Michel Cosse ne joue pas de guitare

Jean Saine, fondateur de Montréal Passion Vin.
Photo: Jean Saine, fondateur de Montréal Passion Vin.

«Tout ici est d'inspiration biologique, des soins de la vigne jusqu'aux vendanges, et même les levures indigènes. De la vigne à la mise en bouteille, nous prenons tous les moyens pour produire des vins dans le plus grand respect de la nature», souligne humblement le jeune et brillant oenologue Mathieu Cosse. Originaire d'Agens, ce diplômé de la faculté d'oenologie de Bordeaux semble plus ancré que ses vignes dans les terroirs qui l'ont vu grandir.

De retour dans son Sud-Ouest après avoir fait l'école dans la cour des grands de la Gironde, Mathieu Cosse s'établit dans les appellations parmi les plus difficiles de France. D'abord Cahors, où rien ne va. Où tout un chacun avance seul dans son coin. Où tous ces terroirs fabuleux produisent du très mauvais comme de l'excellent vin, selon l'intérêt des propriétaires à vouloir faire du vin ou à gagner des sous.

Dans ce Cahors, tous les cépages sont présents et tous les types de vins existent, encore marqués par la réputation légendaire du black wine, comme les Anglais surnommaient ces vins rouges puissants, noirs comme de l'encre.

Mais de quel Cahors s'agit-il? C'est un beau coin de pays dont l'appellation est malade et où il n'y a aucune solidarité malgré les efforts des Plageoles, des Perrin et des Lescaret, qui tentent tout pour traîner cette si lourde AOC. L'unité d'une appellation forte est presque peine perdue. Et pourtant, tous les ingrédients sont présents pour élaborer des vins superbes et propager une image qualitative enviable.

Au-delà des incessantes chicanes entre les vignerons de cette appellation, Mathieu Cosse figure parmi les rares à défendre ce terroir, ces coteaux magiques, ces cépages ancestraux. Ce qui le passionne, c'est la vigne, toujours la vigne et les fruits qu'elle porte. Il a bien raison. En soignant le raisin, les yeux s'attardent à ce qu'il y a de vrai, d'essentiel.

Le terroir murmurera à l'homme attentif comment faire chanter sa vigne, comment accompagner cet instrument magistral. Une vigne respectée, aimée, permettra à l'homme humble de créer une symphonie mémorable. C'est pour et par ses pieds de vigne que Mathieu Cosse s'inscrit parmi les oenologues-vignerons les plus remarquables de la nouvelle génération. Ayant les plus récentes techniques en tête, c'est avec cran et surtout avec coeur qu'il entreprend cette jeune carrière commencée avec le millésime 1999.

Il a le vent dans les voiles et réussit très bien à s'installer dans ces appellations controversées où tout est à faire. Ce sont des terroirs qui lui parlent, qui l'appellent. Il n'est pas au bout de ses peines car les vins élaborés dans les régions du pays de l'Hérault et de l'Agenais ou sur les côtes de Thongue sont aussi cacophoniques qu'à Cahors et peut-être pires encore. Là où la cave coopérative est reine de toutes les excuses, les terroirs sont magnifiques et peu chers.

Ça prend du cran, beaucoup de jeunesse et un talent inouï. Mathieu Cosse n'a hérité de rien d'autre que sa tête et ses mains pour conquérir le monde du vin. Pas de famille dans le monde du vin, seulement une rencontre exceptionnelle avec un homme de passion, fou de la terre de ses ancêtres et qui aime le vin: Francis Cabrel.

Une amitié et une collaboration entre deux compositeurs passionnés. Mathieu Cosse ajoute très humblement ceci: «Cabrel adorait les vins, nos chemins se sont croisés.» Accord parfait: l'un fait chanter sa vigne et le vin, l'autre les mots et sa guitare.