Poids santé: l’importance du soutien et des objectifs réalistes

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
La chercheuse en nutrition Tamara Cohen prône la simplicité en ce qui concerne la pratique d’activités physiques, comme la marche en famille.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La chercheuse en nutrition Tamara Cohen prône la simplicité en ce qui concerne la pratique d’activités physiques, comme la marche en famille.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Tamara Cohen, nouvelle chercheuse en nutrition et en mode de vie au Centre PERFORM de l’Université Concordia, veut contribuer à améliorer la situation en trouvant les façons les plus simples d’aider les gens à atteindre ou à maintenir un poids santé.

Elle a déjà quelques tours dans son sac… Dans le cadre de son doctorat en nutrition à l’Université McGill (2011-2017), Mme Cohen a mené une étude d’intervention avec des enfants en surplus de poids et leur famille, afin de trouver une formule efficace pour les aider à perdre du poids. La simplicité est la clé, selon la chercheuse : « J’aide les gens à se fixer des petits buts, à faire un pas à la fois. Au départ, il faut choisir un changement qu’on peut faire facilement, réussir, et poursuivre le processus, un pas à la fois. Quand on le dit, c’est simple, mais ce n’est pas facile pour autant. » Pour cette étude, Tamara Cohen a suivi 78 enfants âgés de 6 à 8 ans ainsi que leur famille pendant un an.

Photo: Tamara Cohen
Les résultats de l’étude doctorale de Mme Cohen montrent que les jeunes qui ont réussi à faire diminuer leur indice de masse corporelle (IMC) ont des points en commun qui ne se situent pas au niveau du statut social : « Le surplus de poids concerne tout le monde ! Un enfant qui a un surplus de poids, autant qu’un adulte, a besoin de soutien de la part des membres de sa famille ou de ses amis. C’est très important ! J’ai demandé que toute la famille s’engage dans l’étude. Toute la famille devait participer, apprendre à mieux manger, faire de l’exercice tous les jours, dans le plaisir. Ce n’est pas facile, et c’est pour cela que recevoir du soutien de ses proches est très important. »

Ce qui cause un surplus de poids

Selon les plus récentes données recueillies par l’Observatoire des tout-petits, un enfant de 3 à 5 ans sur trois ne suit pas les recommandations en matière d’activité physique. Tamara Cohen affirme d’ailleurs que l’environnement est la principale cause du surplus de poids : « C’est le plus grand facteur. Il faut bouger tous les jours, au moins une heure. Dans l’activité physique, il y a aussi le transport. Est-ce que les gens marchent pour aller à l’école ou au travail ? Prennent-ils un transport en commun pour dépenser plus d’énergie qu’en utilisant leur voiture ? Ce sont des choses auxquelles il faut réfléchir. »

Tamara Cohen suggère aux gens de voir l’alimentation dans son ensemble et de ne pas être trop sévères envers eux-mêmes. « On a mangé trop de gâteau aujourd’hui ? On assume ! On laisse derrière et demain on recommence les bonnes habitudes. C’est ça, la vie ! On sort, on rencontre des amis, la famille, on fête. On peut fêter, se permettre des écarts, mais il faut seulement être conscient que chaque jour n’est pas une grande célébration », explique-t-elle. Pour la chercheuse, aucun aliment n’est mauvais ou interdit : « Il faut être conscient de nos portions. C’est beaucoup une question de portions. Même les aliments sains mangés en trop grande quantité deviennent mauvais pour la santé. »

Marcher, tout simplement

Comme pour l’alimentation, la chercheuse prône la simplicité en ce qui concerne la pratique d’activités physiques. Elle invite les individus à se fixer des objectifs réalistes : « Ça ne donne rien de suivre une diète sévère qui donne des résultats rapides, mais qui est impossible à tenir à long terme. Il ne faut pas non plus s’inscrire à un marathon. Ce n’est pas réaliste ! Au bout du compte, le corps gagne. C’est ce que je dis toujours. Si on fait de grands changements rapidement, le corps est en choc. Il n’aime pas ça. Il réagit. Ce sont de petits changements qui permettent d’atteindre un poids santé à long terme. Donc, marchez en famille dans votre quartier, jouez dehors, faites des activités en famille tous les jours. Pas besoin de courir si vous n’en avez pas l’énergie ou l’envie ! Je suis une maman, je comprends qu’on n’a pas toujours l’énergie. »

Une nouvelle étude au Centre PERFORM

Mme Cohen est chercheuse de la Fondation R.-Howard-Webster au Centre PERFORM depuis un mois. Elle y poursuivra ses recherches pour comprendre les comportements qui permettent l’obtention d’un poids santé tout au long de la vie. Elle amorcera bientôt une étude sur les comportements alimentaires des adultes à laquelle le public pourra prendre part. La chercheuse aime beaucoup l’approche collaborative et interdisciplinaire de son nouveau milieu de travail : « Ce qui est très intéressant ici, c’est qu’il y a toutes sortes d’experts avec qui je peux travailler pour mieux comprendre le fonctionnement du corps, le surplus de poids, la perte de poids. Il y a des experts en nutrition, en exercice physique, en sommeil, etc. On a aussi de l’équipement, des outils pour observer ce qui arrive au corps, aux os, au cerveau, lorsque l’on vit avec un surplus de poids. Cela nous permettra de comprendre le problème dans son ensemble. »

Le Centre PERFORM s’est donné pour mission de devenir un chef de file mondial sur le plan de la recherche, de l’engagement communautaire et de l’éducation dans le domaine de l’amélioration de la santé. On y trouve huit plateformes matérielles interreliées : une clinique de thérapie du sport, une salle d’observation cardiopulmonaire, une salle d’analyse clinique, une aire de conditionnement physique, un laboratoire d’évaluation des capacités fonctionnelles, une salle d’imagerie, une salle de nutrition et un laboratoire du sommeil. « On a beaucoup de programmes pour la communauté, pour encourager les gens, mais peu de personnes à Montréal les connaissent. Des participants sont constamment recherchés. Les besoins sont affichés sur notre site Web », raconte Tamara Cohen.

Mme Cohen souhaite également poursuivre ses recherches avec les enfants : « Il y a des besoins. Il faut aider les gens à faire des changements d’habitudes en famille, dire aux parents que c’est surtout au médecin ou au nutritionniste de peser les enfants, guider les gens vers un retour à la base, c’est-à-dire comprendre pourquoi ils mangent et décoder les signaux de satiété. Tout le monde sait ça. Mais pour passer à la pratique, on a besoin de beaucoup d’aide, de trucs, de conseils et de soutien. »