Un voyage en Italie à gros prix

Au Latini, les prix pratiqués sont ceux de l’Italie, Toscane, Venise et place Saint-Marc en moins.
Photo: Jacques Grenier Au Latini, les prix pratiqués sont ceux de l’Italie, Toscane, Venise et place Saint-Marc en moins.

Ici, tout est différent des restaurants de la Main et de la Petite-Italie; même le café servi n'est plus du Illy. L'accueil se fait toujours amicalement avec M. Moreno, le proprio. Depuis l'ouverture, rien n'a changé, pas même le décor minimaliste qui, malgré ses oriflammes, semble être épuisé par le temps. S'il existe à Montréal un restaurant doté d'une cave contenant 100 000 bouteilles de vin italien, il s'agit bien du Latini. S'il est un restaurant italien parmi les plus chers, on parle toujours du Latini. Enfin, s'il est un restaurant tout court et très cher mais bon, on parle surtout, bien sûr, du Latini.

Il y avait belle lurette que je n'avais pas mis les pieds au chic resto Latini du centre-ville, en face du Complexe Desjardins. Chaque midi, on y découvre les habitués fortunés ou carrément richissimes qui viennent dépenser leurs bonis ou ceux qui, comme moi, peuvent parfois avoir des surprises s'ils arrivent avec un seul billet rouge en poche.

Les tables sont dressées comme toujours avec, en moins, le souci et la délicatesse d'autrefois. Les nappes pleines de plis, qui auraient besoin d'un bon repassage, accueillent avec délicatesse une bonne huile d'olive, les grissini et une très bonne foccacia, qui servent d'amuse-bouche pendant qu'on contemple le volumineux menu qui nous est présenté. Les salles sur deux niveaux peuvent recevoir un grand nombre de personnes. Les commis desserveurs, fidèles à la réputation de l'Italie en matière de voitures de course, servent entre autres, avec leurs t-shirts aux couleurs d'une entreprise bien connue, de véritables véhicules publicitaires pendant le service. La carte soumet un choix comme seuls les Italiens et les Chinois peuvent en proposer. Pas moins de 14 plats de pâtes et une quarantaine d'autres plats s'offrent à combler les plus difficiles.

Mon invité et ami rêve de voyages gourmands, de Venise, de ses gondoles, du cinéma Paradiso et de la truffe d'Alba. Au Latini, il rêve de plaisir et salive devant le nom des plats. Difficile aussi de s'y retrouver ou de faire un choix sans tomber dans l'excès. Finalement, c'est la table d'hôte du midi qui nous réconcilie et nous rassemble, du moins à l'entrée.

Les sardines in saor ripensato (supplément de 10 $) de la table d'hôte sont une sorte d'escabèche repensée façon Latini. Deux petites sardines froides ouvertes en deux et recouvertes de légumes en juliennes et d'une légère marinade acidulée ont fait leur apparition avec, en garniture, des bâtonnets de polenta fine grillée. Le plat, agréable de contrastes entre le froid du poisson et la tiédeur de la polenta, s'est fort bien laissé déguster, laissant présager une belle suite.

Au Latini, on trouve de très beaux vins et une belle cave, riche de milliers de bouteilles. Le problème est que M. Moreno ne répercute en rien la baisse des prix de la SAQ sur la facture de ses clients et ne permet guère de s'en sortir pour un vin rouge (aussi superbe soit-il) à moins de 76 $. Alors que le verre de vin à Montréal se détaille entre 8 et 12 $, chez lui, on le vend 15 $.

En deuxième plat à la table d'hôte, nous avons respectivement choisi le lapin grillé moutardine (27 $) pour Victor et la cervelle de veau Lombarda (24 $) pour moi. Le lapin est un plat trop rare dans les restaurants et, quand il est bien apprêté, comme ce fut le cas, il devient un plat de roi. Victor a apprécié la tendreté du lapin, accompagné de pommes pailles et de haricots verts, mais a trouvé qu'il manquait légèrement de sauce. Les abats, on aime ou on n'aime pas. Pour ma part, sûrement grâce à mon éducation alimentaire familiale, j'aime. La cervelle de veau est en général un abat très fin qui rebute toutefois, uniquement par son nom, ceux qui n'y ont jamais goûté. Pochée puis poêlée au beurre avec un simple enrobage à l'oeuf, la cervelle parfaitement cuite était elle aussi accompagnée des haricots verts offerts ce jour-là et de quelques pommes de terre sautées.

La tarte au citron, trop sucrée, et le gâteau au chocolat sont compris dans le prix de la table d'hôte (ouf!). Le café, qui, depuis qu'il n'est plus du Illy, est importé directement par le propriétaire, est bien préparé et chaud et se détaille quand même à 4 $ pour un espresso.

J'ai vu Victor prendre une grande respiration en prenant l'addition, que je me suis empressé de récupérer au plus vite. Il était mon invité et je voulais le laisser encore rêvasser aux Jeux de Turin, au Saint Siège ou à Carla Bruni mais plus jamais à la truffe d'Alba. Ce voyage gastronomique au Latini venait d'entamer sérieusement mon budget du mois. Les prix pratiqués sont ceux de l'Italie, Toscane, Venise et place Saint-Marc en moins.

Prix payé pour deux avec vin:

76 $. Une bouteille d'eau gazeuse: 8,50 $. Deux cafés: 8 $. Deux tables d'hôte avec taxes, service non compris: 188,10 $.

Le Latini

1130, rue Jeanne-Mance

Montréal (514) 861-3166

- Plus: la constance dans la qualité et la rusticité des plats servis.

- Moins: les prix exagérés, hors norme à Montréal.

Collaborateur du Devoir