Goûter la zone boréale du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Nathalie Rivard, fille de Michel Rivard, cueilleuse de bleuets sauvages depuis 1980
Photo: Photos Catherine Lefebvre Nathalie Rivard, fille de Michel Rivard, cueilleuse de bleuets sauvages depuis 1980

L’agrotourisme gagne en popularité partout au Québec, si bien que plusieurs d’entre nous filent d’une bonne adresse à une autre partout dans la province. Mais le mouvement Zone boréale, né au Saguenay–Lac-Saint-Jean, recèle bien plus qu’une simple route des saveurs.

Il y a sept ans seulement, la petite équipe de la Table agroalimentaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean (SLSJ) lançait l’ambitieux projet de la « Zone boréale » pour mettre en valeur le terroir nordique de la région. Une Zone boréale qui regroupe aujourd’hui davantage que les bonnes adresses mettant en valeur les produits régionaux, mais qui met à contribution tous les acteurs de la culture culinaire locale.

Pour parvenir à cerner l’ADN de cette zone nordique, des consultations publiques ont d’abord pris le pouls de la population par rapport à leur terroir. Les réponses obtenues furent parfois étonnantes, affirme Nancy Ouellet, conseillère en communication à la Table agroalimentaire du SLSJ. « Il y a encore des gens pour qui la pêche, la chasse et la cueillette sauvage font partie de leur mode de vie, raconte-t-elle. Je savais qu’il y avait ça dans notre histoire, mais je ne savais pas qu’il y avait encore une transmission de ces connaissances, surtout dans le nord du Lac-Saint-Jean. » Ce coup de sonde a permis de mieux définir l’essence de ce terroir boréal. Depuis lors, les partenaires du projet se sont multipliés comme des champignons.

Les pionniers

Les restaurateurs ont été les premiers à se faire fiers ambassadeurs de la Zone boréale, un titre que n’acquiert pas qui veut. « Dans leur cas, un certain pourcentage de produits de la zone boréale doit être au menu, explique Nancy Ouellet, notamment 99 % des produits laitiers doivent venir d’ici. Le pourcentage est moins important dans le cas de la viande. Il est beaucoup plus difficile de servir de la viande locale, compte tenu de l’absence d’abattoir dans la région. » Les restaurants font donc un travail de taille pour répondre aux critères fixés par la Table agroalimentaire, puisque la notion de « cuisine du marché » ne s’arrête pas à une poignée de légumes et de fruits en saison. « On n’invente rien quand on dit que notre assiette goûte “boréal”, précise-t-elle. Il y a encore des gens qui travaillent avec les viandes de gibier dans leur cuisine quotidiennement. Ce n’est pas juste un trip de chef. »

Il y a encore des gens pour qui la pêche, la chasse et la cueillette sauvage font partie de leur mode de vie, raconte-t-elle. Je savais qu’il y avait ça dans notre histoire, mais je ne savais pas qu’il y avait encore une transmission de ces connaissances, surtout dans le nord du Lac-Saint-Jean.

La part des marchands

Depuis la mise en oeuvre du projet, il y a trois ans, plusieurs grands détaillants, dont IGA et Metro, ont adhéré au réseau des Marchands Zone boréale. « Ils se sont engagés à aider le consommateur à repérer facilement le produit local », ajoute Nancy Ouellet. Un geste encourageant, étant donné les façons de faire habituelles des grands distributeurs. « C’est bien beau de vouloir valoriser les producteurs locaux, mais dans une région où ils ne parviennent pas à fournir les grandes chaînes, ce n’est pas toujours évident, renchérit-elle. Par exemple, le petit maraîcher qui cultive des espèces variées ne pourra pas fournir tous les IGA du Québec, comme le font les Serres Toundra de Saint-Félicien avec leurs concombres. » Pour faire une place à ces petits producteurs locaux, il faudrait déjà que les grands réseaux de distribution acceptent que les produits locaux soient offerts seulement dans la région, et non à l’échelle du Québec. Après, il faut aussi que le consommateur soit prêt à ne pas toujours avoir accès à l’année aux mêmes variétés de fruits et légumes », explique-t-elle.

Éduquer, dès la garderie

Les enfants, eux, deviennent aussi de petits ambassadeurs de saveurs lorsqu’ils fréquentent un service de garde reconnu par la Zone boréale. En plus de mettre des produits du terroir au menu des tout-petits, ces garderies s’engagent à en promouvoir la connaissance lors de leurs activités éducatives.

L’ensemble des partenaires de la Zone boréale contribuent à mieux faire comprendre la réalité de l’alimentation locale. La Table agroalimentaire du SLSJ, elle, a fait un pas de géant pour faire mettre en valeur tout le travail qui se cache derrière chaque bouchée, ici comme ailleurs.

 

Zone boréale: des ambassadeurs à visiter

Bistro de L’Anse, à L’Anse-Saint-Jean, où le cerf rouge provenant d’un éleveur local vole la vedette au tartare, au burger et à la poutine de la maison. Ils sont aussi à la barre de la microbrasserie La Chasse pinte.

La Vieille Ferme, à Saint-Fulgence, est à la fois une bergerie, une maison d’hôte et une boutique de produits artisanaux. Elle cultive en plus des courges et autres produits maraîchers.

La Ferme Michel Rivard et fille, à Saint-Ambroise, producteur de bleuets sauvages et de pommes de terre, sert aussi de bons plats régionaux, comme la soupe aux gourganes et la tarte aux bleuets.

La Route des bières invite les adeptes de microbrasseries à découvrir les 13 adresses locales. Pas moins de 480 km les séparent les une des autres.