Du plaisir en boîte

Camille Baribeau (à gauche) et Amélie Royer (à droite) dans leur entreprise Bajoue et Pastel Ludique, à Québec.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Camille Baribeau (à gauche) et Amélie Royer (à droite) dans leur entreprise Bajoue et Pastel Ludique, à Québec.

« La créativité, c’est l’intelligence qui s’amuse. » C’est inspirées de ces mots d’Albert Einstein que deux mamans, l’une formée en orthophonie, l’autre en enseignement au primaire, se sont mises à imaginer des boîtes de jeux éducatifs. D’abord pour leur propre plaisir, puis, beaucoup, pour avoir une raison de réunir enfants et parents autour d’un joyeux moment présent.

Les deux femmes de Québec avaient déjà fait le saut dans l’entrepreneuriat depuis quatre ans en fondant la collection de vêtements Bajoue, lorsque l’envie d’ajouter un produit pédagogique s’est présentée. « On se disait qu’avec nos formations, ça serait le fun de développer ça », relate Camille Baribeau-Portelance, qui a lancé, avec son associée Amélie Royer, la marque Pastel Ludique l’automne dernier. Le concept est simple, mais pas moins réfléchi : chaque boîte thématique contient des objets et un cahier d’activités, conçu en fonction de l’âge de l’enfant.

« Les trois notions qu’on veut travailler, c’est le jeu symbolique, la motricité et le langage. Le langage pour les plus grands [de quatre à six ans], c’est l’éveil à l’écriture. S’amuser avec les lettres, les sons, explique Mme Baribeau-Portelance. Dans ma pratique d’orthophoniste, je remarquais beaucoup la difficulté des parents à jouer avec leurs enfants. Je suis moi-même une maman et je sais que c’est bon de jouer avec notre enfant, de le stimuler, mais comment s’y prendre ? Qu’est-ce qui est bon ? À quelle étape du développement ? On veut bien faire, mais le temps nous manque. On a tous ces mêmes difficultés-là. »

De là est venu le concept d’un ensemble clé en main contenant plusieurs possibilités de jeux, comme du bricolage, de l’observation ou de l’amusement avec l’alphabet. Une première boîte créée en 50 exemplaires pour l’Halloween a trouvé le chemin de 50 familles en un peu plus d’une heure. Depuis, entre 500 et 900 boîtes mensuelles sont envoyées à la grandeur du Québec.

Les dinosaures, la fermette, l’espace : les thèmes permettent d’enrichir l’univers des jeunes, mais sont aussi pertinents pour les parents, remarquent les copropriétaires de l’entreprise. « Ils n’ont pas d’autre choix que d’être là pour gérer le matériel et expliquer les activités, et c’est un point fort, note Camille Baribeau-Portelance. Ça permet d’observer vraiment bien son enfant, de voir ses forces et ses faiblesses. On remarque les difficultés, comme celle de différencier la droite et la gauche. »

Selon Amélie Royer, un constat qui revient, c’est la découverte de nouveaux champs d’intérêts et la surprise « de voir à quel point l’enfant peut rester concentré longtemps, assis à la table ! »

Alimenter l’imaginaire

L’équipe de Pastel Ludique, qui est en train de finaliser le contenu de la prochaine boîte, se réjouit des bons commentaires qui ne cessent d’affluer. Des mots que les deux propriétaires passent à leur bras droit, Cynthia Cassivi, employée responsable en grande partie de leur succès. « Les idées de base, c’est Amélie et moi qui les avons, mais après ça, on demande à Cynthia de développer et on se dit : “Oh, mon Dieu !”. On n’en revient pas ! Elle travaillait en réadaptation avec des adultes lourdement handicapés qui ont un niveau d’âge de trois ou quatre ans. Elle poursuit sa mission de stimulation [et de développement], mais avec les enfants », se réjouit Camille Baribeau-Portelance.

Et qu’est-ce qui rend ces boîtes de jeux si uniques ? « La présence du jeu symbolique, axé sur l’imaginaire de l’enfant, répond-elle. « C’est prendre un objet et s’en servir pour une autre utilité. Se faire son petit monde. Faire varier un item pour qu’il devienne plusieurs choses au travers du jeu. C’est souvent quelque chose qui est difficile à travailler pour les parents. Ils sont souvent mal à l’aise avec le jeu symbolique. Nos guides d’instructions aident les parents à [initier] des petits scénarios », explique Mme Baribeau-Portelance.

L’autre atout est l’apport précieux des jeunes adultes autistes — sous l’égide de l’Intégration TSA — qui s’affairent à tout mettre minutieusement en boîte. Et à tâter, du même coup, le pouls du marché du travail. « Personne ne peut le faire aussi bien qu’eux. Nous sommes fières de ce partenariat. Il y a une grosse partie d’eux dans chacune des boîtes », souligne Amélie Royer, ajoutant vouloir, dans un avenir proche, associer Pastel Ludique à d’autres causes.

Pour l’heure, les associées lorgnent l’Europe francophone pour exporter leur concept. Les voisins anglophones sont aussi dans la mire. « Il y a un besoin évident pour les parents d’avoir des options d’activités [pédagogiques] à portée de main », indique Amélie Royer.

« Avec le temps, les parents vont avoir l’instinct, en voiture par exemple, de dire : “Qu’est-ce qui rime avec tel mot ?” ajoute Camille Baribeau-Portelance. Je me dis : “Les gens achètent nos boîtes, puis un jour ils vont pouvoir faire leur propre boîte avec des choses à la maison”. Le but optimal, c’est quasiment que les gens se désabonnent ! »

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