Mémoires affectives et gourmandes

En entrant au restaurant, un gruyère entier trône avec fière allure sur un billot de boucher, annonçant les couleurs de l’établissement.
Photo: Jacques Grenier En entrant au restaurant, un gruyère entier trône avec fière allure sur un billot de boucher, annonçant les couleurs de l’établissement.

Depuis son ouverture, en 2005, on ne cessait de me demander: «As-tu visité le restaurant Joe Beef?» Comme toute bonne chose, il faut laisser le temps au temps et voir si l'engouement du début demeure aussi fort six mois plus tard. Avec David McMillan à l'ouverture des huîtres et son compère et associé Frédérique Morin qui officie aux cuisines, nul doute que cela ne pouvait pas être mauvais. En reprenant cette maison qui, comme la taverne Magnan, a laissé des traces dans l'histoire montréalaise, les propriétaires souhaitaient conserver l'histoire de l'ancienne taverne Irlando. Le restaurant Joe Beef n'offre plus rien de sa cuisine du temps passé ni de celle des autres restaurants établis avec brio par McMillan et Morin, tels le Globe ou le restaurant Rosalie.

C'est un tout petit restaurant, grand comme un mouchoir de poche, qui compte 25 places et qui est savamment décoré. Sur un tableau noir est affiché le menu en vrac et des choix de vins, dont un grand nombre de produits d'importation privée. En regardant en face du restaurant par la vitrine, on peut observer les allées et venues au théâtre Corona. Joe Beef accueille d'ailleurs avec bonheur les amateurs de bonne chère à la fin des spectacles.

L'endroit offre de petites et sympathiques banquettes de cuir, une ambiance bon enfant et une décoration qui laisse entrevoir le quartier des antiquaires à proximité. Un moulin à viande du siècle passé rappelle des temps difficiles en cuisine.

Caché sur la banquette pour ne pas être reconnu, j'avais cette envie qu'ont les enfants dans un magasin de bonbons: je voulais goûter à tout. Chez Joe Beef, le poisson et les fruits de mer, fierté des lieux, sont proposés en plateaux. Composés d'une variété d'huîtres qui proviennent à coup sûr de la poissonnerie La Mer, ces plateaux sont magnifiques par leur choix et leur fraîcheur. Chaque jour, le menu varie en fonction du marché et de l'humeur du chef. Frédérique Morin propose le lapin, le pot-au-feu, le parfait de foie de canard, le jambon au gruyère... En entrant au restaurant, un gruyère entier trône d'ailleurs avec fière allure sur un billot de boucher, annonçant les couleurs de l'établissement.

Mon choix s'est évidemment porté sur le plateau de fruits de mer et quelques palourdes frites comme seuls de vrais pros peuvent en faire. C'était simple mais bon et servi avec du bon pain. Le service ne peut laisser personne indifférent. Dans ce restaurant, on a compris que le jambon Serrano, le jarret d'agneau, le plat de côte ou les gnocchis à la ricotta sont tout aussi importants que le thon rosé ou le foie gras poêlé. Voilà pourquoi on peut s'évader avec plusieurs choix sans jamais être déçu.

Le choix de vins proposé est aussi cosmopolite que celui de la carte et change de la même façon.

Ne serait-ce que pour découvrir le plus beau des plateaux de fruits de mer vus à Montréal et y déguster un très grand vin d'Alsace, cela vaut le déplacement. Seule ombre au tableau: une faiblesse au chapitre des desserts et du café, servi tiède à mon voisin et ami. Il s'est tout de même promis un retour rapide sur les lieux du crime.

Nul doute que Joe Beef est un restaurant qui plaît et qui nécessite donc une réservation. L'endroit est ouvert le soir du mardi au samedi.

Joe Beef

2491, rue Notre-Dame Ouest

Montréal, (514) 935-6504

Prix payé pour trois personnes avant taxes et service: 123 $, plus les vins (52 $).

- Plus: le côté inattendu et la qualité des mets proposés.

- Moins: l'étroitesse des lieux et la fermeture le midi.

Collaborateur du Devoir