Le chili d’Obama: «Yes we carne»

Une table garnie pour un repas accueillant un chef d’État dans la salle à manger officielle de la Maison-Blanche, à Washington, sous la présidence de Barack Obama.
Photo: Manuel Balce Ceneta Agence France-Presse Une table garnie pour un repas accueillant un chef d’État dans la salle à manger officielle de la Maison-Blanche, à Washington, sous la présidence de Barack Obama.

La bouffe est à la politique ce que la harissa est à la merguez : un couple infernal mais indéfectible. Il suffit de se plonger dans le passionnant À la table des diplomates (1) pour comprendre que la bectance est une arme redoutable quand il s’agit de discuter le bout de gras sur le destin du monde.

Des festins du Camp du drap d’or, où François 1er et Henri VIII bâfraient des ragoûts épicés, aux suprêmes de turbot régence servis le 31 mai 1961 au dîner donné par le général de Gaulle en l’honneur de John et Jacky Kennedy, les grands gueuletons des chefs d’État et des têtes couronnées racontent l’histoire par le menu.

Décrypter le choix des plats proposés permet d’éclairer la nature et l’état des relations entre deux pays. Un petit mois après la fin de l’effroyable boucherie de la Première Guerre mondiale, le président français, Raymond Poincaré, reçoit à déjeuner le président américain, Thomas Woodrow Wilson. Tout dans le menu du 14 décembre 1918 est fait pour tendre à montrer les liens profonds entre les deux États.

Prenez les suprêmes de sole à la Newburg. « La sauce Newburg préparée avec une base de béchamel assaisonnée à la chair de homard a deux origines potentielles qui mêlent les influences américaines et françaises de la seconde moitié du XIXe siècle. Certains pensent qu’elle a été créée par Paul Fauchère, un chef français installé à Milford, en Pennsylvanie, d’autres qu’elle dérive du nom d’un marin nommé Wenberg, habitué du restaurant new-yorkais le Delmonico’s. Le chef français de cet établissement, Charles Ranhofer, aurait mis sa propre touche à cette recette. Dans les deux cas, la sauce fait référence aux émigrés français installés aux États-Unis et incarnant la symbiose des deux cultures », explique Vincent Laniol dans À la table des diplomates.

Churchill et Staline

On ne dira jamais assez à quel point le boire et le manger sont des adjuvants relationnels dans l’intimité comme dans les dîners d’apparat. Quand, à l’été 1942, Winston Churchill tente de nouer des liens avec Joseph Staline, le dirigeant soviétique lui en met plein la vue, comme le raconte Catherine Heyrendt-Sherman dans Winston Churchill, publié dans la collection « Biographie gourmande » (2) chez Payot.

Au dîner de gala, il y a saumon, esturgeon, gibier, agneau, tomates, concombres, aubergines, glaces, fruits, petits fours, amandes grillées… Pourtant réputé pour son coup de fourchette et son lever de coude, « Churchill qualifie le repas de filthy, qui peut vouloir dire sale, dégoûtant, mais aussi obscène, abominable. Les 25 toasts lui semblent interminables », écrit Catherine Heyrendt-Sherman.

Cochon de lait

Le Russe et le Britannique finiront par se rapprocher en cassant la croûte dans les appartements privés de Staline. Au départ, il ne s’agissait que d’un simple verre d’adieu, qui va se transformer en un gueuleton de six heures autour d’un cochon de lait dont Staline dépiautera la tête, Churchill déclinant l’invitation à la déguster. Il est vrai que les goûts et les saveurs personnels, ça ne se discute pas.

Au lendemain du discours d’adieu de Barack Obama, il était tentant d’imaginer le 44e président des États-Unis aux fourneaux de sa nouvelle vie. On lui a découvert une passion pour le chili con carne et on est allé dénicher une recette dans l’excellent Un couteau, un plat, une cocotte de Stéphane Reynaud (3).

Pour quatre personnes, il vous faut 600 g de boeuf haché, 250 g de haricots rouges en boîte, 1 poivron rouge, 1 poivron vert, 3 oignons, 4 gousses d’ail, 25 cl de coulis de tomate, 3 cuillères à soupe de ketchup, 1 cuillère à café de Tabasco, 1 cuillère à soupe de sauce Worcestershire, 80 g de beurre, du sel.

Enlevez le coeur des poivrons, puis coupez-les en petits dés.

Épluchez et émincez les oignons. Épluchez et écrasez l’ail.

Dans une cocotte, faites revenir au beurre la viande avec les oignons et l’ail pendant dix minutes, ou jusqu’à ce qu’elle soit bien dorée.

Ajoutez tous les autres ingrédients, couvrez et cuisez pendant 20 minutes à feu doux en remuant régulièrement. Salez.

 


(1) À la table des diplomates. L’histoire de France racontée à travers ses grands repas, 1520-2015, sous la direction de Laurent Stéfanini, L’Iconoclaste, 2016.

(2) Winston Churchill de Catherine Heyrendt-Sherman, Payot, 2016.

(3) Un couteau, un plat, une cocotte de Stéphane Reynaud. Photographies de Marie-Pierre Morel, Marabout, 2016.