La face cachée de Baie-Saint-Paul

Le Vice Café occupe tout le premier étage d’une vieille maison, au 1 de la rue Sainte-Anne, juste en face de l’église, en plein coeur du vieux Baie-Saint-Paul. Le lieu a du cachet: une grande maison aux pièces largement ouvertes les unes sur les
Photo: Le Vice Café occupe tout le premier étage d’une vieille maison, au 1 de la rue Sainte-Anne, juste en face de l’église, en plein coeur du vieux Baie-Saint-Paul. Le lieu a du cachet: une grande maison aux pièces largement ouvertes les unes sur les

Il y a des régions qu'on croirait taillées pour l'automne. Prenez Charlevoix: une profusion d'érables dans un décor vallonné, les montagnes derrière, le fleuve devant, des sentiers un peu partout pour errer librement dans tout cela, quelques foyers de culture et j'en passe.

Dans un tel contexte, force est de constater que plus d'un touriste passera dans cette région au cours des prochaines semaines. Or que serait une petite virée automnale dans l'arrière-pays sans un passage dans un bistro sympa, question de se réchauffer rapidement autour d'une bonne petite bouffe et de repartir visiter les environs?

Le problème, c'est qu'il faut souvent y aller au pif. On passe en coup de vent, sans trop connaître l'offre locale, ce qui peut entraîner des déceptions. Cependant, pour Charlevoix, une valeur sûre s'est dégagée après quelques passages dans le coin. Il s'agit du Vice Café de Baie-Saint-Paul.

Le Vice Café est plutôt gentil malgré son nom. Rien à voir avec un club de motards ou le Vice Magazine. Peut-être que le proprio s'est assagi, allez savoir. La spécialité: les crêpes, servies dans une ambiance de café jeune, et du bois partout ou porte le regard. C'est sans prétention, chaleureux, les prix sont bons et le personnel est accueillant. Excellent pour un repas express entre une randonnée au grand air et un retour sur Québec.

Le Vice Café occupe tout le premier étage d'une vieille maison, au 1 de la rue Sainte-Anne, juste en face de l'église, en plein coeur du vieux Baie-Saint-Paul. Dans les environs, on trouve aisément du stationnement, de même que l'essentiel des boutiques et des attractions culturelles de cette ville.

Le lieu a du cachet: une grande maison aux pièces largement ouvertes les unes sur les autres, de petits recoins plus intimes, de vieux meubles. Rien de nouveau comme formule, mais ça fonctionne. On trouve aux murs les incontournables tableaux «à la Baie-Saint-Paul». C'est la couleur locale, on aime ou on n'aime pas, il faut faire avec. Au Vice, c'est de bon ton, c'est-à-dire assez sobre. Mais avec un tel nom de resto, il aurait été rigolo d'avoir des tableaux qui nous montrent un peu l'envers de Baie-Saint-Paul. Qu'est-ce qui se passe dans cette ville quand les touristes sont partis? Le mystère demeure entier.

Le menu est assez typique de ce genre d'établissement. On y trouve des mets qui se cuisinent rapidement, surtout des crêpes, des sandwichs et des salades. Mais le dîneur a le choix entre des recettes de base ou des trucs un peu plus raffinés.

J'étais déjà allé au Vice par le passé, mais cet arrêt a été l'occasion d'explorer plus intimement la carte, notamment en y allant du côté de ces plats élaborés. J'ai donc délaissé les habituelles soupes du jour et crêpes asperges-jambon-fromage au profit d'un feuilleté d'escargots en entrée et d'une crêpe au saumon fumé comme plat principal.

Le feuilleté, sans réinventer le genre, était franchement réussi. Les escargots étaient tendres et la pâte se laissait effeuiller sans effort. Par contre, au chapitre de la sauce, les cuisiniers pourraient facilement aller chercher un petit plus. Elle n'avait rien de mauvais mais rien de remarquable. Juste un peu triste.

Côté crêpes, c'était également bien. À noter que les crêpes salées du Vice sont des galettes, comme diraient les Bretons, réalisées avec la farine de sarrasin du Moulin banal des Éboulements. La crêpe de saumon fumé était correcte mais manquait un peu de cuisson. Il semblerait que nous aimions nos crêpes très cuites au Québec.

J'ai peut-être été marqué, comme tant d'autres, par la vague des crêperies bretonnes qui a déferlé sur le Québec dans les années 80. À cette époque, on nous servait des crêpes de froment sucrées, raides comme des hosties, de l'entrée au dessert. Mais bon, je crois en être guéri. Et, dans le cas présent, c'était plutôt mou.

Quant à la garniture, elle était correcte. Si j'étais prof, je lui aurais donné la note de 75 %. C'est peut-être, là encore, un cas de sauce qui aplatit un plat. Rien de mal exécuté, bien qu'on ne soit pas au Billig. Juste un peu terne, comme une balade à Douarnenez à la morte saison après 20h. Et j'attends toujours les câpres promises, que le cuisinier a dû oublier au travers de son terrible rush du vendredi soir.

Pendant que je disséquais cette pauvre crêpe, ma blonde s'offrait une immense salade, particulièrement généreuse en laitue et autres légumes. C'était excellent, autant pour les portions que pour la variété des ingrédients.

Enfin, côté desserts, une crêpe aux pommes caramélisées et au Migneron a mis le bouchon final à ce copieux repas. Même consistance pour les crêpes, mais avec de délicieuses pommes. Quant au fromage dans la crêpe aux pommes, c'était un essai, à force de voir cette version sucrée de la poutine se présenter dans divers menus québécois. Conclusion: je préfère la crêpe pures pommes.

En ce qui a trait au service, c'était là aussi le terrible rush du vendredi soir. La serveuse était gentille, mais nous n'avons pas eu le temps de discuter de la météo du week-end. Nos plats vides ont attendu un peu sur notre table avant d'être ramassés. Et des plats chauds, tout juste sortis des fourneaux, ont parfois tiédi un peu au bord de la cuisine avant d'être servis. Mais dans l'ensemble, c'était OK. Nous ne venions pas ici pour nous essuyer le bec dans des serviettes tissées main.

Un café salvateur a clos ce repas d'où je suis sorti en roulant comme un tonneau et en citant du Rabelais. Sans lui, je couchais dans mon char sur la main de Baie-Saint-Paul.

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- Cuisine: crêpes, salades, sandwichs et pâtes.

- Ambiance: bistro dans une vieille maison, service jeune et décontracté.

- En résumé: une crêperie à la cuisine simple mais avec une belle ambiance. Approche inégale d'une cuisine plus raffinée (crêpes aux poissons, pâtes aux cervidés ou au canard).

- Les plus: valeur sûre, service rapide, très chaleureux.

- Les moins: parfois du relâchement du côté du service, les plats les moins originaux sont peut-être les meilleurs.

- Formules: menus du midi en semaine.

- Prix: crêpes entre 8,95 $ et 15,95 $.

- Musique: diversifiée (folk, pop rock, chanson francophone).

- Autres: terrasse, concerts sur place.

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Collaborateur du Devoir

Vice Café

1, rue Sainte-Anne, Baie-Saint-Paul, Tél. 418 435-0006