Objectif zéro déchet

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Depuis quelques années, les épiceries spécialisées dans la vente de produits en vrac se multiplient.
Photo: Guillaume Levasseur Le devoir Depuis quelques années, les épiceries spécialisées dans la vente de produits en vrac se multiplient.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Selon Recyc-Québec, entre 30 et 40 % des aliments sont gaspillés au Canada et près de la moitié de ce gaspillage se fait par les citoyens. Pour y remédier, l’une des méthodes les plus efficaces reste de diminuer ses achats, pour ne prendre que les quantités répondant à nos besoins. Sauf que c’est souvent plus facile à dire qu’à faire. Les produits en épicerie sont généralement vendus dans des contenants ou emballages standards et ne vous laissent que peu de choix quant aux quantités.

Heureusement, depuis quelques années, les épiceries spécialisées dans la vente de produits en vrac se multiplient. À Québec, certaines ont pignon sur rue depuis des décennies, comme L’Ère du vrac ou Le Crac, mais d’autres sont plus nouvelles, comme La Récolte, située sur la 3e Avenue dans Limoilou. Lors de son ouverture, en décembre 2016, elle est devenue la première épicerie à offrir exclusivement des produits en vrac.

Écologique et économique

La propriétaire, Flavie Morin, explique que la mission de La Récolte vise à réduire le suremballage et le gaspillage alimentaire. Les clients se présentent avec leurs propres contenants et achètent les différents aliments dans les quantités de leur choix. La Récolte se spécialise surtout dans les ingrédients secs, comme les épices, riz, farines, grains, thé ou café, ainsi que dans les huiles et vinaigres. On y trouve aussi des produits corporels, comme du shampoing, du sel d’Epsom ou de la pierre d’alun, ou encore des produits nettoyants.

« Nous avons démarré modestement, avec des produits que nous connaissions, mais le choix de produits a doublé en un an, notamment après des demandes des clients », explique Flavie Morin.

Cette dernière a aussi noué des ententes avec des producteurs locaux, comme le producteur de kombucha Vee, ou l’apiculteur Rucher des basses terres, qui leur fournit du miel en vrac et de la cire d’abeille. La Récolte sert également de point de dépôt à la Coopérative La Mauve. Les clients peuvent donc passer y prendre leur panier de fruits et légumes biologiques.

« Nous voulons attirer des gens soucieux de l’environnement, bien sûr, mais aussi ceux qui souhaitent faire des économies, car nos prix sont très concurrentiels », explique la commerçante.

Une telle entreprise ne va pas sans défis. Il faut d’abord s’assurer d’adopter des standards d’hygiène très élevés. Lorsque les produits sont offerts en vrac, c’est crucial. Il faut aussi apprendre à gérer un commerce en croissance. À 27 ans, Flavie Morin n’avait pas elle-même beaucoup d’expérience en entrepreneuriat. La première année en a donc été une d’apprentissage intense de tout ce qui est marketing, gestion des ressources humaines, etc. Toutefois, son père et sa mère ont chacun leur propre boutique sur l’avenue Cartier, alors que son beau-père a longtemps été propriétaire de l’épicerie Picardie. Elle peut donc compter sur de solides mentors.

Épicerie complète

À Montréal aussi les épiceries de vrac fleurissent. On y retrouve Méga vrac, Vrac Bocaux ou encore NousRire, une boutique en ligne qui livre à différents points de chute. Les clients font donc leur commande en ligne avant de se rendre à un point de rendez-vous avec leurs propres pots et sacs, lesquels sont remplis sur place.

Les quartiers Villeray et Verdun comptent quant à eux désormais sur des succursales de l’épicerie Loco. Sophie Maccario, Andréanne Laurin, Marie-Soleil L’Allier et Martine Gariépy sont d’anciennes collègues étudiantes en environnement de l’Université du Québec à Montréal. Elles ont eu l’occasion de développer des liens étroits lors d’un séjour en Amazonie en 2014, pour lequel elles ont notamment mené une campagne de financement ensemble.

Les quatre comparses cherchaient des moyens de réduire leur production de déchets, notamment celle liée à la consommation de produits alimentaires ou quotidiens (nettoyants, cosmétiques, etc.). « Nous avons vite constaté que cela exigeait de faire l’épicerie dans plusieurs magasins différents, ce qui n’est pas pratique, explique Sophie Maccario. Nous avons donc voulu fonder une épicerie en vrac dotée d’une offre complète. »

De fait, on trouve de tout à l’épicerie Loco. Les produits secs bien sûr, mais aussi des produits frais, y compris du lait ou du yogourt, du prêt-à-manger préparé par un traiteur, des produits congelés, des produits de soins corporels ou nettoyants, des boissons (toujours en bouteilles consignées) et des accessoires comme des tampons démaquillants ou des livres. De tout donc… sauf de la viande. « Nous avons un peu de poisson provenant de la pêche responsable, mais nous avons fait le choix d’éviter la viande, explique Sophie Maccario. C’est un produit complexe à conserver, et la production de viande est très taxante sur le plan environnemental. »

Le vrac pose des exigences particulières, notamment pour les produits frais. Cela commence avec la livraison. Les cofondatrices de Loco souhaitent que les producteurs leur livrent leurs aliments en produisant le moins de déchets d’emballage possible. Il faut donc discuter avec eux afin de trouver des manières de livrer sans emballage ou avec des emballages réutilisables. Il faut aussi développer des moyens de bien conserver tous ces aliments en vrac. « C’est passionnant, car nous avons dû apprendre à connaître à fond les différents aliments et les méthodes de production et de conservation, raconte Sophie Maccario. Nous travaillons assez peu avec des distributeurs, nous avons plutôt des liens directs avec les producteurs. Leurs conseils sur la conservation nous sont d’une aide précieuse. »

C’est d’autant plus utile que les clients sont curieux et posent beaucoup de questions en magasin sur chacun des aliments et les meilleures manières de les conserver ou de les cuisiner. Les gens en épiceries deviennent ainsi des courroies de transmission de connaissances entre les producteurs et les clients.

Les clients font aussi de nombreuses propositions. Les cofondatrices misent beaucoup sur les médias sociaux pour les recueillir, ainsi que sur des moyens plus traditionnels, comme une bonne vieille boîte de suggestions dans l’épicerie. Elles peuvent ainsi adapter leur offre pour mieux répondre aux besoins des clients.