Manger santé - Du cadmium dans votre assiette?

Normand Thériault Collaboration spéciale
Des activistes de Greenpeace ont laissé leur marque dans ce champ mexicain, en guise de protestation contre les organismes génétiquement modifiés.
Photo: Agence Reuters Gustavo Graf Des activistes de Greenpeace ont laissé leur marque dans ce champ mexicain, en guise de protestation contre les organismes génétiquement modifiés.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Chine et l'Inde veulent des «chars»? Alors, on peut produire: on verra plus tard pour ce qui est de la pollution générée par les sous-produits vendus à moindres coûts. Et faut-il nourrir une planète à la population en augmentation exponentielle? Et alors il semblerait que tout est permis. Et les Monsantos de ce monde essaiment à tout vent et, en retour, engrangent les profits. Il ne serait toutefois pas possible d'avoir à la fois le souci d'une planète en santé et de s'alimenter sans s'inquiéter de ce qu'on se met en bouche.

On constate un peu partout les effets pervers qu'engendre une production industrielle qui n'a l'oeil que sur les seuls résultats enregistrés par sa production et qui ne tient nul compte des conséquences de son action sur les populations et les territoires où elle est présente.

Un dernier bilan a ainsi été déposé en Chine, où le mets national, le riz, est devenu un aliment dont la consommation s'avère dangereuse et, dans certains cas, mortelle. Qu'on se trouve dans le Hounan, dans le Sichuan, dans le Guizhou, dans le Guangdong, dans le Jiangxi, dans le Zhejiang ou dans le Liaoning, partout les rizières sont contaminées par des résidus produits par l'activité industrielle. La chose est grave à un point tel qu'on évaluerait à 10 % des surfaces cultivées celles qui seraient contaminées par le seul cadmium. Et ce n'est pas le seul métal qui rejoint là-bas le système digestif par la seule voie alimentaire: le plomb, l'arsenic, le mercure deviennent eux aussi des constituants d'une alimentation chinoise de base.

Mondialisation

Mais, dirons-nous, la Chine, à certains égards, c'est encore le «tiers-monde», oubliant alors, sur une planète «mondialisée», que qui nous dit que, par importation, un ou des milliers de sacs de cette céréale ne se retrouvent pas sur les tablettes d'une épicerie locale ou dans un centre de grande distribution? Et cette contamination dont on parle ici, parce que des études l'ont fait connaître, ne sévirait-elle point ailleurs? Car le Texas comme toute l'Asie du Sud-Est, soit nos principales sources d'approvisionnement de cette denrée, connaissent eux aussi une forte activité industrielle.

Et ce qui vaut pour le riz pourra aussi se produire quand on parle d'autres céréales, végétaux ou légumineuses, car qui n'a pas en mémoire les documents qui témoignaient de la non-responsabilité affichée par les ténors de l'industrie minière ou prospective (à ce sujet, le début d'une activité d'exploitation des gaz de schiste a éveillé la conscience de quelques Québécois et Québécoises).

Traçabilité

Et il y a pire encore. S'il faut nourrir la planète, il faut aussi évaluer comment, et avec quoi, on y parvient. Car nul besoin de se rendre en Chine ou en un autre lieu de l'Asie pour enregistrer qu'une autre agriculture est devenue une façon habituelle de faire. Ainsi, sillonnons-nous en été les routes des belles campagnes vertes québécoises que partout s'affichent en bordure des champs de maïs ces panneaux qui informent qu'ici poussent des épis dont la graine à l'origine a pour nom le «TX487», le «JM133» ou une autre appellation à consonance «exotique», qui sont autant d'identifications qui annoncent que ces futurs légumes, même s'ils se destinent à la consommation animale, sont en fait le résultat de semences générées en usine, donc des OGM, des organismes génétiquement modifiés.

Qu'en est-il aussi des fraises venues de la Californie, des salades, des avocats et de tous ces fruits et légumes qu'on achète, et on s'en félicite alors, à rabais dans les divers points d'alimentation du territoire, qu'ils soient québécois, canadiens ou américains?

Et qui voudrait savoir ce qu'il mange devra faire sa propre enquête: il n'y a pas d'obligation d'afficher de façon visible et lisible l'origine d'un aliment. Et pourquoi les gouvernements qui mesurent leur succès au taux de production que leur territoire affiche se soucieraient-ils d'informer une clientèle dont le grand nombre ne semble pas avoir conscience des effets pervers de cette alimentation industrielle? D'autant plus que ces gouvernements peuvent déjà prévoir les procès intentés par la grande industrie alimentaire, sous prétexte d'entrave à la libre circulation des biens et services.

Dans le monde de la nutrition, il est toutefois des moments de répit. Le salon Expo manger santé est l'un de ceux-là, salon qui ajoute à sa bannière cette année un «vivre vert» pour signaler, un peu comme l'a déjà fait, entre autres personnes, une Laure Waridel, celle d'Équiterre, qu'«acheter, c'est voter».

Et là, pour qui se rendra à Montréal, au Palais des congrès, les 18, 19 ou 20 mars prochains, ou à Québec, au Centre des congrès, les 26 ou 27 du même mois, celui ou celle-là constatera qu'il est encore possible de bien se nourrir. Et aussi d'apprendre que, lorsqu'il est question d'alimentation, il est aussi possible d'agir de façon responsable.

Mais, attention, il y a danger à le faire: comment peut-on se délecter d'une bonne pièce de boeuf quand on sait que, pour produire une seule livre de viande, il faut dix livres de grains et 9000 litres d'eau? Et qui nous dit, ou nous dira, d'où vient ce grain? Et à quelle source, au fait, l'animal s'abreuvait-il?

Bon appétit quand même!