La face (encore) cachée de l’aspartame

Les consommateurs de produits contenant de l’aspartame ingèrent habituellement d’autres types d’édulcorants, au-delà des boissons gazeuses «diètes».
Photo: Darron Cummings Associated Press Les consommateurs de produits contenant de l’aspartame ingèrent habituellement d’autres types d’édulcorants, au-delà des boissons gazeuses «diètes».

Étudié de long en large depuis plus de 50 ans, l’aspartame est certainement l’édulcorant artificiel le plus controversé de tous. Encore aujourd’hui, il soulève les soupçons et, pourtant, il est toujours bien présent dans plusieurs aliments et boissons.

L’aspartame est découvert par hasard en 1965 par le chimiste de la compagnie pharmaceutique Searle James M. Schlatter. De la combinaison d’acide aspartique et de phénylalanine, deux acides aminés qui font partie de la composition des protéines, est né l’aspartame. Ensemble, ils ont un pouvoir sucrant 200 fois plus intense que le sucre blanc, sans affecter le taux de sucre dans le sang. À première vue, cela permet non seulement de faire semblant de se sucrer le bec sans faire le plein de calories, mais aussi d’éviter de causer d’importants pics de glycémie. Malgré tout, la Food and Drug Administration (FDA) n’est pas prête à l’approuver de sitôt.

Quelle histoire !

En effet, le laboratoire Searle met neuf ans à faire approuver l’aspartame par la FDA en 1974. Or, sa commercialisation prend fin rapidement, puisque le docteur John Olney sème le doute quant à l’innocuité du nouvel ingrédient chouchou des fabricants de produits et de boissons « diètes ».

Dans son plus récent ouvrage, Le light, c’est du lourd, la journaliste française Henriette Chardak rappelle que Donald Rumsfeld était secrétaire à la Défense sous Gerald Ford de 1975 à 1976, avant de le redevenir de 2001 à 2006 sous G. W. Bush. Entre-temps, Rumsfeld devient président de Searle de 1976 à 1990. Et pouf ! L’aspartame est approuvé de nouveau par la FDA en 1981. Dès 1985, Monsanto met la main sur Searle. Depuis lors, l’aspartame est mieux connu sous le nom de NutraSweet.

Malgré son approbation par la FDA, Santé Canada et l’Agence européenne pour la sécurité des aliments (EFSA), l’aspartame fait couler beaucoup d’encre depuis plus de 30 ans.

Les hics dans tout ça

Avant d’approuver un ingrédient ou un aliment, les instances gouvernementales consultent les études disponibles à ce sujet pour s’assurer qu’il ne mette pas la santé des gens en danger. Le premier hic est que les études auxquelles elles se réfèrent sont souvent financées par les fabricants de l’ingrédient en question. C’est peut-être en partie pourquoi les doutes envers l’aspartame persistent à travers le temps.

Pour sa part, madame Chardak va droit au but. Elle pointe l’aspartame du doigt pour expliquer presque tous les maux qui ont vu leur incidence augmenter depuis sa commercialisation. Toutefois, elle se fie souvent à des observations ou à des études faites sur le modèle animal, voire cellulaire (in vitro) pour justifier ses doutes. Ces résultats ne se transposent pas directement chez l’humain. Et les doses d’aspartame administrées aux animaux dans ces études sont souvent bien au-delà de l’apport moyen chez l’humain, la notion de dose étant particulièrement importante lorsqu’il est question de toxicité. En bref, il en faut bien plus dans l’univers scientifique pour établir un lien de cause à effet.

Dans les deux cas, il serait pertinent d’apporter plus de nuances et d’inclure des études indépendantes de qualité pour savoir si l’aspartame ou n’importe quel autre ingrédient pose un risque à la santé ou pas.

Santé Canada affirme que l’aspartame n’a pas d’effets néfastes, sauf pour les personnes atteintes de phénylcétonurie, une maladie métabolique rare qui ne permet pas de métaboliser la phénylalanine. La Direction des aliments de Santé Canada a tout de même cru bon de fixer une dose journalière admissible (DJA), la même que celle avancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 40 mg/kg de poids corporel. La DJA est la quantité d’une substance qu’un individu moyen (60 kg) peut ingérer quotidiennement sans risque pour la santé. En fait de boissons gazeuses « diètes », cela équivaut à environ 16 canettes par jour. Pour la plupart des gens, il n’y a là rien d’inquiétant.

L’autre hic, par contre, est que les consommateurs de produits contenant de l’aspartame ingèrent habituellement d’autres types d’édulcorants, au-delà des boissons gazeuses « diètes ». Or, la majorité des études à son sujet ne considèrent pas la consommation d’édulcorants au sens large ni le reste du mode de vie qui peut améliorer la santé ou y nuire.

Troisième hic : les études ne s’intéressent peut-être pas au vrai risque. Sur le site de Santé Canada, certaines inquiétudes concernant l’aspartame sont soulevées, notamment au sujet des diabétiques. Pour les rassurer, il est entre autres écrit ceci : « Une revue des études disponibles sur l’aspartame et le contrôle de la glycémie est disponible dans une publication récente. » La publication en question date de 1996. Puisque l’aspartame n’a pas d’impact sur la glycémie, Santé Canada conclut qu’il ne nuit pas aux diabétiques.

À chaque hic, une solution

Premièrement, les organisations de santé devraient mettre à jour leurs références scientifiques. Deuxièmement, ils devraient se questionner sur les impacts des édulcorants artificiels autres que sur la glycémie. L’année dernière, une revue de littérature scientifique à propos des édulcorants et de la santé cardiométabolique a été publiée dans le Canadian Medical Association Journal. Les chercheurs suggéraient que les édulcorants artificiels peuvent avoir des effets néfastes sur le métabolisme du glucose, le microbiote intestinal, le contrôle de l’appétit et la gestion du poids. Or, il vaut sans doute mieux être plus prudent, tant pour les diabétiques que pour la population en général.

Après tout, les édulcorants se retrouvent souvent dans des produits et boissons ultratransformés, qui contiennent bien d’autres additifs alimentaires aux effets plus ou moins connus. En attendant que les scientifiques indépendants élucident leurs mystères, c’est une raison de plus de privilégier les aliments peu transformés ou faits à partir d’ingrédients de base. C’est aussi le temps de laisser tomber les boissons sucrées ou additionnées d’édulcorants.

1 commentaire
  • Martin Paré - Abonné 13 août 2018 00 h 04

    Faux sucre

    Je suis diabétique depuis 38 ans et je bois des liqueurs avec de l'aspartame depuis des années. Résultat sur mon sucre : zéro. Résultat sur ma santé, rien. Des édulcorants comme le Xylitol commence à démontrer qu'ils peuvent combattre la carie dentaire mieux que la brosse à dent. La recherche ne démontera assurément pas le danger de l'aspartame qui sera pris en quantité raisonnable. J'espère qu'elle trouvera les preuves qui permettront d'utiliser des produits comme le xylitol sans danger qui en plus de ne pas faire monter le sucre nous empêche d'avoir des caries...