Délicieuses petites tables catalanes

Vous irez un jour en Catalogne, là n’est pas la question; tous les chemins mènent en Catalogne, et à sa tradition culinaire.
Photo: Philippe Tastet Vous irez un jour en Catalogne, là n’est pas la question; tous les chemins mènent en Catalogne, et à sa tradition culinaire.

Dans le cadre du partage de bons tuyaux gastros, j’ai pensé que vous seriez contents de mettre en banque ces quelques adresses catalanes où l’on reçoit le client comme une personne importante et qu’il est donc important de bien nourrir.

Vous irez un jour en Catalogne, là n’est pas la question, tous les chemins mènent en Catalogne. Air Transat, qui a eu l’extrême amabilité de s’occuper de mon transport, propose des vols vers Barcelone et vers Toulouse permettant de s’y rendre facilement.

Les quelques adresses que je vous suggère ici sont des endroits un peu hors du temps, éloignés des feux de la rampe et dont même les médias sociaux — qui pourtant blatèrent beaucoup — ne parlent pas. Bien sûr, voulant rester dans l’abordable, il a fallu choisir ; à Banyuls-sur-Mer, je ne vous parlerai donc pas du Fanal, étoilé Michelin où le chef Pascal Borrell prépare de si jolies assiettes. Dans la frange relaxe des tables locales, je ne m’appesantirai pas trop non plus sur La Ganotte, cette espèce de bistrot sur le port où l’on grignote des choses divertissantes servies par le truculent patron, Moïse, qui anime le spectacle à la Pagnol.

J’ai conservé quatre adresses, deux de chaque côté d’une frontière qui n’en est plus une, que je vous présente en alternance, sautant chaque fois par-dessus les belles Pyrénées.

Les 9 caves

Commençons donc à Banyuls, aux 9 caves plus exactement. Installé dans une ancienne cave coopérative restaurée avec goût, ce restaurant atypique vient d’être repris par Natasja Postma et Jan Paul Delhaas, deux fringants jeunes Hollandais. La chef a donné un sérieux coup de balai dans la carte et propose de délicieuses assiettes. Jan Paul pioche dans les réserves très tentantes des crus disponibles sur place et vendus avec un droit de bouchon de 5 € la bouteille.

À midi, une formule entrée, plat principal et dessert est proposée pour une vingtaine d’euros, mais on peut facilement se contenter d’un plat unique pour une quinzaine, comme pour cette « assiette de charcuterie », une palette ibérique venue de Salamanca servie avec un chutney de pommes, oignon, gingembre, dattes et figues et de succulentes minimarinades de concombre, aneth et oignon rouge.

Photo: Philippe Tastet Tout est extrêmement soigné, créatif et savoureux.

Le soir de mon passage, le festival culinaire se présentait comme suit : Carottes grillées, purée des carottes, yaourt fumé, sarrasin croustillant et chips de chou ; Merlu « a la plancha », tomates, concombre, gaspacho de concombre, coques et oseille ; Épaule de cochon, betteraves, cerises, jus de cassis, shiso et boulettes au raifort ; Poulet, chou lisse, aspergettes, petits pois, sésame, jus de citron et gingembre ; Sardines marinées, crème d’avocat, poivron grillé, mayonnaise au piment fermenté et oseille. Tout est extrêmement soigné, créatif et savoureux. On pourra oublier les gnocchis, trop chers pour une si petite portion, mais tout le reste du menu est digne d’intérêt, y compris les desserts, tout aussi guillerets et estivaux.

Can Tenli

Dans un registre différent en matière de recherche gastronomique, mais tout aussi divertissant pour les papilles, Can Tenli appartient à cette catégorie d’établissements que les locaux gardent précieusement dans leur carnet de tables à visiter régulièrement, sans pour autant ébruiter la chose.

Le plat phare de la maison est cette morue servie en portions pantagruéliques, cuite au four, nappée d’un écrasé de tomates et couronnée de croustilles. Depuis plus de 40 ans, la maison sert ce plat relativement modeste et les clients affluent. Compte tenu de l’extrême générosité de l’assiette, trois personnes y trouveront leur bonheur et en ressortiront rassasiées. D’autres spécialités régionales sont dignes de mention ici, escargots ou joues de porc à la catalane pour ne mentionner que ces deux-ci.

