Le vignoble argentin

La majorité des pays producteurs de vin que j'ai eu le plaisir de visiter au cours des 20 dernières années n'ont pas su capter mon intérêt autant que l'Argentine a pu le faire. En plus du style si espagnol, l'heureux apport des Néerlandais et des Anglais sculpte un pays d'une grande complexité et d'une classe à part. Ce charme, l'Argentine le doit à ce qu'elle a conservé et élevé de la culture hispanique, encore similaire en beaucoup de points. Une vie palpitante, séduisante, la musique, la danse, le tango, les arts visuels et la littérature sont autant de monuments du quotidien argentin.

Les valeurs familiales sont sauvegardées et le pays peut se vanter d'être un des rares systèmes autosuffisants, une autonomie chèrement payée à travers l'histoire de l'Amérique du Sud mais acquise avec fierté. Cependant, tout n'est pas joué pour l'Argentine. Les gros et grands de ce monde ont l'oeil rivé sur toutes ses richesses naturelles et sur son potentiel démesuré. J'ai donc enfin compris, lors d'une rencontre l'an dernier avec François Lurton, ce grand globe-trotteur des vignobles du monde, pourquoi il me vantait avec tant d'engouement et d'enthousiasme le potentiel de l'Argentine et de son industrie viticole: «Si je dois m'établir avec ma famille quelque part dans le monde d'ici les cinq prochaines années, ce sera sans aucune hésitation en Argentine.»

L'Argentine a tout pour plaire et il y reste tant à faire. Toujours dans le plus grand respect de l'être humain — on n'est pas dans le Tiers-Monde, ici —, elle occupe un vaste territoire comptant 37 millions d'habitants. C'est le huitième pays du monde pour sa superficie et, avec sa capitale de 14 millions de personnes, Buenos Aires, il a aussi ses maux, sa pauvreté, ses difficultés... mais qui n'en a pas?

Aussi longue que le Canada est large, l'Argentine bénéficie de tous les climats, du plus froid au plus chaud, du plus océanique au plus montagneux, avec cette cordillère des Andes qui la sépare du Chili. Que vous aimiez le ski à plus de 5000 mètres d'altitude, les plages de rêve, les musées ou la vie nocturne époustouflante, l'Argentine saura vous faire danser et savourer la vie.

L'ensemble du vignoble argentin représente 5 % de la production mondiale et seulement 2 % de l'exportation: c'est dire à quel point les Argentins aiment leur vin. La vigne pousse au pied des Andes, entre 300 et 2000 mètres d'altitude. On ne trouve aucun vignoble digne de ce nom au-dessus du 22e parallèle ni au-dessous du 42e, et rien non plus près des côtes de l'Atlantique.

Pantaginia est le vignoble le plus près de l'océan et le plus sudiste du pays avec 4000 hectares de vignes. Quelques centaines de kilomètres le séparent des grands courants marins. Le climat est favorable au vin blanc et certaines productions de riesling semblent intéressantes. Acheté dans un dépanneur à Mendoza, le vin avait tout pour combler un amateur de riesling sans toutefois avoir la prétention de se hisser parmi les grands de ce monde (trois bouteilles pour l'équivalent de 12 $: une bonne affaire). Tout au nord du pays, presque au centre du continent, la vallée de Calchaquies couvre 5000 hectares, légèrement plus petite que sa rivale La Rioja, à quelques kilomètres plus au sud.

Toujours en ligne vers le sud, San Juan s'étend sur près de 50 000 hectares de splendides coteaux. La production de vin est considérable, la qualité est au rendez-vous et avoisine celle de Mendoza. La région de Mendoza, quant à elle, est une des régions productrices les plus importantes au monde et aussi une des plus prisées. Et pour cause: son climat semi-désertique a imposé à l'homme un travail colossal d'ingénierie et de dur labeur. Le soleil est abondant et ardent, et l'eau des montagnes, abondante.