Plus que du bonbon

La passion qu’ont les Québécois pour les sucreries, préservée par différents artisans, nous vient des Européens.
Photo: Chuck & Twist La passion qu’ont les Québécois pour les sucreries, préservée par différents artisans, nous vient des Européens.

Après avoir observé la poutine, les motels, le Montréal souterrain et les dépanneurs, voilà que la collection « Bienvenue au Québec », des éditions Héliotrope, embrasse une spécificité des Québécois : leur amour insoupçonné pour… le sucre. Panorama post-Halloween.

 

Le Québec a la dent sucrée ? Vraiment. À première vue, la passion qu’entretient le Québécois pour les sucreries est plutôt discrète, en comparaison avec le Mexicain, par exemple, qui se rappelle ses défunts par des offrandes de bonbons lors de la fête des Morts. Au Mexique, on voit des étals de confiseries à tous les coins de rue. Pourtant, en faisant l’inventaire du garde-manger de notre patrimoine populaire, on constate qu’il y a plus que de la sève qui coule dans les veines de la province.

 

Car, avant même de porter à ses lèvres le sirop d’érable, les lunes de miel, les pets de soeur, le pouding chômeur, la tarte au sucre, les collections de biscuits des Leclerc et Viau et les boissons gazeuses livrées à domicile, auxquels le livre Le bec sucré (Héliotrope) rend un bref hommage, le Québec a vu son passé marqué par le sucre.

 

Si bien que, de toutes les provinces canadiennes, c’est au Québec que la consommation de sucre est la plus élevée. Le mystère demeure inexpliqué, mais quelques éléments du passé pourraient être révélateurs, ne serait-ce que l’attrait de l’Europe pour le sucre.

 

De la tire Sainte-Catherine jusqu’au symbole du faubourg ouvrier montréalais, la mélasse a été au commencement de notre histoire, bien avant que le sirop d’érable ne devienne une richesse naturelle si prisée et que le New York Times soutienne qu’il est à la Fédération des producteurs acéricoles du Québec ce que le pétrole est à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, écrit l’auteur Vincent Parisien.

 

Forgé par des artisans de communautés religieuses inspirées et habiles aux fourneaux, qui ont joué un rôle important dans la promotion des desserts dans les chaumières, pour aujourd’hui se raffiner entre les mains des nouveaux artisans, le sucre fait partie de notre identité propre. « De par nos moeurs alimentaires, on se distingue déjà du reste du Canada », dit le vidéaste, qui a aussi signé la série documentaire Les rois de la patate. Le sucre nous a permis d’en ajouter une couche. « À part les barres Nanaimo de la Colombie-Britannique, il n’y a pas un dessert canadien qui me vient en tête ! »

 

C’est en sortant tous ces petits moments de l’histoire populaire, autant anecdotiques qu’insolites, que le vidéaste monte cette réconfortante courtepointe. Abondamment illustré par des portraits en macro tirés Chuck Twist, le panorama présenté dans Le bec sucré effleure les hypothèses avec précaution. « On aurait pu faire un livre entier sur chaque chapitre ! dit Vincent Parisien, qui a parcouru la province dans un road-trip à l’assaut du sucre avec ses deux acolytes. On a plutôt choisi de représenter l’histoire du sucre à travers des lieux (la pâtisserie Simon à Québec, la biscuiterie Oscar, la binerie Mont-Royal, La sucrerie de la montagne) et des gens symboliques. »

 

Des gourmandises sont nées et ont disparu, préservées ici entre deux couvertures papier. Et demeurent les Jos Louis, biscuits à l’érable et autres icônes du patrimoine sucré, bien que la société fasse aujourd’hui la guerre à cet ennemi de la santé.

 

Reste que notre passion pour le sucre n’est pas près de fondre, surtout grâce aux artisans qui la préservent, un héritage qui nous vient des Européens. « Si on tenait seulement des Américains, on serait très tristes. Au fond, on a le meilleur de tous les mondes ! »

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Typiquement québécois

À part le sirop d’érable, quel dessert sucré Vincent Parisien suggère-t-il d’offrir à un ami étranger pour représenter le Québec ? « Le Whippet ! Y a rien de plus québécois. »