​Les brasseries québécoises, ce n’est pas de la petite bière!

Catherine Lefebvre Collaboration spéciale
Selon Sébastien Ste-Croix Dubé, le goût des consommateurs s’est largement affiné dans les dernières années, incitant les brasseurs à faire de meilleures bières.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Selon Sébastien Ste-Croix Dubé, le goût des consommateurs s’est largement affiné dans les dernières années, incitant les brasseurs à faire de meilleures bières.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Dans la Belle Province, il existe 276 entreprises brassicoles, dont 73 détiennent un permis de brasseur artisanal, selon les données d’avril 2021 de la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec. À titre de comparaison, il y en avait 33 au total en 2002. Pour mieux comprendre l’épopée des microbrasseries québécoises, notre journaliste s’est entretenue avec Sébastien Ste-Croix Dubé, gérant du salon de dégustation à la coopérative MaBrasserie située dans le quartier Rosemont à Montréal.


 

Comment expliquez-vous l’intérêt montant envers la fabrication et la dégustation de bières de microbrasserie québécoises ?

Les premières microbrasseries sont apparues dans les sous-sols des gens dans les années 1970. Puis, la microbrasserie Le Cheval Blanc a vu le jour en 1987. Mais je dirais qu’il y a eu un tournant assez majeur il y a une dizaine d’années dans les événements de bières. Depuis ce temps-là, les microbrasseries ont un effet de renouveau dans les villes et villages partout au Québec. Une fois qu’il y a une microbrasserie, ça rassemble les gens, puis il va peut-être y avoir une boulangerie, une fromagerie…

Est-ce que les bières québécoises commencent à avoir leurs propres personnalités sans être systématiquement comparées à une bière belge, allemande ou anglaise ?

Si les Allemands ont réussi à faire une recette en plus de 400 ans, c’est probablement parce qu’il y avait du bon là-dedans. C’est donc normal de s’en inspirer. Au Québec, en revanche, on a surtout épousé de grands mouvements brassicoles américains. Chaque fois qu’ils [les brasseurs américains] sortent une nouvelle bière, on a toujours un petit décalage. Mais ça fait aussi en sorte qu’on est unique parce qu’on n’est pas lié à un style en particulier, comme en Belgique ou en France pour le vin. C’est probablement ce qui explique que le Québec se démarque toujours dans les concours internationaux. Le volume de médailles qu’on ramène par rapport à notre population est assez impressionnant. Puis, il y a des brasseurs comme Francis Joncas, cofondateur de Pit Caribou, qui a créé la nanobrasserie Brett & sauvage à Sainte-Thérèse-de-Gaspé. Lui, il s’est battu pour faire changer la loi pour pouvoir faire fermenter les bières à l’air libre [fermentation spontanée]. Ça ouvre d’autres chemins aux brasseurs québécois pour développer des bières avec des profils aromatiques distincts.

Qu’est-ce qui fait la force des bières québécoises ?

Il y a beaucoup de brasseurs qui ont une méthodologie de travail exceptionnelle. On est très minutieux au Québec. Les formations et le souci de comprendre chaque étape de la fabrication de la bière expliquent sans doute pourquoi le niveau de qualité des bières a vraiment augmenté dans les cinq dernières années. Le goût des consommateurs s’est aussi largement affiné, et donc, ça incite les brasseurs à faire de meilleures bières.

Dans le cas du vin en général, tout tourne autour du terroir et du type de cépage. Alors, comment expliquer le profil aromatique d’une bière québécoise si le houblon et la céréale utilisée ne poussent habituellement pas sur le même territoire que la brasserie en question ?

Les bonnes malteries, il en existe très peu au Québec. Il y a seulement Innomalt. Pourtant, l’orge pousse très bien au Québec et au Canada, mais les plantations et les malteries n’ont pas suivi l’engouement pour les microbrasseries. Pour le moment, celles-ci fournissent les grands brasseurs comme Molson et Labatt. On commence cependant à produire suffisamment de houblon pour fournir les microbrasseurs du Québec. Mais le houblon québécois a un goût plutôt terreux qui ne conviendrait pas à la fabrication de toutes les bières d’ici. Et puis, il ne faut pas oublier que faire du malt, c’est un métier. Faire pousser du houblon, c’est aussi un métier. Nous, notre travail, c’est de les transformer. C’est ça, notre spécialité. D’ici une dizaine d’années, je pense tout de même qu’il y va y avoir beaucoup plus de malt et de houblon locaux au Québec et au Canada.

Les suggestions de bières d’été de Sébastien Ste-Croix Dubé

Projet Sour Framboises | Cette bière sure à la framboise possède un équilibre entre l’acidité et le fruité de la framboise charnue de fin de saison. Elle accompagne bien la verdure ainsi que le fromage et se prête à merveille aux apéros ensoleillés. | 4,3 %

Chakwow | En collaboration avec Pumpui, c’est une bière unique dans laquelle le houblon est balancé avec du galanga, un gingembre typique de la cuisine thaïlandaise. Elle renferme un corps légèrement voilé qui laisse toute la place aux arômes francs d’agrumes et de gingembre. Sa finale est longue et accompagne bien les plats épicés. | 5,7 %

PILŽ Světlý Výčepní | Cette bière lager blonde d’inspiration tchèque est brassée dans les règles de l’art et met l’accent sur le malt frais, croquant et soyeux. Elle est minérale et bien construite avec une pointe d’amertume rendant la finale sèche. Elle accompagne littéralement tout type de cuisine. C’est la bière de tout moment. | 4 %

Mandrill | Il s’agit d’une bière Saison houblonnée et fermentée avec des levures sauvages de type brettanomyces. Elle possède une amertume marine et des arômes de fruits de la passion. Sa finale est sèche. Elle accompagne à merveille les grillades. | 6 %

3 Balles, 2 Prises | Cette bière New England IPA aux arômes d’agrumes juteux a un corps soyeux et une robe voilée. Tout est une question d’équilibre dans cette bière de baseball aux saveurs de cantaloup, de pamplemousse et de litchi. Accompagne bien les plats relevés, le BBQ et les currys. | 6,6 %

 

Bon à savoir

Fondée en 2015, MaBrasserie est une coopérative de solidarité brassicole située dans une ancienne tannerie dans le quartier Rosemont à Montréal. Elle est composée de partenaires fixes, dont Isle de Garde, Noire et Blanche, Boswell et Broue ha ha. Ceux-ci peuvent utiliser les installations pour brasser leurs bières, et MaBrasserie s’occupe de leur distribution à travers le Québec.

Sur le site de l’Association des microbrasseurs du Québec (AMBQ), il est possible de repérer toutes les brasseries québécoises sur la carte interactive de l’AMBQ, afin de prévoir vos dégustations lors d’une prochaine escapade dans la province.