Une pêche miraculeuse dans la rivière des Prairies

Tristan Roulot Collaboration spéciale
La concentration des poissons au pied du barrage hydroélectrique Pie IX est directement proportionnelle à celle des pêcheurs sur la rive.
Photo: Tristan Roulot La concentration des poissons au pied du barrage hydroélectrique Pie IX est directement proportionnelle à celle des pêcheurs sur la rive.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Tous les ans à la même saison, de la mi-mai à mi-juin, se produit un événement unique qui réunit des centaines de Montréalais : la montaison de l’alose savoureuse dans la rivière des Prairies. Une pêche aussi amusante qu’excitante, pour toute la famille.

Ils sont venus par dizaines dimanche matin, canne à la main et épuisette en bandoulière. De tous les horizons, de tous les âges. Familles en pique-nique, ados avides de sensations, retraités en tenues de camouflage, ou simples curieux ayant acheté leur canne à pêche la veille… tous sont réunis pour une journée de plaisir, alors que la rivière des Prairies prend des airs de corne d’abondance. La place est connue, juste au pied du barrage hydroélectrique Pie IX, au sud de Laval.

Mais qu’est-ce qui peut bien différencier cette pêche de celle que l’on peut pratiquer toute l’année dans cette même rivière ? Et pourquoi ce lieu précis ? Tout simplement parce qu’il offre une configuration unique. Comme le saumon, l’alose savoureuse remonte de l’Atlantique pour rejoindre les frayères où elle va se reproduire. Doté d’une passe migratoire, le barrage constitue un obstacle à sa remontée, avec pour conséquence une incroyable concentration de poissons, au point qu’on appelle cet endroit « la berge de l’alose ». Une manne pour les pêcheurs de tous poils, qui apprécient ce grand poisson blanc d’une cinquantaine de centimètres et de plusieurs kilos, autant pour sa combativité que pour sa chair.

De la ligne à l’assiette

Si la pêche est pour vous prétexte à retrouver un peu de solitude dans le calme d’une nature sauvage, il va falloir réévaluer vos plans. La concentration des poissons au pied du barrage est directement proportionnelle à celle des pêcheurs sur la rive. Les fins de semaine, quand la température est propice, on compte un pêcheur tous les deux mètres. Avec un tel achalandage, et pour peu que le vent se lève, il n’est pas rare que votre fil s’emmêle dans les lignes des voisins. Chaque fois, la bonne humeur prévaut, dans le respect et toujours avec le sourire. On se démêle en plaisantant. Tout le monde est là pour s’amuser, et ça se voit.

On s’enthousiasme devant la belle prise de son voisin. Les épuisettes circulent de main en main pour aider celui qui peine à ramener sa proie jusqu’au rivage. Les captures s’enchaînent à vive allure. Sitôt qu’un pêcheur sort de l’eau avec ses cinq prises réglementaires, il est aussitôt remplacé par un nouveau venu, prêt à son tour à en découdre avec le blanc combattant.

Ceux qui rechignent à manger le poisson du Saint-Laurent, craignant la pollution et les métaux lourds, se réjouiront de savoir que ce poisson venu de la mer ne se nourrit pas, ou très peu, pendant la période de fraie, ce qui évite toute contamination. Longtemps surnommée le « saumon des pauvres », l’alose n’a toutefois de savoureuse que le nom. Comme le hareng auquel elle s’apparente, son goût est un peu fade. Mais marinée deux heures dans un bain d’huile d’olive, de citron et de thym, puis grillée au barbecue, elle saura révéler toute sa saveur.

Un peu de technique

Pour pêcher l’alose, rien de plus simple : une canne à lancer et un moulinet suffisent. Pas besoin de vous munir d’appâts vivants, mais d’un jig, ce gros hameçon plombé paré de filaments brillants. Vendu sur place à un dollar, ce leurre redoutable est spécialement conçu pour exciter l’alose. Si vous n’avez pas de cuissardes, prévoyez un short et des chaussures d’eau : il va falloir se mouiller jusqu’aux genoux pour approcher les bons coins.

Et si vous vous trouvez un peu trop loin de la zone d’activité, un conseil : changez de leurre pour un poisson nageur, la rivière est particulièrement prodigue à cet endroit. Achigans, grosses barbottes et dorés monstrueux ont été de la fête toute la matinée. Tout le monde est reparti de ce moment riche en émotion le sourire aux lèvres, se promettant d’y retourner à la prochaine occasion.

L’alose est encore là pour quelques semaines, on ne saurait trop vous encourager à aller y faire un tour, d’autant que l’eau, particulièrement basse pour la saison, entraîne une surconcentration exceptionnelle de poissons. Et une pêche encore plus folle !

L’alose, le trésor caché du Saint-Laurent


Très proche du hareng par sa physionomie et son goût, l’alose est un poisson anadrome : il vit en mer, et remonte les cours d’eau pour se reproduire en eau douce. Migrant en bande de centaines de milliers d’individus, il remonte le Saint-Laurent jusqu’à ses frayères, dans la rivière des Prairies, mais aussi dans la rivière des Outaouais.

Considérée comme une espèce vulnérable il y a une dizaine d’années, l’alose voit ses populations repartir à la hausse, tandis que de nouvelles frayères sont découvertes. Après qu’ils se sont reproduits, les adultes repartent vers l’océan, et il n’est pas rare de voir certains spécimens réussir plusieurs montaisons durant leur vie.

 

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