La Semaine du cidre du Québec est de retour!

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
L'événement promet une riche programmation pour tous les amateurs de cidres classiques ou «funky» de la province.
Photo: Cidrerie Milton L'événement promet une riche programmation pour tous les amateurs de cidres classiques ou «funky» de la province.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Après avoir été longtemps boudés, les cidres de notre province sont devenus incontournables. Ils affichent leurs couleurs chatoyantes sur des canettes, des bouteilles ou dans des cocktails, et se dégustent à table comme dans un parc ou en terrasse. Surtout, ils s’émancipent des traditions pour embrasser de nouvelles avenues gustatives. Du 5 au 15 mai prochains, la Semaine du cidre revient pour une 6e édition, et on peut s’attendre à un événement tout en effervescence !

Certains d’entre nous se souviennent, avec regret, du cidre québécois des années 1970 qui donnait des maux de tête à ceux qui en consommaient tant il était de piètre qualité. Fort heureusement, quelques pionniers comme Michel Jodoin et Christian Barthomeuf, l’inventeur du cidre de glace, ont réussi 20 ans plus tard à progressivement redorer l’image d’une industrie agonisante. Aujourd’hui, cette dernière génère d’ailleurs plus de 51 millions de dollars de ventes annuellement, fait vivre plus de 120 producteurs et nous impressionne par sa déclinaison sans cesse croissante de produits accessibles comme plus nichés.

Cette renaissance, Étienne Dancosse l’a suivie de près, puisqu’il vient de Saint-Joseph-du-Lac, un coin des Basses-Laurentides bien connu pour sa production pomicole. Il a intégré le département commercial de la Cidrerie Lacroix en 2016 et a assisté à l’explosion de son offre depuis 2018, notamment dans les épiceries, les bars et les restaurants.

« Pour moi, le cidre, c’est rassembleur, jovial et festif. Mais c’est aussi un produit de grande qualité et un vecteur d’opportunités pour nos cidriculteurs », confie celui qui s’implique activement à titre de vice-président au sein de l’association des Producteurs de cidre du Québec, qui défend et assure la promotion de cette filière, par exemple en organisant la Semaine du cidre, qui se tiendra du 5 au 15 mai.

Une pétillante diversité

 

Il n’existe plus une, mais de multiples manières de déguster le cidre québécois. Si le cidre de glace et le cidre tranquille sont par exemple moins consommés qu’avant sur notre marché, les cidres effervescents et les prêts-à-boire à base de cidre s’y sont taillé une place de choix.

Une autre catégorie attire également de plus en plus l’attention des amateurs de vin et de bières. « Les cidres fermiers ou nature, qui utilisent des méthodes de production originales et proposent des profils de saveurs différentes, sont à surveiller », confirme M. Dancosse.

Nous sommes là pour de bon, car nous bonifions l’offre en produits du terroir. Je crois même que nous sommes au début de quelque chose de gros. Que les cidres de spécialité feront un jour partie de notre identité gastronomique québécoise.

 

La Cidrerie Lacroix elle-même réalise, parallèlement à ses produits phares, quelques productions de ce type, reconnaissables à des approches comme la fermentation spontanée, le vieillissement en barrique et des mariages surprenants avec d’autres ingrédients. « C’est un domaine bourré d’avenues créatives. En jouant avec les variétés de pommes, les élevages, la macération pelliculaire, ou encore l’ajout de fruits ou d’aromates, les possibilités sont infinies ! » lance l’entrepreneur.

Nouveaux cidriculteurs

 

Choinière, Somnambule, Polisson, Chemin des Sept, Entre Pierre & Terre, Fleuri. Autant de noms qui sont aujourd’hui associés à la production de cidres d’un genre nouveau. La majorité de ces artisans ne sont pas nés sur une terre pomicole ou agricole, et ils n’étaient pas prédestinés à travailler dans ce domaine. Mais ils ont acquis ou loué de petits lopins de terre depuis quelques années pour réaliser de la transformation alcoolique.

C’est le cas du duo formé par Julien Niquet, l’entrepreneur derrière les brasseries Glutenberg et Oshlag, et la sommelière Justine Therrien, qui ont fondé les cidres biologiques Fleuri. Ils voulaient à la base produire du vin (Maison agricole Joyhill), mais comme le raconte Justine, « par un accident de parcours, nous sommes tombés sur un verger, alors Julien a eu l’idée de réaliser du cidre en plus. Alors que moi, honnêtement, je n’avais avant aucun intérêt pour ce produit, que je trouvais trop unidimensionnel ».

Inspirés par ce qui se faisait déjà en matière de cidres fermiers en Europe, ils ont commencé à ajouter des pourcentages de pommettes aux cinq variétés de pommes à croquer dont ils disposaient. « On ne savait pas du tout ce qu’on faisait ! avoue Justine. Mais on voulait obtenir des cidres qualitatifs, plus secs, avec plus de texture. »

Un pari réussi puisque cette adjonction de pommettes, ainsi que d’autres procédés comme l’élevage en amphore de Terracota, plus connu dans le monde du vin, la prise de mousse en canette, qui permet au cidre de finir sa fermentation dans le contenant, ainsi que la macération de petits fruits sauvages avec les pommes et la création d’assemblages mêlant raisins, vieux cidre et fruits sont devenus leurs marques de fabrique.

« À raison de six ou sept lots par an, nous avons jusqu’à maintenant créé 35 produits », indique Julien Niquet, qui a hérité de son savoir-faire brassicole le goût pour les petits brassins et la mise en canettes. Fleuri propose donc des cidres nichés, ce qui ne l’empêche pas d’écouler 150 000 litres de cidre par an. Et de planifier son expansion.

Rendez-vous gourmand

 

D’ici là, la Semaine du cidre du Québec promet une riche programmation pour tous les amateurs de cidres classiques ou funky de la province. Panels, ateliers, lancements de produits, 5 à 7, restaurants et boutiques ; mais aussi des portes ouvertes, des dégustations et des activités dans des cidreries.

« C’est l’occasion idéale d’aller leur rendre visite pour faire de belles découvertes et apprendre comment on produit ces alcools », suggère Étienne Dancosse, qui organisera d’ailleurs à la Cidrerie Lacroix, le 14 mai, l’événement Cidres et Cuissard, qui combinera vélo, barbecue et cidre à l’extérieur. À vos agendas !

À voir en vidéo