Jean-Yves Dionne et les produits de santé naturels - Le pharmacien est devenu apothicaire

Anne-Laure Jeanson Collaboration spéciale

Jean-Yves Dionne est pharmacien de formation. Intéressé par les plantes médicinales depuis l'adolescence, il rêvait de devenir apothicaire. L'époque n'était pas favorable. Pendant huit ans, il a possédé sa pharmacie dans Lanaudière. En 1996, il a fondé l'entreprise Apothicaire consultant, à Montréal, et s'est accompli comme expert-conseil, spécialiste des produits de santé naturels (PSN) et des médecines alternatives.

«Je suis un pharmacien qui parle de produits naturels. Je fais des ponts entre des mondes qui ne se parlent pas. Mon travail, c'est de voir ce qui est vrai, ce qui est documenté, de comprendre puis d'expliquer les produits de santé naturels et leur évolution»: ainsi se décrit Jean-Yves Dionne. Régulièrement, il enseigne à des groupes de pharmaciens, de nutritionnistes, de thérapeutes alternatifs et, quelques fois, à des médecins.

Cet indépendant en vogue parle à tout le monde. Il peut conseiller pour la formulation d'un complément, être porte-parole ou intervenir comme formateur pour diverses entreprises. Membre de la Guilde des herboristes et de l'Association canadienne des produits naturels, il collabore aussi à passeportsante.net.

Une science émergente

L'univers des produits de santé naturels est une science émergente. «Il y a toutes sortes d'intervenants qui disent toutes sortes de choses. Pour bien s'informer, il faut consulter au minimum trois sources», suggère le pharmacien. Selon lui, les PSN sont un continuum qui commence avec l'alimentation et se termine avec la médication. Ils sont un complément de la démarche médicale.

«Cette démarche n'est pas exploitée en ce moment. Pourtant, si j'ai une maladie grave, il y a toujours un effort à faire au niveau supplémentaire», avance-t-il. Les produits naturels peuvent, par exemple, favoriser la bonne humeur. Ainsi, une étude récente, dirigée par le Dr François Lespérance, chef du département de psychiatrie du CHUM, révèle que la prise d'oméga-3, riche en EPA et faible en DHA, est efficace chez des patients dépressifs.

«Depuis plus de 100 ans, il y a une hégémonie du Collège des médecins sur tout ce qui touche de près ou de loin à la médecine, pense le pharmacien. Même si on a eu des victoires: les acupuncteurs et les chiropraticiens ont maintenant un ordre.» Bien qu'un complément naturel n'ait pas de brevet, ni les mêmes ressources financières, il y a une évolution de la science dans ce domaine.

À Santé Canada, la Direction des PSN encadre cette industrie. Elle exige un produit de qualité, contrôle les allégations, les types de formules et leur efficacité. «C'est un début, mais ce n'est pas suffisant, explique M. Dionne. Les très bons produits et les produits ordinaires sont approuvés sans distinction.» Quelqu'un qui s'intéresse aux PSN doit aller au-delà et apprendre à lire les étiquettes.

Améliorer son capital santé

M. Dionne consomme des PSN six jours sur sept. Ces derniers temps, pour venir à bout d'un rhume, il a sélectionné de l'ail, de l'échinacée et du ridovir, un nouveau PSN fait à Québec, composé de végétaux dérivés du gingembre et de la verge d'or. «Si j'avais mal et que je faisais une sinusite carabinée, mon premier choix serait de prendre un médicament», spécifie-t-il.

Il y a une façon intelligente de prendre des produits naturels. «C'est une avenue thérapeutique légitime, elle n'est pas obligatoire et elle n'est pas faite pour tout le monde, affirme-t-il. Cela dépend de la philosophie de chacun. Je n'ai pas le goût d'être un patient à l'urgence, insiste M. Dionne. C'est pourquoi j'enseigne la base: comment je peux me débrouiller pour améliorer mon capital santé à l'aide de trucs relativement simples?»

Dans le cadre de l'Expo manger santé et vivre vert, du 18 au 20 mars à Montréal et les 26 et 27 mars à Québec, il donnera une conférence intitulée «Le fructose, ennemi public numéro 1». Ce sucre, lorsqu'il est isolé et purifié comme dans le sirop de maïs riche en fructose, devient «l'agent sucrant numéro un de la malbouffe», explique-t-il. «Il est toxique pour le foie, augmente les taux de gras sanguins, la résistance à l'insuline et l'obésité abdominale. Ces résultats commencent à sortir, mais, en même temps, il y a un lobby monstrueux des fabricants de boissons gazeuses qui, chaque fois qu'une étude dit ça, en sortent une autre affirmant le contraire.»

Dans mon assiette, tout se joue

«Peu importe la démarche qu'on développe ou le supplément qu'on veut expliquer, si l'alimentation est déficiente, je ne suis pas capable de le corriger», déclare M. Dionne.

Selon lui, si on décide de se prendre en main, il faut regarder du côté du bio, manger plus de fruits et légumes, plus de produits crus, cuisiner plutôt qu'acheter tout fait. «Ensuite, pour un trouble spécifique, la réponse peut être des oméga-3, un cocktail de vitamines ou une plante médicinale. On peut aussi penser à prévenir, ralentir le vieillissement ou augmenter les performances», ajoute-t-il.

D'après lui, les règles de base d'une alimentation bonne pour la santé se déclinent ainsi: une source de protéines, beaucoup de légumes et un petit peu de féculents. «Les condiments, on n'en a jamais assez, dit-il. Parce que les principales molécules qui nous intéressent se retrouvent dans les épices et les fines herbes.»

Autre facteur: les aliments qu'on achète à l'épicerie ne sont pas toujours aussi nutritionnels qu'ils le devraient. «Les engrais font que nos fruits et légumes poussent beaucoup plus vite, sont plus chargés en eau, mais sont moins denses en nutrition. D'où la notion: mangez-vous bio ou pas? Dans mon assiette, tout se joue, ma santé et celle de mon environnement», conclut Jean-Yves Dionne.
1 commentaire
  • Michel Mongeau - Inscrit 6 mars 2012 21 h 14

    C'est pas parce que le gros a la tête dure que le petit a raison!

    Le discours santé de Jean-Yves Dionne: 25% de science 25% de pseudo-évidence 10% de démagogie 10% de propos sur influence 10 % d'approximation sophistique 10% de sources douteuses 10 % de sérénade pseudo-santé à la mode du jour.