Un événement qui nous met sur la carte

Montréal arborera ses plus beaux atours gastronomiques du 16 au 26 février prochain dans le cadre du festival Montréal en lumière. Cette grandiose mise en place de restaurants, de sommeliers, de vignerons et de chefs d'ici et d'ailleurs s'inscrit parmi les plus importants et les plus beaux défis gourmands de toute l'histoire du goût au Québec.

Il n'était pas du tout cuit dans le bec de proposer cette septième édition du volet «Art de la table». Organiser, planifier et rassembler autant de prestigieux chefs, ficeler un budget avec des activités intérieures et même extérieures basées sur le seul but d'offrir des plaisirs gourmands, en plein hiver, au coeur de Montréal... Voilà le défi relevé encore une fois par les organisateurs. Qui eût cru que cet événement atteindrait sa maturité, gagnerait en qualité et maintiendrait sa pérennité?

Sous la bannière des arts, celui de la table, de la gastronomie avec un grand G, est le seul qui sollicite les cinq sens à la fois. Un spectacle d'émotions où les formes et les lignes s'éveillent à travers la transformation de la matière première dans un équilibre, un rythme d'une grande beauté. Cet art, celui de tous les arts, développe et porte les saveurs et le précieux bouquet au sommet des autres sens déjà enchantés. Ils doivent être en harmonie pour sculpter un moment magique, indélébile.

Nous avons la chance au Québec de bien manger, de bien boire grâce à des chefs émérites, à des sommeliers hors pair. Notre cuisine aux multiples couleurs et saveurs culturelles permet d'entretenir une culture, une ouverture sur le monde, un monde de bon goût.

C'est l'Alsace qui couronne l'événement cette année, avec la présence du chef Émile Jung, du très réputé restaurant strasbourgeois Au Crocodile. Une brigade de 17 autres chefs et collaborateurs de la région alsacienne teinteront de bonheur assiettes et verres avec plusieurs activités. Mais ce festival ne s'arrête pas là, au milieu du repas.

Il y a, en tout, 46 chefs invités, dont plusieurs sommités de Vancouver et des États-Unis. Ainsi, le menu des activités propose des brunchs ou des 5 à 7, des dîners de gala, conférences, dégustations de vins, présentations de fromages d'ici, des activités au marché Jean-Talon et la fameuse Nuit blanche.

Nos chefs font preuve d'une grande générosité et d'un talent inouï, cherchant à partager, à apprendre et à grandir davantage avec leurs pairs d'outre-frontière. Imaginez un peu: deux lions dans une même cage, deux artistes sur la même oeuvre!

C'est un acte d'humilité où l'excellence guide le dépassement. C'est le symposium de sculpture sensorielle qui laisse sur place, après l'événement, l'oeuvre s'adapter à son milieu et le milieu découvrir l'oeuvre à travers le temps. C'est un héritage important pour notre table, pour notre qualité de vie. «La découverte d'un nouveau plat, d'un nouveau mets fait plus pour l'humanité que la découverte d'une nouvelle étoile» (Brillat-Savarin).

Les places limitées de certains repas grandioses s'envolent déjà très rapidement mais je souligne les efforts louables pour rendre accessible cet événement au plus large public possible. Il y a plus de 100 activités à moins de 25 $, dont près d'une vingtaine gratuites. La liste des activités et de la brochette de chefs invités est disponible sur www.montrealenlumiere.com ou dans le guide Festival en lumière distribué dans de nombreux restaurants et dans les SAQ.

Parmi les 48 bonnes tables attrayantes de la programmation, mes sens ont déjà attiré mon attention sur certains des restaurants hôtes et leur chef invité...

- Le Beaver Club: chef Émile Jung, Au Crocodile, Strasbourg.

- La Chronique: chef Sébastien Buecher, La Vancelle, Auberge Frankengourg.

- Il Sole: chef Michel Magada, Le Restaurant, Marckolsheim.

- Bu: chef Thierry Schwartz, Le Bistro des saveurs, Obernai.

- Nuances: chef Nicolas Stamm, La Fourchette des Ducs, Obernai.

- Cube: chef Frank Pabst, Blue Water Cafe, Vancouver.

- Anise: chef Vikram Vij, Vij's, Vancouver.

- Chez l'Épicier: chef Paul Kahan, Blackbird, Chicago.

- Restaurant de l'Institut: chef Patrice Caillault, Dom. De Rochevilain, Billiers.

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Pour les amateurs de bordeaux 2003, voici la suite des commentaires de dégustations de la semaine dernière...

- Beaumont Haut-Médoc, 4-5-5. Beau nez de fruits mûrs. Plein, frais, vanillé, la finale sur la rondeur et la vivacité, à revoir avec plaisir.

