Le plat national des Québecois

La pâté chinois, «c’est de la nourriture réconfortante. C’est familial, facile à faire et pas cher», explique Jocelyne Brunet, copropriétaire du restaurant La Binerie Mont-Royal. Sur la photo, quelques convives dégustent une bonne portion du
Photo: Pascal Ratthé La pâté chinois, «c’est de la nourriture réconfortante. C’est familial, facile à faire et pas cher», explique Jocelyne Brunet, copropriétaire du restaurant La Binerie Mont-Royal. Sur la photo, quelques convives dégustent une bonne portion du

Des lettres, des courriels, des messages téléphoniques et des experts. Trouver le plat national du Québec n'a pas été une sinécure. Pour faire le tri dans la masse de suggestions reçues, Le Devoir a donc décidé de faire appel à un groupe de six personnalités afin d'identifier la recette qui nous représente le plus. Présentation.

- Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec

Son choix: le bouilli «avec quatre viandes: du boeuf, du porc, du veau et du poulet. C'est une joie gastronomique qui vient exprimer notre identité et l'exubérance de nos légumes de saison. Dans le temps, ce plat était un événement. Quand le jardin commençait à fournir, ça changeait l'atmosphère dans la maison.»

- Anne Desjardins, chef du restaurant L'Eau à la bouche et ex-présidente du groupe de travail sur les appellations réservées et les produits du terroir

Son choix: le pâté chinois. «Pendant longtemps, il y a eu une petite gêne face à ce plat. Nous avions un manque de fierté et on n'osait pas dire que l'on aimait ça. Aujourd'hui, les choses ont changé. En remodelant ce plat, avec des effilochés de canard, avec du lièvre braisé, les chefs ont participé à redorer l'image du pâté chinois en le faisant entrer dans le monde de la gastronomie. L'esprit pâté chinois, sous toutes ses formes, plaît toujours, car il a quelque chose de réconfortant.»

- Helène-Andrée Bizier, historienne et auteur du menu quotidien en Nouvelle-France (Art Global)

Son choix: le pâté chinois. «C'est sans doute la plat le plus populaire à longueur d'année dans les ménages. C'est aussi une invention d'ici qui porte l'identité du Québec mais aussi son histoire, une histoire de crise économique qui a fait naître ce plat, fait de restes de viande et de légumes bon marché, qui a beaucoup évolué depuis.»

- Jean-Pierre Lemasson, sociologue de l'alimentation, UQAM

Son choix: le pâté chinois. «Il a de profondes racines historiques. Il est aussi endogène et exogène: on le retrouve autant dans les familles qu'à l'extérieur et il exprime, avec son maïs, l'américanité du Québec. Mieux, les variations proposées aujourd'hui par des grands chefs font désormais entrer ce mets dans le registre de la gastronomie. Ce qui en fait un objet de fierté.»

- Boucar Diouf, humoriste

Son choix: la sauce à «spaghatte». «Quand les gens parlent des prouesses culinaires de leur mère, c'est la sauce à spaghatte qui revient toujours. Bien sûr, c'est inspiré des Italiens. Mais les Italiens se sont bien inspirés des Chinois pour leurs pâtes. Le pâté chinois? Pas question. C'est un plat trop injuste: le blanc est en haut, le jaune est au milieu et le noir est en bas.»

- Jocelyne Brunet, copropriétaire du restaurant La Binerie Mont-Royal

Son choix: le pâté chinois. «C'est de la nourriture réconfortante. C'est familial, facile à faire et pas cher. Nous en vendons de plus en plus et, chose rassurante, un grand nombre de jeunes clients réguliers le commande. Sans doute pour se changer des salades et paninis que l'on retrouve partout aujourd'hui.»

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