Le nez dans l'assiette de l'histoire

A table au Musée Ramezay
Photo: Musée Ramezay A table au Musée Ramezay

Avant même qu'il ne serve du pâté chinois à l'heure du souper, le Québécois dressait sa table avec du pain, du boeuf, des fines herbes et du sorbet, et il arrosait son repas de cidre, de vin ou encore d'eau plate. Et bien avant les sacs d'Orville Redenbacher et l'invention du micro-ondes, c'est sur la cendre qu'il éclatait son maïs. Au menu de l'exposition À table! du Château Ramezay, on retrouve un passé étroitement lié au présent.

«T'inquiète, le sorbet, c'était pour les riches!, nous rassure en riant Marie-Hélène Vendette, coordonnatrice du musée. Le pain constituait quand même 60 à 85 % de l'alimentation du peuple au XVIIIe siècle.» Chanceux, notre ancêtre? Pouah! Son pain quotidien, c'est rarement avec du beurre, et encore moins avec du Nutella qu'il l'engloutissait.

C'est comme ça que les mythes sont déboulonnés pendant l'exposition À table!, à petits coups de pancartes et d'artefacts. Une centaine de fragments de notre passé réunis au musée montréalais et qui dressent le pedigree alimentaire de l'ancien Canadien. Ou du moins ce qu'on a appris de ses restes.

Au cours de la visite, les allers-retours entre la cuisine d'aujourd'hui et celle d'autrefois sont constants.

Dans son genre, la cuisine imite un peu la mode, qui pique ses tendances derrière et les met au goût du jour. Par exemple, vers la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, la Nouvelle-France a connu sa «révolution verte». Les épices comme le cumin et le safran sont reléguées au fond du garde-manger, considérées trop «moyenâgeuses», au profit des fines herbes, raconte Mme Vendette.

Très populaires aujourd'hui, les herbes parfument nos mets et plusieurs siècles plus tard, les épices du Moyen-Âge sortent du placard pour faire saucette dans notre nourriture contemporaine. Allez savoir.

Devant une photo de la dentition d'un enfant du XVIIe siècle, la coordonatrice s'arrête pour nous montrer l'usure avancée des dents de lait. À qui va le blâme? Sûrement pas au sucre puisque le Québécois d'antan avait la dent plus salée — et lardée — que sucrée. «L'érosion est un problème de dentition très commun dans la population à cause de la dureté des grains entiers contenus dans le pain», explique-t-elle.

Avec deux kilogrammes de miches englouties chaque jour par tête de pipe, ça use le dentier. Heureusement, le Québécois du XXIe siècle n'a pas à s'inquiéter si son pain est doublement enrichi pour faire plus santé; les normes d'hygiène buccale ont bien changé depuis le peuplement de la Nouvelle-France.

Débarqués au compte-gouttes sur notre continent, les colons français, pour survivre, se sont d'abord inspirés de l'alimentation des Amérindiens à base de courgettes, de maïs et des produits de la pêche.

Une fois installés, ils ont repris le cordon ombilical avec la mère patrie côté gastronomie, persuadés qu'ils retourneraient un jour à la maison y améliorer leur sort, raconte Mme Vendette. Un joli contraste avec les colons de la Nouvelle-Angleterre qui, eux, s'installaient pour repartir à zéro.

Grâce au courage de nos colonisateurs et à l'abondance de vivres grouillant dans notre vaste contrée, il y a de quoi remplir deux étages de musée. Tour à tour, on passe à la table du paysan, de l'Amérindien, du marchand, du bourgeois et de l'aubergiste.

On imagine le ferblantier couper son vin au maigre 9 % d'alcool avec de l'eau, la ménagère se chauffer un p'tit café dans sa cafetière égoïste — ainsi qualifiée pour fournir une dose unique de liquide, ou, mieux encore, le gouverneur de Montréal Claude de Ramezay, fier des poires de son jardin, faire verdir de jalousie son supérieur, le gouverneur de la Nouvelle-France basé dans la ville de Québec, qui ne pouvait cultiver le fruit, climat plus difficile oblige. La poire serait-elle la matrice de la rivalité Québec-Montréal?

À table! est le fruit de plusieurs années de labeur et d'une étroite collaboration avec l'historien Yvon Desloges, qui a passé les 15 dernières années à fouiller nos armoires et notre terroir pour produire son tout nouvel ouvrage À table en Nouvelle-France, rattaché à la partie plus ancienne de l'exposition.

Au sous-sol, la visite s'évade ultimement vers notre âge de la gastronomie et les plats, tout comme les objets liés à l'alimentation dans la vie quotidienne, deviennent plus familiers.

Avec l'Expo 67, le Québécois s'ouvre aux saveurs internationales pour finalement, en 2009, retourner en force piger dans le garde-manger ancestral. Pas anodin que dans la couche «steak» du pâté chinois le boeuf prenne de plus en plus des airs de gibier.

1 commentaire
  • NELLIGAN2 - Inscrit 7 juin 2010 23 h 44

    BOUFFE DE MON ENFANCE

    ON EST DANS LES ANNÉES 60, JE SUIS NÉ SUR UNE FERME À LA CAMPAGNE, ON AVAIT TOUT CE QU'IL FALLAIT POUR MANGER, ON AVAIT UN GRAND VERGER, UNE ÉRABLIÈRE, DES ANIMAUX, QUI COMPRENAIT BOEUF, POULET APPELÉ CHAPON, PORC, CANARD, ALORS ON AVAIT SUR PLACE LE LAIT, LA CRÉME, LES OEUFS, LE FROMAGE DE CRÈMERIE, LE POTAGER L'ÉTÉ, JE VOUS DIRE QUEL ÉTAIT MON REPAS FAVORI:
    SOUPE AUX CHOUX
    ROTI DE BOEUF AUX LÉGUMES AVEC PATATES JAUNES
    SALADE DE NOTRE POTAGER
    DESSERT: FRAISES FRAÎCHES DU JARDIN AVEC CRÈME FRAÎCHE DIRECTEMENT PRISE DU BIDON DE LAIT , SUCRE D'ÉRABLE PUR POUR COUVRIR TOUT ÇA, ET PETITS GATEAUX. DES FOIS MA SOEURI ET MOI, ON SE FAISAIT UNE GROSSE TRANCHE PAIN DE MÉNAGE RECOUVERT DE CRÈME FRAÎCHE ET DE SUCRE D'ÉRABLE MOU, ÇA VALAIT UN MILLION DE DLRS.
    ET JE NE PARLE PAS DE LA POUDING CHOMEUR ET DU JAMBON À L'ÉRABLE.
    QUELS BEAUX SOUVENIRS D'ENFANCE J'AI EU, MERCI ENCORE À MA BONNE MÉRE QUI N'EST PLUS LÀ POUR NOUS GÂTER..