- Brane-Cantenac Margaux, 4-6-4. Beau fruit, floral, jasmin. Élégant, avec une belle trame de vivacité, de bonne garde malgré sa finesse.

- Dufort Vivens Margaux, 5-6-6. Nez charmeur, brûlé, fruits mûrs. Bouche ferme, pleine, fraîche, bonne longueur, beau style.

- Du tertre Margaux, 4-5-6. Nez discret, le mur et le bois. La bouche est franche, sans fard. Un peu court, un beau bordeaux.

- Giscours Margaux, 4-7-6. Beau nez, quoique fermé et dominé par le bois. Attaque fluide, complet, bonne longueur, grand vin, belle réussite.

- Kirwan Margaux, 3-6-6. Net, bois fin, loin d'être déjà intégré aux fruits. Bonne bouche, fraîche et juste avec ce qu'il faut de tout, bien fait.

- Lascombes Margaux, 5-7-7. Beau nez charmeur, fruit et fumé. Il n'a rien d'exceptionnel, il est simplement parfaitement complet et charmeur.

- Siran Margaux, 3-5-2. Fermé, verdeur, simple. Mentholé.Carré avec des tanins concentrés qui se mêlent à la sucrosité en finale.

- Batailley Pauillac, 3-6-4. Bois fin assez abondant, un peu sauvage. Frais, fin peut-être trop fin, épicé, bonne longueur, l'avenir l'éveillera probablement.

- Lunch Moussas Pauillac, 5-5-5. Nez assez léger, beau fruit, résineux, peu boisé.Tanins importants, assez élégant, bonne puissance, finale fluide.

- Lynch Bages Pauillac, 5-6-5. Fruits très mûrs, vanillé, épicé. Puissant, corsé, assez imposant, voire costaud, bonne et belle persistance, à garder.

- Grand Puy Ducasse Pauillac, 3-3-2. Nez de cèdre et animal! Attaque fluide, finale rêche, ensemble décousu, peut-être un malaise de transport.

- Beychevelle Saint-Julien, 5-6-7. Beau nez assez délicat, juste assez boisé. Un bel ensemble, consistant, capiteux, une bonne longueur, du beau grand vin.

- Branaire Ducru Saint-Julien, 3-7-5. Si fermé, un peu boisé. Charpente imposante, beaux tanins, généreux, belle longueur, un vin de lointain avenir.

- Lagrange Saint-Julien, 4-4-5. Nez de tonnellerie, un peu mentholé, épicé.Très discret en bouche, une très belle longueur, à boire car avenir improbable.

- Léoville Poyferré Saint-Julien, 3-7-8. Assez boisé, fermé, fruits très mûrs.Très bien texturé, équilibré, beau crescendo, vigoureux, un beau St-Julien, de bonne garde.

- Talbot Saint-Julien, 4-6-4. Très discret au nez, bois fin. Net, généreux, corsé, encore un peu décousu, mais une brève garde rassemblera tout ça.

- Ormes de Pez Saint-Estèphe, 3-5-3. Beau fruit, bois ordinaire. Chaleureux, volumineux et finale sans intérêt (concentrée et sucrée).

- Labory Saint-Estèphe, 5-6-6. Beaux fruits intégrés au bois fin vanillé, épicé. Belle harmonie, tanins très beaux. Cconsistant, finale importante avec une trace de sucre cuit!

- Phélan Ségur Saint-Estèphe, 3-5-4. Fumé, épicé, donc encore bien boisé.Tanins beaux et fermes. Moderne mais beau vin tout de même.

- Beauregard Pomerol, 4-6-6. Fruits noirs, tonnellerie, mentholé. Beau vin élégant, velouté, curieusement riche et finale coulante.

- Gazin Pomerol, 4-7-7. Parfums très primaires et de drôles de bois. Tanins très beaux. Finale bien droite. Un vin encore ferme, complet, bien fait.

- La Carbanne Pomerol, 4-4-4. Fruit frais, cartonné. Rappelle des odeurs acidulées. Obtus, asséchant, pas très agréable, à revoir dans quelques mois. Semble en crise.

- La Conseillante Pomerol, 5-7-8. Beau nez encore si fermé. Importante empreinte de beaux tanins, belle fraîcheur, fruit franc, grande réussite pour l'avenir.

Il me tarde de goûter de nouveau ces vins l'automne prochain. Le temps aura fait son oeuvre. Il y aura des 2003 à boire et il y aura des 2003 à garder. Notre gosier sera donc humide longtemps. En ce qui concerne le 2005, laissons-le vivre son enfance en paix, le plus longtemps possible, jusqu'à l'âge de sa commercialisation.

Collaborateur du Devoir