soient tournés vers les drogues. Là aussi les statistiques de l’Enquête québécoise montrent que de moins en moins de jeunes en consomment au secondaire. Les messages de santé publique commenceraient-ils à porter leurs fruits ? Les adolescents aimeraient-ils mieux garder le contrôle d’eux-mêmes ? La psychologue américaine Jean Twenge a une autre explication. Dans son livre iGen, elle avance que le téléphone intelligent aurait supplanté l’alcool et la drogue dans la vie des adolescents. Il répondrait mieux à leur désir d’indépendance et d’esprit de communauté. Le portable serait-il devenu le nouveau vice ?