Rencontres gourmandes

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Photo: Tourisme basses laurentides

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’agrotourisme crée de belles rencontres entre les producteurs et les consommateurs. Avec des boutiques gourmandes, des portes ouvertes sur la production, des marchés publics et un calendrier d’activités qui couvre les quatre saisons, les Laurentides s’illustrent par leur fort potentiel agrotouristique.

On remarque la fleur colorée de « Laurentides, j’en mange » en épicerie, aux marchés publics, dans les restaurants ou sur des fiches recettes. Soutenu par la Table de concertation agroalimentaire des Laurentides (TCAL), le site www.laurentidesjen mange.com est quant à lui la porte d’entrée toute désignée pour découvrir la région en plongeant dans son univers gourmand et agricole.

Que ce soit à la télévision ou dans les livres et magazines portant sur la cuisine, l’art de vivre et la santé, on mise de plus en plus sur les produits locaux, de la terre à la table. « C’est ce que le consommateur recherche », lance d’entrée de jeu Aline Mondou, coordonnatrice à la TCAL. Selon elle, le consommateur et le producteur ont beaucoup à gagner de cette approche agrotouristique où les deux se rencontrent sur les lieux mêmes de la production. « Pour le consommateur, cela signifie la fraîcheur, la qualité. En plus de savoir d’où vient le produit, il encourage l’achat local et profite aussi d’un volet éducatif, poursuit Mme Mondou. De leur côté, les producteurs bénéficient d’une réponse directe de la part des consommateurs. Ils peuvent savoir tout de suite ce que les gens ont aimé ou moins aimé. C’est du donnant-donnant. »

Une production régionale variée

Les Laurentides se démarquent par la diversité des productions. Mme Mondou le voit comme un avantage, mais aussi comme un défi : « Si on parle de bleuets, on pense tout de suite à une région en particulier. Mais chez nous, la diversification complexifie notre recherche d’identité. C’est pourtant un avantage pour le consommateur lorsqu’il arrive dans la région : la pomme et l’érable sont très présents, mais il y a beaucoup d’autres choses. La cueillette de champignons, les produits forestiers, les productions maraîchères, les vignobles, les kiosques de petits fruits. C’est facile pour le consommateur de trouver un large éventail de produits. »

La Table de concertation offre une vitrine aux producteurs et met en valeur leurs réalisations, mais vise aussi à soutenir « tout ce qui est projet collectif, rassembleur et qui demande la participation de plusieurs producteurs. Que ce soit en matière de promotion, sur le plan de la mise en marché ou de la formation », explique Mme Mondou.

Des circuits dynamisent l’économie

Du côté provincial, on met aussi beaucoup d’énergie pour développer le potentiel touristique des régions. Le Chemin du Terroir en est un exemple. Avec ses 226 kilomètres au coeur des Laurentides, la route inaugurée en octobre 2010 relie des dizaines de producteurs locaux en un trajet agrotouristique éducatif et gourmand.

Pour Ronald Allary, dont l’entreprise Les Fromagiers de la Table ronde est sur le Chemin du Terroir, ce type de circuit est essentiel pour l’économie du terroir de la région. « Étant une très petite entreprise, nous n’avons pas les moyens de payer pour de la publicité. Alors, en se regroupant, on fait découvrir les produits de notre région et on s’envoie des clients d’un producteur à l’autre. C’est notre façon de se faire connaître », explique-t-il. Et c’est une fois sur place que le consommateur peut apprécier toutes les facettes d’une entreprise qui prend le virage agrotouristique : « Les gens qui viennent ici sur la ferme familiale peuvent observer comment se fait la fabrication du fromage et voir les fromagers à l’oeuvre. On leur explique les procédés, ils posent des questions, ils peuvent déguster nos produits et les acheter sur place », résume M. Allary.

Un secteur en plein développement

Les régions des Laurentides, Chaudière-Appalaches, Capitale-Nationale et Centre-du-Québec, avec en tête la Montérégie, se partagent 70 % de l’activité agrotouristique au Québec. Selon les chiffres de Pêche, agriculture et alimentation (MAPAQ), le nombre d’entreprises agrotouristiques dans la province est passé de 534 en 2005 à 837 en 2012.

Pour les Laurentides seulement, on dénombrait 100 entreprises en 2012. Pour poursuivre le développement du potentiel agrotouristique, la région doit continuer de miser sur l’intérêt des producteurs à revoir leur stratégie d’affaires : « La région a vraiment une vocation agricole et, de fil en aiguille, les entreprises se sont spécialisées pour aller chercher une nouvelle clientèle, autre que celle qui découle de la distribution traditionnelle », explique Claude Desjardins, président de Tourisme Basses-Laurentides. En complément avec l’agriculture, les entreprises ont développé une approche différente de celle purement agricole, où les contacts directs entre le producteur et le consommateur sont presque inexistants. « Ils développent un produit ou une expérience client à offrir. Lorsque les touristes arrivent dans la région, ils trouvent non seulement un verger, mais aussi des activités sur le site, une boutique avec produits dérivés, des emballages attrayants avec une présentation soignée. Ça va au-delà de l’agriculture », poursuit M. Desjardins.

Revoir sa stratégie d’entreprise

Ce ne sont pas tous les producteurs qui décident de prendre un virage agrotouristique. « Certains ont maintenu la ligne plus traditionnelle avec des productions qu’ils distribuent à grande échelle. Et ça en prend. Par contre, pour de plus petits producteurs, ça peut être plus difficile de tirer son épingle du jeu, d’un point de vue économique. Ils veulent améliorer leur sort et développent l’aspect touristique de l’agriculture », avance Claude Desjardins.

L’artisan-producteur doit miser sur son côté entrepreneur pour trouver une occasion de développement et présenter des produits qui auront un potentiel d’attraction capable d’amener les gens sur les lieux de la production. Pour certains, ça peut signifier mettre sur pied des boutiques gourmandes qui seront ouvertes toute l’année ou participer à des marchés publics en saison. « C’est la complémentarité de ces producteurs, dans l’offre de service et dans les produits, qui nous permet d’être une région au fort potentiel agrotouristique », termine M. Desjardins.