Mois de la nutrition: quatre mythes à déboulonner

Martine Letarte Collaboration spéciale
La nutritionniste Catherine Lefebvre souligne que tout ce qui est végétalien ou sans gluten n’est pas forcément santé.
Photo: iStock La nutritionniste Catherine Lefebvre souligne que tout ce qui est végétalien ou sans gluten n’est pas forcément santé.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le monde de l’alimentation et ses nombreuses tendances comportent leur lot de mythes. En ce Mois de la nutrition, on en déconstruit quelques-uns avec la nutritionniste Catherine Lefebvre.

Se bourrer de vitamine C pour donner un coup de pouce à son système immunitaire. C’est la fin de la saison de la grippe et du rhume qui, chaque année, revient en force avec la folie qui entoure la consommation de vitamine C. Les gens se font des jus avec des oranges et du gingembre frais pressés, prennent des suppléments vitaminiques, etc.

« C’est un mythe tenace, mais les études récentes de qualité montrent en fait que la consommation de vitamine C n’a pas énormément d’effets sur le système immunitaire », affirme Catherine Lefebvre, nutritionniste.

D’autres éléments ont un impact grandement plus significatif.

« Comme avoir de saines habitudes de vie, ce qui inclut de bien manger, de bien s’hydrater, de bien dormir et d’apprendre à mieux gérer son stress », précise-t-elle.

Ce qui est végétalien ou sans gluten est nécessairement santé. Depuis plusieurs années, on a vu apparaître dans les épiceries de plus en plus de produits sans gluten. Et, plus récemment, une foule de produits végétaliens, du faux poulet aux biscuits au chocolat, en passant par le faux-mage, du fromage végétal.

« C’est bien que l’offre de produits se diversifie, mais plusieurs produits sont ultratransformés et ont une liste d’ingrédients à n’en plus finir, avec non seulement du sucre et du sel, mais aussi, toutes sortes d’additifs alimentaires, explique Catherine Lefebvre. Même s’ils sont sans gluten, ou exempts de produits animaux, ces aliments ultratransformés demeurent de faible qualité. »

Elle croit que les gens aux prises avec la maladie coeliaque devraient particulièrement s’en méfier.

« Ces personnes sont plus à risque que d’autres de souffrir de diarrhée et de malabsorption, alors leur alimentation doit être de qualité optimale », dit-elle.

En outre, les produits végétaliens ne sont pas toujours le meilleur choix environnemental. On n’a qu’à penser à la boisson d’amandes.

« Il faut beaucoup d’eau pour cultiver des amandes qui sont produites principalement en Californie, où il y a souvent des sécheresses, indique Catherine Lefebvre. Puis, en les transformant en boisson, on perd presque toutes les fibres et les protéines des amandes. Mieux vaut vraiment les manger entières. »

Choisir stratégiquement ses aliments pour avoir suffisamment de nutriments. Le chou frisé est riche en vitamine C, K et A. Les avocats regorgent de bons gras et d’antioxydants. Le gingembre est aussi riche en antioxydants et facilite la digestion.

« Oui, ces aliments sont bons pour la santé, mais ils ne font pas de miracles, assure la nutritionniste. Il ne faut pas penser qu’il suffit de les consommer régulièrement pour avoir tout ce dont on a besoin et pouvoir mal manger le reste du temps. Si on adopte une saine alimentation variée avec peu d’aliments transformés, on n’a pas à s’inquiéter d’un manque de nutriments. L’équilibre se fait naturellement. Se forcer à inclure certains aliments dans son alimentation pour éviter de manquer de quelque chose crée un stress et on risque de tomber dans l’orthorexie. »

Boire des jus pour se détoxifier. Les Fêtes ont été marquées par les excès. L’hiver a été riche en nourriture réconfortante bien grasse et en desserts bien sucrés. C’est le temps de faire une petite cure de jus pour vous détoxifier, pensez-vous ? Vous faites complètement fausse route, d’après Catherine Lefebvre.

« Le jus représente une grande quantité de sucre libre qu’on ingère d’un coup, et ce, même s’il ne contient pas de sucre ajouté, affirme la nutritionniste, qui est également l’auteure du livre Sucre. Vérités et conséquences. C’est vraiment ancré dans la tête des gens que le jus est la solution de rechange santé à la boisson gazeuse, mais ce n’est pas parce que c’est moins mauvais que c’est bon pour autant. »

Ensuite, penser détoxifier son foie en buvant des jus pendant une semaine est complètement farfelu.

« C’est plutôt le contraire qui se produit, précise-t-elle. Lorsqu’on ingère beaucoup de sucre d’un coup, on l’emmagasine et une partie se transformera en gras. On peut donc à terme surcharger son foie en graisses en buvant beaucoup de jus. On ne peut pas effacer ses excès. Ce n’est pas un filtre que l’on change ! »

Sa solution pour se détoxifier : changer ses habitudes de vie !

« Améliorer sa santé ne passe pas par un truc miracle, précise Catherine Lefebvre. Il faut réaliser des changements réels dans ses habitudes, à commencer par réduire sa consommation d’aliments ultratransformés et bouger. »