Un hiver tout en mailles

Nathalie Schneider
Collaboration spéciale
L'exposition Tricoté serré : parcours d’une vie entremaillée explore l'univers artistique de Francine Vandelac, ses inspirations et toutes les facettes de sa créativité.
Photo: Roger Dufresne L'exposition Tricoté serré : parcours d’une vie entremaillée explore l'univers artistique de Francine Vandelac, ses inspirations et toutes les facettes de sa créativité.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

La laine fait un retour en force tant dans le monde de la mode que dans les foyers, où tricoter n’est plus considéré comme une activité vieillotte, bien au contraire ! Manier les aiguilles est vu comme une belle occasion de faire le vide, d’oublier ses petits tracas, et de profiter tout simplement d’un moment zen. Pour s’en convaincre, rien de mieux que d’en discuter avec Francine Vandelac, qui, dès les années 1960, a fait entrer l’art du tricot au sommet du marché québécois et qui signe une exposition présentée jusqu’en février 2003 au Centre d’art Diane-Dufresne. Le Devoir s’est entretenu avec elle.

D’où vous vient votre passion pour la laine ?

Quand je suivais les cours d’enseignement ménager, à l’école, on apprenait à coudre et à tricoter ; j’avais horreur de ça ! On nous faisait faire des choses tellement laides : des chaussettes, des mitaines… Au début des années 1960, j’ai commencé un cours à l’Institut des arts appliqués, à Montréal, en design intérieur. On sortait de la Révolution tranquille. C’était l’époque où Mary Quant lançait la minijupe, l’époque des Beatles qui venaient à Montréal. On était dans cette effervescence qui nous amenait à nous éclater, à sortir du cadre. J’étais amoureuse d’un étudiant de l’École des métiers commerciaux en haute couture. Pour son examen final, il avait décidé de faire ma robe pour de bal des finissants. J’ai passé des heures dans les ateliers et ça m’a emballée. J’ai commencé à faire des tricots à porter avec une minijupe et j’en faisais pour mes amies. Et je suis passée du design intérieur à la mode, qui m’allumait bien plus. Je me suis donc inscrite à un cours de haute couture à Montréal.

Comment a commencé votre carrière d’entrepreneure ?

Je suis devenue entrepreneure par défaut. En tricot, il n’y avait pas grand-chose dans ce temps-là. Une amie qui vendait ses robes dans un magasin m’a proposé un petit coin pour vendre mes pulls. C’est comme ça que j’ai commencé, et ça a duré jusqu’à la fin des années 1960. Là, j’ai ouvert ma propre boutique rue Crescent. Ma mère et mes deux grands-tantes tantes âgées adoraient le crochet, ce sont elles qui ont été mes premières tricoteuses. Mais faire affaire avec le public, c’est un esclavage. Moi, ce qui m’intéressait, c’était la création. J’ai décidé de faire faire mes modèles en atelier et de les vendre dans des boutiques de luxe, comme Holt Renfrew. Ça m’a ouvert le marché américain. Mon bébé, c’était le fait main ; je ne voulais pas que mes créations soient reproduites à des milliers d’exemplaires. Je m’arrangeais toujours pour changer un ou deux détails pour qu’ils soient toujours différents. De tous les designers de l’époque, j’étais la seule qui travaillait exclusivement le tricot et je le suis restée.

Qu’est-ce qui vous attire autant dans la maille ?

J’aime sa texture, et j’aime surtout son côté flexible. Quand on la porte sur le corps, ça bouge, ça vit. Ce n’est pas rigide. C’est confortable, comme une deuxième peau. On met ça dans une valise ; ça ne se froisse pas. Il y a tellement de possibilités avec un crochet ou des aiguilles à tricoter ; on peut faire cent millions de choses ! Tout est permis, il n’y a pas de limite. Les motifs, les points sont tellement diversifiés. J’en ai inventé plusieurs, et j’ai poussé des techniques plus loin, comme celle de l’aqua-film. Sur une feuille de cellulose, on travaille la laine, puis on faufile des coutures à grands points pour donner un effet artistique. On met ça dans l’eau, la cellulose fond et le tricot reste. Il y a toujours une surprise à la fin ; c’est ça qui m’intéresse. C’est un travail qui permet de jouer avec la laine. Ma passion, c’est de créer, d’innover ; pas de fabriquer.

Comment voyez-vous le retour du tricot aujourd’hui ?

Depuis quelques années, la maille revient de plus en plus, alors qu’elle avait disparu dans les années 2000. Pendant la pandémie, les gens sont restés à la maison et se sont mis à tricoter. Je connais beaucoup d’hommes qui font ça. Pour certaines personnes, c’est un passe-temps ; pour d’autres, c’est une manière d’évacuer le stress. Comme presque tout travail manuel, c’est une activité presque méditative. Et noble. Je dis souvent que j’ai sorti le tricot de l’univers domestique et que je lui ai redonné ses lettres de noblesse.

Tricoté serré : parcours d’une vie entremaillée


À travers des vêtements de laine tricotés et des oeuvres d’art de Francine Vandelac, cette exposition explore son univers artistique, ses inspirations et toutes les facettes de sa créativité. On y découvre des robes et des chandails qui ont fait la une de journaux d’ici et d’ailleurs, ainsi que des tableaux où la maille n’est jamais très loin de la peinture. Cette collection, agrémentée d’une trame sonore, fait passer le visiteur à travers l’histoire moderne du Québec, depuis la Révolution tranquille jusqu’à l’aube des années 2000. Une plongée dans la redéfinition moderne de la féminité.

Jusqu’au 12 février 2023 au Centre d’art Diane-Dufresne, à Repentigny.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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