«Si l’on veut se positionner à l’international, il faut s’entendre»

Sophie Suraniti Collaboration spéciale
La ferme Cassis et Mélisse est le projet du couple composé de l’artisane fromagère Aagje et du chevrier Gary (ci-dessus) et propose du lait et des fromages certifiés biologiques préparés à Saint-Damien-de-Buckland (Chaudière-Appalaches).
Photo: Cassis et Mélisse Saint-Damien-de-Buckland (Chaudière-Appalaches) certifié Terroir et Saveurs (md) du Québec La ferme Cassis et Mélisse est le projet du couple composé de l’artisane fromagère Aagje et du chevrier Gary (ci-dessus) et propose du lait et des fromages certifiés biologiques préparés à Saint-Damien-de-Buckland (Chaudière-Appalaches).

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un bon cru que cet été 2016 : il a fait beau, les Québécois sont restés au pays et les visiteurs étrangers sont venus en plus grand nombre. Gagnant-gagnant, donc, pour les régions qui ont mis du coeur à l’ouvrage. Le contexte s’annonce propice pour organiser le pan agrotouristique et touristico-gourmand.

C’est le premier colloque de la sorte. Certes, il y eut des événements régionaux et nationaux organisés par le passé. Mais ces rencontres se concentraient principalement sur les connaissances à apporter aux producteurs et entreprises du secteur agrotouristique.

En organisant un colloque de deux jours au Centre de congrès de Victoriaville, l’Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand du Québec (AATGQ) — reconnue par le ministère du Tourisme depuis 2009 comme association sectorielle — se lance dans une perspective de concertation nationale, de rassemblement. Car il s’agit clairement d’un appel à la mobilisation de l’ensemble des acteurs du milieu, qu’ils soient chefs, transformateurs, producteurs, représentants ministériels, issus d’associations ou d’organisations locales… En somme, tous les échelons impliqués de près ou de loin sont conviés. Pour la directrice générale de l’AATGQ, Odette Chaput, il y a en effet urgence.

« Plusieurs études réalisées dans la dernière année auprès d’entreprises, d’organisations ou de municipalités témoignent de l’effervescence du secteur. Mais à un moment donné, cela s’avère dangereux, parce que chacun met son grain de sel pour développer et promouvoir un produit devenu très tendance. Je ne dis pas que ce n’est pas bien de le faire. C’est correct. Néanmoins, on ne le fait pas de façon concertée », déplore Mme Chaput.

Ce constat ne date pas d’hier. Déjà, en 2014, à la suite des changements de garde ministériels, l’association signifiait noir sur blanc, dans une série de recommandations remise au ministre du Tourisme de l’époque (Pascal Bérubé, puis Dominique Vien et, depuis janvier 2016, Julie Boulet), l’importance de rendre cohérent l’ensemble des initiatives en matière d’agrotourisme et de tourisme gourmand à travers la province, de doter le Québec d’une identité gourmande forte, distinctive et concurrentielle afin de se positionner comme une destination touristique incontournable.

« On ne pourra jamais faire un produit d’appel phare de la destination touristique si l’on ne structure pas l’offre. Ce produit doit être maîtrisé et circonscrit avant d’être campé et promu de telle ou telle manière, tranche Odette Chaput. On souhaite que le Québec attire des touristes internationaux ? Alors, montons dans le train, n’attendons pas qu’il passe ! »


Aider les visiteurs

Julie Demers, chef propriétaire de l’auberge Haut Bois Dormant, située à Notre-Dame-des-Bois dans les Cantons-de-l’Est, et membre du comité éditorial, planche sur les contenus du futur colloque et abonde dans le même sens. « Si je me mets à la place d’un touriste intra ou hors Québec cherchant à faire un séjour gourmand chez nous, eh bien, bonne chance ! Il doit chercher, s’informer, creuser l’information. Il y a tellement d’offres, de publicités et de marketings différents ! »

Il faut donc aider les visiteurs à se repérer parmi l’offre, mais aussi aider l’ensemble des acteurs du secteur à mieux se connaître pour qu’ils puissent ensuite se recommander les uns les autres auprès des touristes : untel qui vend du fromage, unetelle qui propose un parcours ludique pour les enfants, etc. « Si on se serre les coudes, on a tout à gagner pour faire du Québec une destination gourmande bien positionnée », constate Julie Demers.

Les deux jours de colloque se fixent donc comme premier grand objectif de « mobiliser l’industrie afin de positionner l’agrotourisme et le tourisme gourmand à titre de produit d’appel au coeur d’une destination internationale », comme c’est inscrit dans la programmation préliminaire. Mais encore faut-il parvenir à définir ce produit d’appel, d’en avoir une vision claire et, surtout, collective. Car plusieurs interprétations sont possibles. Les futurs participants prendront-ils comme point de départ la définition du tourisme gourmand telle qu’elle a été balisée par le groupe de concertation sur l’agrotourisme au Québec en 2013 ? Peut-être. Celle-ci précise que le tourisme gourmand est la découverte par une clientèle touristique d’un territoire à travers des expériences culinaires distinctives et par des activités agrotouristiques et bioalimentaires mettant en valeur le savoir-faire de ses artisans et permettant d’apprécier les produits et les plats qui leur sont propres. On est bien loin d’une définition sexy, vendeuse et marketée ! Mais celle-ci viendra lorsque les intéressés sauront précisément ce qu’ils veulent promouvoir, notamment comme identité culinaire.

Après la marque QuébecOriginal, aura-t-on droit à un QuébecGourmand ? « C’est certain qu’il y a des gens qui sont plus “agrotourisme” et d’autres plus “tourisme gourmand”. Selon les régions, on remarque que certaines initiatives touristiques s’essoufflent avec le temps ; elles ne savent plus comment se renouveler. C’est pour cela qu’il faut se parler ! Travailler en ateliers, par sujet de réflexion », fait valoir avec enthousiasme Julie Demers, qui porte également la casquette de présidente du conseil d’administration de l’AATGQ.

Mais pour le moment, chacun y va encore de sa perception, de son ressenti et de son vécu personnels. Agrotourisme ou tourisme gourmand… les deux thématiques sont mises sur un pied d’égalité, histoire de ménager les susceptibilités. Comme l’explique la directrice générale de l’association, « la rencontre de novembre n’a pas l’ambition de tout “canner” ; loin de là ! Par contre, elle devrait donner le ton pour la suite. On ne veut pas imposer notre définition à nous, plutôt orientée vers le terroir vu notre vocation première, qui est l’agrotourisme et donc tout ce qui fait référence aux régions, aux campagnes, aux producteurs agricoles. Ce que l’on souhaite, c’est rallier les gens autour de certaines réflexions, travailler à plusieurs pour déboucher sur des consensus. Si l’on veut positionner ce secteur à l’international, il faut s’entendre ».


Dévoilement des retombées

Les résultats d’une enquête portant sur les retombées économiques et touristiques du secteur de l’agrotourisme et du tourisme gourmand au Québec seront dévoilés lors du 1er Grand Rendez-vous en agrotourisme et tourisme gourmand, les 17 et 18 novembre 2016.

1841

Nombre d’entreprises recensées en agrotourisme et tourisme gourmand, dont 789 producteurs agrotouristiques.

1052

Nombre d’entreprises ayant une offre gourmande, mais ne faisant pas d’agrotourisme (artisans-transformateurs, producteurs agricoles qui ouvrent leurs portes aux touristes, restaurateurs qui offrent une cuisine régionale...)


Source : Association de l’agrotourisme et du tourisme gourmand (recherche effectuée à l’hiver 2015-2016)