La cuisine du pleinairiste se diversifie

Notre obsession pour la gastronomie a déjà envahi l’espace de nos vies où nous aimons revenir à l’essentiel: le plein air.
Photo: Nathan Shipps sur Unsplash Notre obsession pour la gastronomie a déjà envahi l’espace de nos vies où nous aimons revenir à l’essentiel: le plein air.

Il est bien loin le temps où nos repas en plein air se composaient d’un triste sandwich au beurre de peanut, pain blanc pas d’croûte… Aujourd’hui, on veut des saveurs surprenantes et des recettes originales qui peuvent satisfaire autant notre plaisir gustatif que nos besoins nutritionnels. Bref, notre obsession pour la gastronomie a déjà envahi l’espace de nos vies où nous aimons revenir à l’essentiel : le plein air.

Promenez-vous dans le département cuisine d’une boutique spécialisée en plein air, vous y verrez un débordement d’équipements culinaires et d’accessoires qu’on ne voyait pas encore il y a dix ans. Ceux-ci constituent la version compacte et allégée de tout ce que vous avez dans votre cuisine en ville : autocuiseur, four, casseroles téflon et moules à gâteau.

« Pour la cuisine de camping où l’auto n’est pas loin, la céramique tend à remplacer le téflon pour les plats de cuisson, explique Pascal Briand, conseiller chez Mountain Equipment Co-op (MEC). Pour ceux qui partent en longue randonnée, on conseille des ensembles imbriqués avec tasse, assiette et ustensiles pour deux personnes qui prennent très peu de place et sont plus légers [GSI, Snow Peak]. » Car les grands défis de la cuisine en plein air sont l’espace et le poids ! Ainsi, la tendance est aux accessoires avec système en origami, des plateaux en matière plastique qui se plient de façon à former des assiettes creuses, par exemple, et qui se glissent aisément dans un sac à dos ou un sac au sec.

Idem pour les réchauds rétractables avec chaudron intégré, poids plume, et à la puissance décuplée. Le BTU (British Thermal Unit), mentionné parfois dans la fiche technique du réchaud, permet de connaître le temps nécessaire pour parvenir au point d’ébullition (MSR). Une donnée importante quand on part en expédition en autonomie et qu’on ne veut pas transporter trop de cartouches de gaz sur soi.

« La dernière mode, ajoute Pascal Briand, c’est la machine à espresso [Handpresso] munie d’un système à pression qui s’utilise avec du café en poudre ou des dosettes, un grand succès en boutique ! » Ah, le plaisir de savourer un café digne de ce nom les pieds dans la rivière avec vue sur les montagnes !

L’épicerie sur le dos

Cette prolifération d’équipements culinaires en dit long sur nos intentions : pagayer, marcher, rouler, oui, mais avec un repas savoureux et consistant à la clé.

Aux dires de certains, il n’est pas rare, d’ailleurs, que l’escapade en pleine nature soit le prétexte à des joutes gastronomiques entre amis !

« Il existe des solutions pour composer un menu diversifié, surtout si on passe beaucoup de temps en plein air, et qui permettent d’éviter le long et fastidieux travail de tout déshydrater », explique Nathalie Le Coz, auteure du livre Gourmands de nature, une bible sur l’alimentation en plein air publiée en 2009 chez Fides. En effet, l’idée, c’est de maximiser le pouvoir gustatif de certains aliments en simplifiant leur préparation.

Pour les protéines animales, il faut préférer les charcuteries sèches, comme le saucisson, le chorizo et la pancetta, ainsi que les fromages à pâte ferme (cheddar, parmesan, gouda), qui se transportent et se conservent mieux.

Certains peuvent même se congeler dans un contenant hermétique. Les viandes et poissons cuits et congelés sont parfaits, surtout en été, mais sont relativement lourds. Cette option est idéale en canot ou en kayak. Compter environ 30 g de protéines par repas.

Du côté des légumes, il est recommandé de privilégier la version asséchée (tomates, champignons), déshydratée (légumes blanchis, cuits à très basse température, environ 130 degrés Fahrenheit, au four conventionnel) ou déjà cuite (légumes fermes uniquement, comme les carottes, poivrons, brocolis et pommes de terre).

La dernière mode, c’est la machine à espresso utilisée avec café en poudre ou dosettes

Bien sûr, les légumineuses sont les championnes pour servir de base nutritive à des salades, à des soupes en hiver et à des accompagnements. Haricots, pois chiches, lentilles, pois cassés ; on les apporte déjà cuits, dans un sac étanche, ce qui est moins lourd et moins encombrant qu’une conserve !

Que serait le camping sans un plat de pâtes ou de quinoa ? Tout comme le riz, le boulgour ou la polenta de maïs, on apporte les aliments céréaliers cuits dans un sac étanche.

Les épices et herbes aromatiques sont indispensables en plein air, car ils rehaussent le niveau des saveurs pour un moindre poids. On peut trouver des minirécipients à épices en boutique spécialisée.

Finalement, les boissons. Pour le jus de fruits, on opte pour une préparation en poudre. Pour un verre de vin avec le souper, choisir l’option pochette en plastique souple résistante aux acides.

Le repas est servi !

Les repas en sachets lyophilisés

« Ils existent depuis longtemps, mais, depuis trois ans, leur succès est phénoménal, explique Pascal Briand de chez MEC. Les gens font de plus en plus de sorties de longue durée et ont recours à cette solution, surtout parce que l’offre s’est diversifiée et que la qualité des préparations s’est beaucoup améliorée. » Il suffit d’ajouter de l’eau chaude dans l’emballage, qui peut aussi servir de gamelle (finie, la corvée de vaisselle !).

On trouve quelques marques en boutique, dont Happy Yak, un fabricant 100 % québécois qui propose, entre autres exotismes gustatifs, une soupe thaïe coco et un porc à la méditerranéenne. Des préparations végétariennes, sans gluten ou sans lactose sont également offertes. Un conseil : compter toujours un sachet par personne, même en cas d’indication contraire sur l’emballage.

Après des heures d’activité, l’appétit est suractivé (un adulte actif a besoin de 1000 calories par repas !). Les prix varient de 8 $ à 12 $, selon les plats.

Trucs du pleinairiste

Pour des sorties estivales d’une journée, congeler l’eau dans une gourde et s’en servir également pour garder les aliments froids. Faire cuire à l’avance tout ce qui exige beaucoup de carburant, notamment les céréales. Incorporer ce qui survient sur sa route (avec parcimonie, cela va sans dire) : bleuets dans les crêpes, champignons (seulement si on les connaît) dans un plat de riz, têtes de violon dans la ratatouille. Préférer au pain conventionnel les tortillas de maïs ou les craquelins, qui se conservent plus longtemps. Miser sur des préparations gagnantes : soupes déshydratées, noix et fruits séchés (dattes et figues surtout), lait et oeufs en poudre, pâte de tomate en tube, jerky de boeuf ou de poulet, morue salée.