Saveurs: En souvenir du bon vieux temps

Ruth Wilensky s’assure de perpétuer la réputation tant du hot-dog que du «Spécial», créé par feu son mari Moe.
Photo: Ruth Wilensky s’assure de perpétuer la réputation tant du hot-dog que du «Spécial», créé par feu son mari Moe.

Soixante-dix ans de restauration, et rien ne laisse présager un changement chez les Wilensky au cours des 70 prochaines années. Mêmes sandwichs chauds au baloney et à la moutarde, avec ou sans fromage (le «Spécial»). Et encore les sodas à la fontaine comme on en buvait à l'époque du patron. Montréal cache parfois des institutions d'exception comme celle-ci, où le temps semble s'être arrêté. Tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, on a voulu faire en sorte que le temps s'immobilise, comme pour se souvenir.

Depuis l'ouverture, en 1932, du Wilensky, fondé par Moe Wilensky à l'intersection des rues Fairmount et Saint-Urbain, le Mile-End a connu bien des changements. Il est devenu un haut lieu de rassemblement des artistes et du monde culturel branché de Montréal. Déménagé à l'intersection des rues Clark et Fairmount depuis 1952, Ruth Wilensky s'assure de perpétuer la réputation tant du hot-dog que du «Spécial», créé par feu son mari Moe.

La reconnaissance littéraire

L'Apprentissage de Duddy Kravitz, écrit par Mordecai Richler, a attiré et attire toujours chez Wilensky son lot d'anglophones curieux qui espèrent y découvrir une autre époque. Le lieu est peu connu du côté francophone, sauf de silencieux habitués qui gardent jalousement la place comme un secret d'État. L'endroit a si peu changé qu'on y a tourné diverses scènes de l'adaptation cinématographique du livre de Richler, qui mettait entre autres en vedette Richard Dreyfus et Micheline Lanctôt.

La belle bibliothèque murale pourrait à elle seule raconter Montréal et les tourments d'une révolution. Ruth Wilensky ne raconte que de façon occasionnelle le passage de célébrités chez elle, signe du respect d'un temps passé et d'une autre mentalité. Tout comme Schwartz's, Ben's Delicatessen et la Binerie Mont-Royal, Wilensky fait partie des lieux sacrés de l'authenticité et du patrimoine culturel et culinaire de Montréal, qu'on devrait à tout prix protéger.

Trois générations se succèdent à la routine quotidienne du hot-dog grillé et du «Spécial», auquel il serait faire affront que de le demander sans moutarde. Des 12 ¢ demandés en 1932, on est passé à 3 $. Les coupures de journaux usées par le temps s'inscrivent en hommage aux divers auteurs qui ont délaissé leur machine à écrire pour l'ordinateur de tous les jours. De tout temps, on est resté fidèle à la fontaine à sodas, que les modes et publicités successives n'ont pas réussi à détruire. Le sirop de cerise délicatement remué par Asher, le fils, émerveille encore de beauté et d'originalité, arrivant même à faire sourire la génération 2000, accro au Coke et au Pepsi.

Le charme discret de la rue Fairmount se caractérise tant par ses commerces d'alimentation que par les gens qui demeurent fidèles à leur époque. Les trois générations de Wilensky ne se doutent sûrement pas de l'excellente notoriété dont ils jouissent. Fidèles à eux-mêmes, ne changeant rien à leurs recettes, ils sauvegardent une tradition et une certaine culture qui pourraient facilement s'effacer. Tout comme Saint-Pétersbourg nous attire avec de prestigieux monuments chargés d'histoire — bonne ou mauvaise —, Montréal suscite la curiosité tant par des boutiques inédites que par d'étonnants restos, que touristes et visiteurs découvrent avec un intérêt parfois bien supérieur à celui des Montréalais.

Montréal me surprend toujours par ses petites cachettes et ses surprises, qui sont de purs délices. Je me surprends moi-même à aimer de petits endroits comme celui-ci, où des gens simples et heureux officient depuis des générations sans être atteints par la piqûre du profit ou de la notoriété. La nourriture servie y est toujours bonne, avec, en plus, un petit quelque chose qui attire et charme. En refermant la porte, on ne peut qu'espérer que le souvenir de Moe Wilensky demeurera là encore longtemps.

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Tout baigne dans l'huile

Château de la Tuilerie

Format: 500 ml

Provenance: France, région nîmoise

Prix d'une bouteille achetée aux Douceurs du marché, marché Atwater, Montréal: 35 $.

Bouteille stylisée transparente affichant les dates de récolte (2004) et de péremption (février 2006).

- Couleur: jaune clair or, trouble parce que le produit n'est pas filtré.

- Odeur: très bonne odeur de fruits frais.

- Goût: huile fraîche avec la typicité de la variété picholine.
- Ma description: belle huile de propriété mais hélas très limitée en quantité. Son côté artichaut et piquant est caractéristique de la picholine, seule et unique variété de cette huile. Grande longueur en bouche malgré un peu d'amertume. Profitez-en: seulement 500 bouteilles sont disponibles.

Mon appréciation: 3/4

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Biblioscopie

Poissons et délices de la mer

Anie Saint-Pierre et Véronique Gagnon-Lalanne

Éditions Trécarré

2004, 125 pages

Voilà un beau petit livre bien fait et surtout d'une grande élégance, avec de magnifiques photographies. Ce livre a tout pour plaire: il traite de produits de la mer avec des recettes simples, bien expliquées et nécessitant peu d'ingrédients. Un des livres intéressants de l'année 2004.

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La recette de la semaine - Délice de moules aux câpres fines

Pour quatre personnes

- 45 ml de beurre

- 2 kilos de moules nettoyées

- 1 poireau émincé

- 1 gousse d'ail hachée

- 30 ml de moutarde forte

- 90 ml de crème 35 %

- 60 ml de Noilly Prat

- 30 ml de câpres hachées

- 30 ml de ciboulette hachée

- 30 ml de cheddar fort râpé

Nettoyez bien les moules à l'eau fraîche afin d'en retirer le sable. Dans une grande casserole, faites fondre le beurre et ajoutez le poireau. Faites suer ensemble les poireaux et les moules de trois à quatre minutes, puis ajoutez le Noilly Prat. Laissez cuire deux minutes et versez ensuite la crème et les câpres. Laissez ouvrir les moules et égouttez-les en récupérant le jus de cuisson. Mélangez au fouet la moutarde avec le jus de cuisson et ajoutez la ciboulette. Servez ensuite sur les moules et saupoudrez de cheddar râpé.

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Gastroscopie

Repas tout chocolat

Lors de la Fête du chocolat, qui se déroulera les deux derniers week-ends de mai à Bromont, en Estrie, le restaurant Le Madrigal de Bromont proposera un repas tout chocolat en cinq services, avec vins adaptés et commentés par un des grands sommeliers du Québec, Guenaël Revel. Renseignements: (450) 534-3588.

Dix ans de bons grains aux Deux Marie

Dix ans de recherche et de travail pour atteindre à la qualité suprême dans le domaine du café et de la torréfaction: c'est ce que les deux Marie, Marie-Josée Cayer et Marie-Andrée Traversy, ont accompli pendant ces dix ans d'ivresse et de bons grains. Avec 32 tonnes annuelles de café qu'elles achètent à 20 producteurs dans le monde, elles recherchent les meilleurs crus et cafés d'origine qui leur permettent ainsi de proposer 26 cafés maison. Pour ce dixième anniversaire, elles nous promettent une cuvée dont on se souviendra. Renseignements: Aux deux Marie, 4239, rue Saint-Denis, Montréal.