L’accès à la nature s’impose comme un enjeu électoral majeur

Nathalie Schneider Collaboration spéciale
Le parc Frédéric-Back deviendra, en 2026, l’un des plus grands parcs urbains de Montréal avec 153 hectares enclavés en pleine ville. 
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Le parc Frédéric-Back deviendra, en 2026, l’un des plus grands parcs urbains de Montréal avec 153 hectares enclavés en pleine ville. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Centre municipal Ski La Tuque, Haute-Mauricie. D’ordinaire, le centre n’est accessible qu’en hiver. Cette année, la municipalité l’a ouvert durant la saison des couleurs pour inviter les citoyens à emprunter les télésièges et parvenir au réseau de sentiers du parc des Chutes-de-la-Petite-Rivière-Bostonnais, qui retracent l’histoire de personnages locaux de La Tuque, comme Félix Leclerc. Des bénévoles du club de marche des Trois Raquettes ont aidé à orienter les visiteurs, dont beaucoup en étaient à leur toute première expérience en montagne : jeunes familles, personnes âgées, purs néophytes.

L’été prochain, la municipalité prévoit de distribuer des bâtons de marche et des crampons, et de distiller des conseils pour que l’expérience soit profitable à tous, en s’assurant que l’impact des randonneurs soit minime sur le milieu naturel.

Car le nombre de citoyens de La Tuque a littéralement explosé durant la pandémie sur les pistes et les sentiers. Comme partout d’ailleurs. « Les gens ont redécouvert le plaisir de bouger dans la nature et les bienfaits que cela procure tant au niveau physique que mental, rappelle Estelle Paulhus, directrice des services du loisir et de la culture à la Ville de La Tuque. La littérature ne cesse pas de le répéter, mais cette année, les gens l’ont vraiment expérimenté ! » La proximité de sites de pratique dans les villes, quelle que soit leur taille, est le meilleur incitatif pour motiver les citoyens à bouger et à améliorer leur santé globale.

Connecter les espaces naturels

C’est entre autres ce que soutient le tout récent guide du ministère de l’Éducation Le plein air de proximité : un outil pour le développement local et municipal, auquel ont participé bon nombre de municipalités, de fédérations et d’organismes, dont les unités régionales de loisir et de sport (URLS), la SEPAQ et Aventure Écotourisme Québec (AEQ). « Les personnes qui ont accès à plusieurs parcs à 500 m ou moins de leur résidence font, en moyenne, 21 minutes d’activité physique de plus que les autres », soutient cette étude. L’accessibilité est au cœur du plein air de proximité, qu’on pense aux pistes cyclables ou pédestres qui permettent de se rendre directement dans des parcs et autres espaces verts.

La municipalité de Boisbriand, dans les Basses-Laurentides, planche sur un projet de connexion vers des zones de concentration urbaine : Rosemère, Bois-des-Filion et Saint-Eustache. « Nous voulons créer un réseau grâce auquel les gens pourraient partir à vélo de Boisbriand et se rendre vers d’autres villes voisines et avec retour en navette », explique Sylvain Benoit, directeur du service des loisirs à Boisbriand. Le réseau cyclable, qui compte 32 km en pistes cyclables et en accotement, pourrait ainsi se doter de tronçons de connexion avec l’ajout de voies réservées intégrées à certaines routes quand vient le temps de rénover le réseau routier.

Du côté de la Montérégie, la Ville de Candiac a développé l’événement Expérience nature pour donner aux citoyens l’envie de découvrir ce qui fait la grande richesse de leur environnement : le fleuve Saint-Laurent. « Durant 12 semaines, les citoyens ont pu emprunter des planches à pagaie et des kayaks, explique Martin Lavoie, directeur du service des loisirs à Candiac. Cette première a remporté un grand succès. » D’autres projets sont à l’étude.

Protection du milieu et ancrage social

Développer un réseau local d’espaces verts a aussi un impact sur la préservation de la biodiversité, surtout en milieu hyperurbanisé comme Montréal, et ce, pour combattre les effets de l’urbanisation : meilleure qualité de l’eau et de l’air, réduction des îlots de chaleur, etc. À cet égard, le projet d’agrandissement du parc Frédéric-Back, dans Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, est édifiant. Ce parc, installé sur une ancienne carrière et un vieux site d’enfouissement, deviendra, en 2026, l’un des plus grands parcs urbains de la métropole avec 153 hectares enclavés en pleine ville. Selon ce guide, le plein air de proximité « favorise, chez les citoyens, une conscience environnementale et une meilleure compréhension des enjeux climatiques et environnementaux ».

Pollution, luminosité artificielle, bruits de la ville et smog : le développement du plein air de proximité a des effets directs sur la qualité de vie en contexte urbain. Sans compter que plus proches sont les sites de pratique, moins longs sont les déplacements en auto. Encore faut-il, bien sûr, veiller à l’entretien et à l’aménagement des sites, et à l’organisation d’activités rassembleuses, du type festivals de plein air, pour amener les citoyens à développer des habitudes à long terme. Ces initiatives sont aussi une bonne façon d’impliquer la communauté locale et de développer une adhésion collective à l’importance de protéger les sites consacrés au plein air.

Plus de nature, plus d’argent !

Aménager des parcs et des infrastructures, engager des intervenants en plein air pour encadrer des ateliers d’initiation, réaliser des pistes cyclables, des mises à l’eau et des circuits d’hébertisme, tout cela a un coût. Mais cela vient aussi avec des retombées économiques d’importance, parce que cela participe au pouvoir attractif d’une municipalité. Qu’on pense à l’attraction de nouveaux citoyens et d’entreprises — vecteurs d’une vitalité économique locale — et à la hausse de la valeur foncière, le « prix hédonique », dont de guide démontre qu’elle équivaut à 5 % pour une résidence située à 150 m ou moins d’un parc. Plus le réseau d’espaces verts est grand et interconnecté à plusieurs localités, plus ses effets sont importants.

C’est le cas du parc linéaire du P’tit Train du Nord, long de 234 kilomètres, qui traverse 26 municipalités et 6 MRC, et qui est accessible à vélo en été et partiellement en ski de fond en hiver. Chaque année, ce vaste corridor recense plus d’un million de passages uniques et permet d’injecter 18 millions de dollars dans les caisses régionales. On a vu, durant cette dernière année et demie, combien les régions disposant de parcs nationaux ou régionaux, de plages et de sites naturels privilégiés avaient bénéficié de l’arrivée massive de touristes nationaux. Reste à doter ces sites de pratique d’un encadrement adéquat et à distiller chez les élus assez de foi pour investir toujours plus dans cette avenue.

Investir dans… l’hiver

Malgré son caractère éminemment nordique, le Québec touristique ferme un peu ses portes dès la fête du Travail ou « vend » ses quelques arpents de neige aux touristes internationaux. Faute de visiteurs durant la dernière année et demie, nous avons été nombreux à redécouvrir la beauté de nos paysages hivernaux et la magie d’une sortie cernée de conifères pliant sous la grosse neige. Et c’est tant mieux. Pour en faire durer les bienfaits à long terme, les sites de plein air et les hébergements nature doivent être accessibles en toutes saisons. C’est aussi ce que recommande ce vaste travail de réflexion collectif. Manière de renouer collectivement avec notre nordicité… sans jamais cesser d’y trouver matière à s’amuser.



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