«Legacy» ou comment le jeu de société est devenu jetable…

Tristan Roulot Collaboration spéciale
Dans le jeu Zombie Kidz, les joueurs doivent éliminer des zombies et ramener des caisses de vivres à l’école, où les héros sont retranchés.
Photo: Scorpion masqué Dans le jeu Zombie Kidz, les joueurs doivent éliminer des zombies et ramener des caisses de vivres à l’école, où les héros sont retranchés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Qui aurait cru que, dans la chasse au gaspillage environnemental qui sous-tend tous nos comportements aujourd’hui, le jeu de société jetable deviendrait l’une des choses les plus excitantes du moment ?  Tout cela tient en un mot : « Legacy ».

Révolution : en 2011, le vénérable Risk, après mille et une versions (plus ou moins bonnes) inspirées de licences hollywoodiennes, telles que Star Wars, Transformers, ou le Seigneur des anneaux, s’offre une cure de jeunesse. Baptisée Risk Legacy, cette nouvelle édition se présente dans une boîte en forme de valise nucléaire. À l’intérieur, des enveloppes cachetées, une carte du monde vierge et des paquets scellés avec ces mots mystérieux « ne pas ouvrir ».Le cadre est posé : le jeu se révélera au fil des parties, comme une pochette-surprise.

Juliette est la première à conquérir toute l’Europe ? La voilà qui saisit un marqueur indélébile et rebaptise le continent directement sur le plateau. Désormais, on parlera du « Protectorat de Julietta ». Pierre parvient à réunir une combinaison de cartes : il ouvre un nouveau paquet et découvre des troupes de choc, qu’il pourra utiliser dans les parties suivantes. À la fin de cette grande campagne militaire, le jeu sera marqué pour toujours, tout aura été révélé, et les joueurs posséderont un plateau à nul autre pareil. Un souvenir définitif de leurs longs après-midi passés à batailler pour la conquête de ce monde futuriste. Un testament.

Zombie Teenz

Les jeux « Legacy » obligent à une présence régulière des mêmes joueurs autour de la table. Parce que l’addition « relâche + confinement » égale « une suite de longues journées passées en famille », c’est l’idéal pour transformer ces vacances toutes particulières en un moment mémorable. Zombie Teenz est la suite parfaite du déjà excellent Zombie Kidz. Idéalement pour 4 joueurs, à partir de 8 ans, il demande à nos héros de repousser une invasion de zombies. Le graphisme cartoon n’est jamais horrible, les personnages offrent une belle diversité, et les premières parties débutent avec des règles simples, pour une introduction sans effort : se déplacer, éliminer des zombies et ramener des caisses de vivres à l’école, où nos héros sont retranchés. Le jeu se complexifiera de manière progressive, et c’est toute l’essence du jeu Legacy qu’on trouve dans cette petite boîte, avec des pochettes cachetées, pleines d’autocollants et de surprises ! On lutte, on s’entraide, on triomphe tous ensemble, et vient le moment de la récompense : quels secrets va révéler la prochaine enveloppe ? Des zombies plus puissants ? Un équipement aux pouvoirs redoutables ? Un nouveau héros ? Ce seul aspect suffira à maintenir l’intérêt des plus jeunes, et il est bien difficile de les retenir de s’enfiler à la queue leu leu toutes les missions, tellement excités qu’ils sont à l’idée d’ouvrir une autre enveloppe. Un succès immédiat chez nous.

Zombie Kidz : 30 $ env., 2 à 4 joueurs, 8 ans +, Scorpion masqué

Le dilemme du roi

Vous avez de grands ados à ma maison ? La fin de Game of Thrones vous a laissé un goût de trop peu ? Le dilemme du roi offre une expérience unique, qui ravira tant les stratèges en herbe que les amateurs de belles histoires. Les joueurs incarnent chacun le représentant d’éminentes familles rivales, qui siègent au conseil du roi et devront jouer de leur influence pour conduire la politique du royaume. Le jeu se déploie grâce à un élégant système de cartes, qui présentent les événements, positifs ou négatifs, frappant le royaume. Très bien écrites, elles offrent des choix cornéliens. Vaut-il mieux donner le grain au peuple, ou à l’armée, qui fait face à une menace barbare au nord ? Hypothéquer des ressources pour une quête d’anciens artefacts à l’issue incertaine ? Écouter une nonne qui se dit porteuse de la voix divine ou l’envoyer au bûcher ? Aux joueurs de voter, en sachant que chaque décision pèsera l’économie, l’influence militaire, la connaissance ou le moral du peuple ! Quand on sait que chaque famille dispose d’un objectif secret, on comprend que l’intérêt du royaume ne sera pas toujours la préoccupation première des joueurs. Dès que la stabilité du royaume devient compromise par la ruine ou la décadence, que le roi meurt ou abdique, la partie se termine, en général au bout d’une heure. Mais toutes vos actions passées restent inscrites sur le plateau, et l’habile système de sauvegarde de la boîte permet de reprendre l’histoire exactement là où vous l’aviez laissée la veille. Le roi est mort, vive le roi, et un nouvel âge commence. Au bout du compte, c’est toute l’histoire de ce royaume mystérieux, aux accents d’une renaissance italienne fantasmée, qui va se déployer devant vos yeux au fil d’une quinzaine de parties épiques, dont l’issue vous hantera longtemps. Une réussite absolue, récompensée par l’As d’or du meilleur jeu expert au Festival international des Jeux de Cannes.

Le dilemme du roi : 125 $ env., 3 à 5 joueurs, 14 ans +, Iello

À voir en vidéo