La bouffe biologique fait recette

Les aliments biologiques ne sont pas forcément une garantie de meilleur goût.
Photo: Martin Poole Digital Vision Les aliments biologiques ne sont pas forcément une garantie de meilleur goût.

Ce qui n’était qu’un mouvement considéré comme marginal par beaucoup de gens il y a une quinzaine d’années serait-il en train de devenir une habitude de vie pour bon nombre de consommateurs, las des messages contradictoires et de l’insécurité alimentaire ou alors convaincus, tout simplement, de la nécessité de manger bio ?

Le bio fait recette et augmente sensiblement ses parts de marché dans le monde entier.

Certification abusive

Pour bien des gens, toutefois, le trop grand nombre de certifications en vigueur sur la planète nuit à la crédibilité des produits biologiques certifiés. Il faudra un jour que les certifications bios autorisées dans un pays le soient aussi dans un pays voisin.

On ouvre les frontières, mais on continue de créer un sentiment d’insécurité alimentaire chez les consommateurs, où qu’ils soient, à cause de ce trop grand nombre de certifications différentes. Chaque pays a-t-il vraiment besoin de sa propre certification ?

L’Euro-feuille européenne, Écocert, USDA Organic, AB et JAS (Japon) ne sont que quelques exemples d’accréditations en vigueur, aussi crédibles l’une que l’autre, apposées sur les étiquettes de produits alimentaires, moyennant paiement et approbation.

On les retrouve également sur des produits horticoles, pharmaceutiques et d’autres axés sur le bien-être, qui font désormais partie du (bio) quotidien de bien des gens.

Meilleur pour la santé ?

Il n’est nullement question de discréditer l’agriculture traditionnelle, mais, il faut bien le reconnaître, la rentabilité des zones agricoles, qui, en même temps, appauvrissent les sols, n’est pas dans l’air du temps.

Pesticides, engrais et intrants utilisés par une certaine agriculture favorisent le réchauffement climatique, en plus d’accentuer les risques de cancer chez la population, des risques largement documentés par de nombreuses études.

La production au meilleur prix, la falsification abusive d’aliments et différents incidents survenus depuis la maladie de la vache folle n’ont rien pour rassurer les gens sur ce qu’ils consomment.

La situation qui exigerait plus de transparence de la part du gouvernement. S’ajoutent à cela les mauvaises conditions de vie, voire la maltraitance, des animaux destinés à la boucherie et le non-respect écologique des espaces de culture, entre autres.

Tous ces éléments n’ont fait qu’accentuer l’intérêt déjà croissant des consommateurs pour les produits biologiques. Même si, dans bien des cas, cela se traduit par une augmentation de 15 % à 30 % du prix de vente par rapport aux produits non biologiques. Toutefois, ces produits sont-ils meilleurs pour la santé ? La science n’est pas très claire là-dessus et, faute de preuves étayées sur plusieurs années, on préfère en général s’abstenir de donner une réponse, bien que certains chercheurs convaincus n’hésitent pas à publier sur le sujet depuis de nombreuses années.

Le commerce de détail, qui réservait autrefois peu d’espace aux produits biologiques sur ses tablettes, tend aujourd’hui à se raviser. C’est que l’intérêt des consommateurs est désormais bien marqué, tant pour les produits secs d’épicerie que pour les produits frais et les cosmétiques.

Des sociétés pionnières dans le bio, comme Liberté et Viandes biologiques de Charlevoix, prouvent depuis longtemps le bien-fondé d’une telle démarche. Avec 15 % de croissance annuelle et près de 60 milliards de ventes en 2010, selon la Food and Agriculture Organization (FAO) des Nations unies, le bio n’est plus un phénomène réservé aux granos de ce monde soucieux de leur santé et de l’écologie responsable.

Dans bien des cas, être bioresponsable est avant tout une philosophie de vie qui s’applique au quotidien et qui implique des valeurs de respect pour les générations futures.

Meilleur au goût ?

Sommes-nous prêts à payer plus cher pour être bioresponsables ? Des pays comme la Suède, la Finlande et l’Allemagne ne cessent d’augmenter leur part de marché dans le bio. Les nouvelles générations pensent davantage aux conditions climatiques, à l’environnement et à une alimentation plus saine que celle de leurs parents.

Les Japonais, très soucieux de leur alimentation même s’ils sont souvent décriés pour leurs méthodes de pêche, notamment à la baleine, sont prêts à payer plus cher pour des produits sûrs, sains et de bon goût.

Mais les aliments biologiques ne sont pas forcément une garantie de meilleur goût. Le goût implique divers éléments, comme des transmetteurs de saveurs qui peuvent, hélas, être ajoutés de façon artificielle dans les aliments composés vendus à grande échelle.

Par exemple, un pain naturel aux grains multiples peut très bien être bourré de sucres divers, de colorants et d’agents de conservation afin de prolonger au maximum sa durée de vie. Rien de très naturel en lui, finalement, ce qui a pour résultat de tromper le consommateur dans sa décision d’achat.

Le gras, le sucre et le sel, ajoutés ensemble dans bien des préparations, pourraient facilement être diminués, voire totalement exclus, si on acceptait de changer notre façon de manger.

Un jour, peut-être pas si lointain, ce sont les marginaux de l’alimentation qui deviendront les consommateurs qui achètent sans comprendre, sans savoir ou sans vouloir savoir que les aliments qu’ils mangent tous les jours détruisent à petit feu cette planète sur laquelle ils ont grandi sans oser la regarder. Alors, il sera trop tard !