Un automne du terroir

Jean-Guy Gosselin, du vignoble Coteau St-Paul à Saint-Paul-d’Abbotsford, où on cultive une quinzaine de variétés de raisins de table, cinq variétés de pommes, des poi res, des prunes, des cerises et même une parcelle encore expérimentale de kiwis et d’abricots.
Photo: Geneviève Tremblay Le Devoir Jean-Guy Gosselin, du vignoble Coteau St-Paul à Saint-Paul-d’Abbotsford, où on cultive une quinzaine de variétés de raisins de table, cinq variétés de pommes, des poi res, des prunes, des cerises et même une parcelle encore expérimentale de kiwis et d’abricots.

Avec l’automne à nos portes revient le goût, lui aussi tout saisonnier, de filer aux champs avec la marmaille. Au menu? Tous les possibles : flâneries dans les pommiers, dégustations de produits du terroir et discussions in situ avec producteurs et artisans, qui racontent volontiers leurs mille petits métiers.

 

Rougemont — Dans les jolis rangs de campagne qui entourent la capitale montérégien ne de la pom me, les vergers s’alignent à une cadence quasi militaire — pas étonnant, quand on sait que la région produit à elle seule, selon les plus récents chiffres de l’Institut de la statistique du Québec, près de 54 % des récoltes de la province. Mais les villages du « coeur de la Montérégie », comme on les appelle ici, ne font pas que dans la pomme et ses produits dérivés.

 

Il n’y a qu’à parcourir les sentiers du vignoble Coteau St-Paul, au pied du mont Yamaska, pour le constater : on cultive ici une quinzaine de variétés de raisins de table, cinq variétés de pommes, des poires, des prunes, des cerises et même une parcelle (encore expérimentale) de kiwis et d’abricots. Malgré un début de récolte « assez chaotique », la saison s’avère d’ailleurs très bonne. « Les grappes sont pendantes, c’est chargé à bloc. Les pommes sont grosses cette année », observe le propriétaire Jean-Guy Gosselin, qui produit aussi des vins et du cidre.

 

Comme nombre de ses con frères, le pomiculteur se fait toujours un devoir d’expliquer aux visiteurs les nuances de goût et d’apparence des pom mes - une façon pédagogique de rapprocher le con somma teur de ce qu’il mange. « Les producteurs sont de plus en plus en mesure d’amener l’épicurien à comprendre le processus, tout le travail derrière, depuis les semences jusqu’à la récolte », remarque Mélanie Dubuc, commissaire au tourisme au CLD Au coeur de la Montérégie. « Il faut éliminer les intermédiaires, vivre une expérience. »

 

C’est justement une autre expérience que de rencontrer chez lui, dans le ronflement des tracteurs, les parfums prenants de l’étable ou le va-et-vient de l’atelier-boutique, un producteur qu’on ne côtoie jamais autrement. Parlez-en à la fort loquace Nathalie LeClair, qui dévoile aux curieux les entrailles de l’immense Studio des verriers de Richelieu, ou à Bertrand Deltour, copropriétaire de la Vinaigrerie Gingras de Rougemont : juste à entrer dans l’immense salle torride remplie de fûts de chêne, le visiteur arrive… ailleurs.

 

« On a des gourmets qui viennent découvrir comment on fait, qui veulent déguster, explique-t-il, désignant une petite bouteille de vinaigre vieilli en fût de bourbon. Et il y a ceux qui viennent pour les vertus thérapeutiques, pour remplir leur cruche. »

 

Bouche à oreille

 

Si certains producteurs de la région - comme la Vinaigrerie Gingras et Pomme Atout - ont un pied en ville, au marché Jean-Talon, ou des points de vente en épiceries fines, le bouche à oreille et l’achat local font une nette différence. Au Fruit défendu, un bistro de Rougemont, le chef José Calloo élabore justement sa « cuisine du marché » avec des produits locaux. Même chose pour la chef à domicile Emilie C. Brochu, qui s’est rendue en finale de l’émission Les chefs en 2011. « Je ne pourrais pas offrir d’aussi belles assiettes à mes clients, assure-t-elle, si je n’utilisais pas des produits d’ici. »

 

À écouter parler les producteurs et artisans, un tel esprit de fraternité est généralisé. À la Vinaigrerie Gingras, on va jusqu’à transporter les pommes en tracteur jusqu’à la cidrerie Michel Jodoin, en face, qui les presse pour eux. « On a beaucoup d’accords avec nos voisins, glisse Bertrand Deltour. On se concentre dans notre domaine tout en s’entraidant. » Cette façon de croiser le fer permet d’ailleurs aux plus inventifs d’accoucher de concepts novateurs : confitures faites à partir des fruits de l’un, chocolats fourrés au vinaigre de l’autre…

 

Dans la salle de dégustation toute neuve du Domaine Cartier-Potelle, à Rougemont, les trois propriétaires ne jurent d’ailleurs que par la créativité et la recherche de produits pouvant allumer les amateurs de cidre. Le trio d’associés s’affairait, lors de notre passage, à étiqueter en catastrophe les dernières bouteilles de leur première cuvée de cidre Réserve avant la tenue des Week-ends gourmands.

 

Car ici, on presse, bouchonne et embouteille encore à la main — un travail artisanal auquel s’adonnent, non sans fierté, bien des producteurs de chez nous. « On ne veut pas nécessairement avoir 17 produits à offrir, confie Jean-Pierre Potelle. On veut des produits de qualité, qui nous ressemblent. »