Manger mieux pour garder son cerveau en santé

Nadia Koromyslova Collaboration spéciale
Riche en fruits, noix, légumes et légumineuses, le régime méditerranéen s’accompagne d’une bonne dose d’huile végétale (principalement d’olive) et d’une consommation modérée de vin.
Photo: iStock Riche en fruits, noix, légumes et légumineuses, le régime méditerranéen s’accompagne d’une bonne dose d’huile végétale (principalement d’olive) et d’une consommation modérée de vin.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec le vieillissement démographique en Occident, le déclin cognitif et les maladies telles que l’alzheimer deviennent des problèmes de santé majeurs. On estime qu’en 2030, un million de Canadiens seront victimes de neurodégénérescence — plus communément appelée démence — et il n’existe à ce jour aucun traitement médicamenteux pouvant annuler ses effets. D’où l’importance accordée à la prévention, surtout lorsqu’on sait que 50 % des cas de démence peuvent être reliés à des facteurs de risque connus, comme l’alimentation, l’activité physique et la stimulation mentale.

Alors qu’on connaissait déjà l’importance du régime alimentaire sur la santé physique, on découvre à présent les effets de l’alimentation sur la santé du cerveau. Les premières recherches dans ce domaine ont été peu probantes, explique Matthew Parrott, chercheur en nutrition de l’Université Concordia. « Elles se concentraient sur la prise de suppléments ou l’apport d’un seul aliment. Or, c’est seulement avec le changement global du régime alimentaire que les effets sur le vieillissement cognitif deviennent significatifs », explique le chercheur.

Le régime gagnant

Matthew Parrott fait partie de l’équipe qui a dirigé le projet NuAge, une étude qui a suivi 1300 Québécois pendant trois ans en observant leur régime alimentaire et leur vieillissement cognitif. Une étude qui a produit des résultats amplement convaincants. Les participants qui avaient un régime alimentaire occidental ont présenté un déclin cognitif deux fois plus important que ceux qui suivaient un régime santé. Cela signifie que, sur les trois ans qu’a duré l’étude, ceux qui avaient une alimentation occidentale ont vu leur cerveau vieillir de quatre ans de plus que les autres.

Le régime dit occidental est basé sur un grand apport en protéines et il est très porté sur les sucres raffinés et les produits transformés. « Viande rouge, pommes de terre, pain blanc », énumère le chercheur, voici la triade néfaste qui participe à augmenter les chances d’un vieillissement prématuré de l’esprit.

En quoi consiste un régime sain ? Là-dessus, c’est le régime dit « méditerranéen » qui sort gagnant. Une étude menée en Espagne a montré que l’adoption d’un régime méditerranéen a significativement contrecarré les effets du vieillissement sur le cerveau. Et le régime méditerranéen a aussi produit de meilleurs résultats que le régime sans graisse, longtemps considéré comme le sommet en matière de santé.

« Aujourd’hui, toutes nos recherches privilégient le régime méditerranéen », déclare M. Parrott. Une bonne nouvelle, car il implique assez peu de privations et n’est pas aussi difficile à adopter qu’on peut le croire. Riche en fruits, noix, légumes et légumineuses, il s’accompagne d’une bonne dose d’huile végétale (principalement d’olive) et d’une consommation modérée de vin. Il favorise la consommation de légumes crus, en salade par exemple, et de poisson à la place de la viande. Et surtout, loin de certaines tendances puristes en nutrition, il contient une bonne quantité de céréales et une quantité modérée de produits laitiers.

Jouer avec les facteurs

Il n’existe évidemment pas de régime miracle qui pourrait annuler les effets du temps. « Tout le monde vieillit et, avec le temps la flexibilité mentale ainsi que la mémoire diminuent, prévient le chercheur. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui accélère ou ralentit ce déclin des capacités. » Entre les facteurs génétiques, le statut socio-économique, les trajectoires individuelles et l’alimentation, il est parfois bien difficile de savoir quel facteur influe sur quoi.

Certains résultats peuvent même déconcerter les scientifiques. Afin de vérifier l’effet de l’alimentation sur le développement de la maladie d’Alzheimer, on a réalisé une expérience sur des souris génétiquement modifiées, chez qui ont a introduit le gène qui prédispose à l’alzheimer. Les souris ont ensuite été divisées en deux groupes : l’un était soumis à une diète saine, l’autre mangeait comme d’habitude. À la grande surprise des chercheurs, le groupe à l’alimentation saine présentait une diminution des capacités cognitives plus importante que le groupe témoin. Preuve qu’on ne peut pas jouer avec des facteurs aussi complexes que la génétique simplement en claquant des doigts.

Ce que l’on sait avec certitude, c’est que la circulation sanguine joue un rôle crucial, puisque le cerveau a besoin de l’apport d’oxygène apporté par le sang. Le rapport entre alimentation saine et circulation est donc en grande partie responsable de la préservation des capacités cognitives. Mais d’autres facteurs ont aussi leur importance. « Certains nutriments peuvent influer sur l’épaisseur du cortex et la densité du cerveau », explique le chercheur. D’autres ont des effets sur la mémoire : « Il y a des régions du cerveau qui continuent de produire des neurones à l’âge adulte, comme l’hippocampe, et il y a des preuves que certains aliments, comme les oméga 3, ont un effet positif sur cette production. »

Mais surtout, il faut rappeler que l’alimentation n’est qu’un facteur parmi de nombreux autres pour aider l’esprit à se maintenir en santé. « Stimuler son cerveau, avoir une vie riche en interactions sociales, tous ces éléments influent grandement sur le rythme du vieillissement du cerveau », avance M. Parrott. L’éducation joue aussi un rôle majeur. « Entre deux personnes qui ont le même mauvais régime alimentaire, celle avec un niveau d’éducation plus élevé sera davantage protégée contre les effets du déclin cognitif. »

Le plus important, finalement, n’est pas d’avoir une diète stricte, mais une vie riche et stimulante. Bien manger aide à maintenir l’esprit en santé, et bien manger en bonne compagnie d’autant plus. Comme le disait le philosophe antique Plutarque : « Nous ne nous asseyons pas à la table pour manger, mais pour manger ensemble. »