Manger sain, dès le berceau

Camille Feireisen Collaboration spéciale
Il faut déboulonner le mythe selon lequel les enfants n’aimeraient pas certains aliments trop verts ou imparfaits.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il faut déboulonner le mythe selon lequel les enfants n’aimeraient pas certains aliments trop verts ou imparfaits.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alimentation

La chaîne d’épiceries biologiques Rachelle-Béry mettra en vedette l’alimentation et les soins naturels des tout-petits lors de la prochaine Expo manger santé et vivre vert à Québec et Montréal. Outre présenter ses produits bios aux parents, il s’agit aussi de tâter le pouls de la jeunesse, la clientèle de demain.

« L’éducation alimentaire débute dès le plus jeune âge, avant même d’être un acheteur de produits naturels, santé ou biologiques », croit la directrice principale de l’enseigne Rachelle-Béry, Geneviève Dugré.

Développer un goût, éveiller la curiosité à l'égard des saveurs et éduquer à des valeurs un peu plus grandes que soi. Ce sont les principales missions que se donne Rachelle-Béry avec cet événement. Et dans son travail quotidien, assume la directrice.

Les parents sont devenus une clientèle cible, explique Geneviève Dugré, qui espère bien faire connaître la chaîne d’épiceries comme étant « une destination pour les jeunes parents souhaitant inculquer des valeurs de consommation conscientisées à leurs enfants ».

Des soins naturels pour l’hygiène et la santé des bambins, comme des nettoyants, des vitamines et des sirops, jusqu’aux aliments dans leur assiette, la directrice souhaite aussi démystifier le bio auprès de certains parents. Notamment en faisant la promotion du programme le Club des apprentis bio, lancé en 2012, pour les enfants de 10 ans et moins, qui reçoivent gratuitement une collation biologique en magasin. « Cela permet de faire connaître certains produits qui, à première vue, ne paraissent pas toujours alléchants parce qu’ils sont naturels, alors que leur goût est bon et que leur valeur nutritive répond aux besoins d’un enfant », explique Mme Dugré.

Des produits comme la boisson non laitière Veggemo, qui ressemble à s’y méprendre à un lait de soja. « La texture est identique et les yeux fermés on croirait que c’en est, mais c’est en fait à base de légumes [protéines de pois, tapioca et pommes de terre] ! Cela se met aussi dans les smoothies et les céréales et peut parfaitement remplacer le lait de soja, qui est devenu la norme mais pour lequel certaines personnes ont des intolérances », explique la directrice.

Photo: iStock

Créer des habitudes dès le plus jeune âge

Cesser de penser que les enfants n’aiment pas certains aliments trop verts ou imparfaits, c’est une idée avec laquelle est parfaitement d’accord la naturopathe Audrey Sckoropad, qui présentera chaque jour sa conférence Introduction à l’alimentation des tout-petits au kiosque de Rachelle-Béry. Cette jeune mère de famille végane estime que plus tôt les parents font goûter des saveurs variées à leurs enfants, plus ces derniers seront disposés à manger de tout, de la laitue romaine aux saveurs plus épicées, comme le gingembre.

La conférencière et blogueuse compte bien conseiller les parents qui se posent des questions sur l’alimentation végétalienne pour leurs enfants, comme « leur expliquer que les nutriments qui se trouvent dans la viande se retrouvent dans le monde végétal », tandis que le mode de vie végane séduit de plus en plus de familles, pense-t-elle. « Mais quand on change d’alimentation, on ne sait pas toujours comment faire et on peut se demander : qu’est-ce que ma famille va manger demain ? » La jeune femme fera également une démonstration culinaire de pouding au chia, une petite graine riche en fibres, source de calcium, de fer et de vitamine C, « parfaite pour l’alimentation des enfants », d’après elle.

Suivre le rythme de l’enfant

La naturopathe espère également faire réfléchir à quelques règles imposées par la société, comme le fait qu’à six mois, un nourrisson doit manger des aliments solides mixés en purée. « Le développement est différent selon chaque enfant, certains vont s’assoir ou avoir des dents et pouvoir mastiquer plus tôt que d’autres. » Aussi prône-t-elle l’alimentation autonome du bébé, ou baby led weaning en anglais, qui peut débuter lorsque le nourrisson se tient correctement assis et qu’il peut mâcher. Finie la purée, « l’enfant mangera ce que ses parents mangent ».

Les bébés ont un système digestif fragile et pas encore mature, il ne faut pas introduire les aliments solides trop rapidement. Quand l’intestin est perméable, les protéines peuvent passer à travers et aller dans le sang. Or, une trop grande accumulation de protéines peut créer des allergies à certains aliments plus tard.

Suivre le rythme de son bambin est une bonne manière selon elle d’éviter de futures allergies. « Les bébés ont un système digestif fragile et pas encore mature, il ne faut pas introduire les aliments solides trop rapidement. Quand l’intestin est perméable, les protéines peuvent passer à travers et aller dans le sang. Or, une trop grande accumulation de protéines peut créer des allergies à certains aliments plus tard », précise-t-elle.

Quant aux questions sur les carences alimentaires que pourraient avoir les enfants mangeant végane, la naturopathe se veut rassurante. « Le fait de voir que mes enfants sont en bonne santé et quand je parle de mes prises de sang durant ma grossesse végane, je montre que cela est possible », dit-elle, tout en rappelant que comme dans toute alimentation, cela demande un effort. « On peut manger des chips, des frites et de la pizza végétaliens et avoir des carences », nuance-t-elle.

Fidéliser les adultes de demain

Outre les parents, les aînés constituent l’autre clientèle cible de Rachelle-Béry. Avec une population vieillissante, la directrice voit un intérêt grandissant du côté des 60 ans et plus pour le bio. « L’appétit est moins au rendez-vous, on passe d’une vie active à une vie plus sédentaire, ils s’intéressent donc plus à nos suppléments alimentaires et aux solutions proposées pour éviter d’avoir à se diriger vers la médecine traditionnelle », remarque-t-elle.

Alors, si dès l’enfance il est possible de jeter les bases d’une saine alimentation et de « créer du lien » avec ce jeune public, autant en profiter, selon Geneviève Dugré. « On vit dans un environnement pollué, mais au moins les produits que je mets dans l’assiette de mes enfants, j’essaie qu’ils soient le plus naturels possible », conclut-elle. Et pour qu’à leur tour ils prennent le réflexe du bio, elle ajoute qu’au-delà de l’Expo manger santé et vivre vert, la chaîne d’épiceries réfléchit à lancer une série d’ateliers de cuisine pour enfants dans certains de ses magasins.