Des mariages heureux

La grand-messe servie sur le joli bord du Richelieu, qui rassemble chaque année la crème des microbrasseurs du Québec, se veut une «expérience gustative», même si le houblon y coule de source.
Photo: Annie Rousseau La grand-messe servie sur le joli bord du Richelieu, qui rassemble chaque année la crème des microbrasseurs du Québec, se veut une «expérience gustative», même si le houblon y coule de source.

Comme avec l’automne revient aussi le temps des récoltes, l’occasion est belle pour renouer avec les terroirs du Québec à la fête Bières et saveurs, qui met plaisirs sur table dès cet après-midi aux abords du fort Chambly. Épicuriens et fins gastronomes, ouvrez grand les papilles et suivez vos narines.

«Ça sent la bière / Dieu ! Qu’on est bien / Ça sent la bière / Donne-moi la main », chantait Jacques Brel depuis sa plate Belgique. C’est avec ce refrain en tête qu’on épluche le programme charnu de la 11e édition de Bières et saveurs, dont les inspirations fraîchement locales font place autant aux fiertés gastronomiques québécoises qu’à nos airs folkloriques d’antan.


«On ne veut pas être les meilleurs ni battre des records d’assistance: on veut offrir une panoplie de découvertes dans tous les domaines», résume Nicole Vincelette, directrice générale de Bassin en fête, l’organisme qui coordonne l’événement. Cette grand-messe servie sur le joli bord du Richelieu, qui rassemble chaque année la crème des microbrasseurs du Québec, se veut donc une «expérience gustative», même si le houblon y coule encore de source.


Sur la quasi-centaine d’exposants qui plantent cette année leur tente près de la rivière, une trentaine brassent des bières artisanales aux arômes audacieux, qui font courir les curieux. «Ce sont des artisans, ils créent leurs bières, leurs mélanges. Ils vont dire: «J’ai telle idée en tête» et d’une année à l’autre, c’est surprenant à quel point les bières ne sont pas les mêmes», assure Mme Vincelette, qui n’a jamais oublié la «fantastique» bière à la citrouille du Lac Saint-Jean d’il y a quelques années.


Que les conservateurs ou les épris d’ailleurs se rassurent, les classiques d’Unibroue et de Boréale seront aussi de la dégustation, aux côtés de grands noms venus entre autres d’Allemagne, de Belgique et d’Écosse. Certes plus chères à l’once, elles permettent toutefois «aux curieux de comparer les bières du Québec avec celles de l’étranger», indique Mme Vincelette.


Gageons que la bière officielle du festival, une création de la brasserie Saint-Bock à la framboise et au poivre rose, aura justement de quoi surprendre les palais et délier les langues.

 

Mélange de plaisirs


Hormis la bière, d’autres alcools chéris des Québécois comme l’hydromel, le cidre et même la crème de cassis couleront aussi à flots, se mariant aux saveurs du terroir pour le plus grand plaisir des gourmets. «C’est pour les amateurs de bonne bouffe aussi. D’une année à l’autre, c’est incroyable de voir ce que les producteurs ont comme originalité», s’enthousiasme Mme Vincelette, qui ne tarit pas d’éloges pour les saucisses de kangourou, les fromages artisanaux et les mélanges d’épices concoctés aux quatre coins de la province.


L’ombre du fort Chambly n’étant jamais bien loin, le festival s’évertue depuis ses débuts à mettre le public dans l’ambiance de la Nouvelle-France avec des animations thématiques et des concerts endiablés. «On ne vire pas fous avec l’identification mur à mur, mais on est fiers de nos origines et de l’histoire de Chambly.»


Les plus dégourdis pourront swinguer aux côtés des amuseurs publics sur des mélodies traditionnelles, entonnées notamment par le groupe Les Portageux. «Chansons à répondre et alcool, ça se marie bien…», glisse Mme Vincelette, en insistant sur le côté «rassembleur» des fêtes familiales de jadis.


Heureux soient aussi les férus d’histoire: le parc national du Fort-Chambly propose, de 12h à 17h durant les quatre jours que dure Bières et saveurs, des séances historiques sur la production et la consommation d’alcool en Nouvelle-France et dans le Bas-Canada. Une belle façon de débuter — ou de compléter — sagement une journée plutôt bien arrosée.

 

La marmaille

Pour les parents hésitant à entraîner leur marmaille en terres brassicoles, sachez que les enfants ne sont pas en reste: la Seigneurie des petits promet du maquillage, des jongleries et des ateliers pour cuistots en herbe — bonbons aux patates sans arachides et décoration haute voltige de cupcakes sont au programme.


Nicole Vincelette ne cache pas que la présence des enfants sur le site est aussi une invitation à la modération pour les parents. «Quand vous avez goûté neuf bières différentes, disons que votre journée a été bien remplie», rigole la directrice. Que les fêtards lisent ainsi entre les lignes et lèvent le coude… en toute souplesse!