Une promenade dans les ruelles tortueuses et rafraîchissantes du village de Maçanet de Cabrenys vous permettra d’entamer une digestion laborieuse tant vous vous serez laissé aller à des excès de table. Ensuite, vous pourriez prendre la route vers Coustouges et Saint-Laurent-de-Cerdans, les deux premiers petits villages côté français. Dans le premier, vous flânerez et vous recueillerez au frais dans la petite église en implorant Santa Maria de Costoja de pardonner ce vilain péché de gourmandise commis auparavant ; dans le second, vous essaierez de résister aux innombrables tentations proposées par la boutique des Toiles du soleil.

Les clos de Paulilles

Retour en Catalogne française, à mi-chemin entre Port-Vendres et Banyuls-sur-Mer, sur le site de Paulilles. Lieu d’essai d’une fabrique de dynamite au XIXe siècle, le site a été racheté il y a une vingtaine d’années par le Conservatoire du littoral, qui a décontaminé les lieux, les a classés et protégés des promoteurs immobiliers. Aujourd’hui, les 17 hectares de paysage constituent un site gratuit et écologique qui attire un public de plus en plus vaste.

Le restaurant Les clos de Paulilles se trouve là, au milieu des vignes, tables avec vue imprenable sur la Méditerranée. La vue sur les assiettes est tout aussi intéressante et le travail méticuleux des cuisiniers laisse lui aussi un excellent souvenir. On est ici dans un registre plus gastronomique que la moyenne locale, et il faut mentionner les noms de ces artistes de la casserole qui jonglent avec salé et sucré. Chef d’orchestre : Étienne Coquin ; sous-chef : Jeremy Prat ; pâtissière : Fanny Badet. Ce trio-là fait les choses en grand.

Le midi de mon dernier passage à l’improviste, la formule entrée, plat, dessert à 30 € se présentait ainsi : Gravlax de saumon d’Écosse ; Filet de porc en croûte de chapelure japonaise accompagné de fenouil grillé, de courgettes et de tendres carottes et un magnifique dessert aux fruits du moment, en l’occurrence des cerises (sans doute de Céret) confites, voisinant deux ravissants petits choux et soulignées de pâte de pistache. Un sans-faute complet et un choix d’éléments pour chaque service parfaitement adaptés à la chaleur torride ambiante.

La carte des vins proposés ici risque fort de vous entraîner dans quelques égarements. Vous pourrez toujours aller sautiller sur le sentier du littoral qui passe à deux pas ou faire quelques longueurs jusqu’à la bouée comme les baigneurs frimeurs.

Chez Louisette

Repassons en Catalunya, dans un autre de ces petits villages écrasés de soleil qui semblent figés dans le temps. Garriguella vaut le détour pour sa coopérative où vous pourrez faire le plein de vivres locaux de qualité — huiles d’olives, charcuteries et autres gourmandises — et de crus stimulants. Le restaurant Chez Louisette est une fantaisie légèrement baba cool dans le paysage. Cuisine familiale qui joue avec les classiques régionaux en y ajoutant une touche très personnelle.

L’extrême gentillesse du personnel et le côté décontracté du service qui demeure en tout temps très attentif contribuent au charme de l’endroit.

Irrésistibles tastets (les tapas catalanes) à gérer avec discernement au risque de ne plus avoir faim pour la suite, risotto de l’Alt Emporda (la région), grillades de poissons ou de viandes venues de bétail local, tout est à recommander.

Cet endroit est sans doute le lieu le plus détendu parmi tous ceux visités au cours des semaines passées à écumer la région. À bien y penser, c’est sans doute l’un des lieux les plus détendus que j’ai visités au cours des dernières années, c’est vous dire.



Les 9 caves

56, avenue du Général-de-Gaulle, 66650 Banyuls-sur-Mer, (+33) 04 68 36 22 37

Can Tenli

Carrer de les Dòmines, 11, 17720 Maçanet de Cabrenys, Espagne, (+34) 972 54 40 51

Les clos de Paulilles

Baie de Paulilles, 66660 Port-Vendres, (+33) 04 68 81 49 79

Chez Louisette

Estany de la llebre, 8, 17780 Garriguella, Espagne, (+34) 972 53 19 16