La «dolce farniente» à l’heure du thé avec Josée di Stasio

Charles-Édouard Carrier
Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Étant donné que la pandémie nous oblige à en redessiner les contours, l’équipe des Publications spéciales du Devoir est partie à la recherche du plaisir. Dans une série de rencontres mensuelles avec des personnalités inspirantes, on discute en textes et en vidéos de notre conception des plaisirs — et du bonheur, donc. Des petits comme des grands, ceux dont on s’ennuie, ceux que nous avons trouvés ou retrouvés. Rencontre avec Josée di Stasio autour d’un thé bien chaud et de toutes ces petites douceurs du quotidien qu’on apprend à mieux apprécier, quand on apprend à s’arrêter.

Pour Josée di Stasio, on ne se nourrit pas que de ce qu’il y a sur la table. On se nourrit aussi des rencontres inspirantes et des plaisirs du quotidien que l’on a trop longtemps tenus pour acquis. Celle qui voit la standardisation en cuisine comme étant aux antipodes de la spontanéité, la recette a toujours été prétexte à quelque chose de plus grand et, surtout, de beaucoup plus humain.

Même si la page du calendrier indique que nous sommes toujours en janvier, la température frôle le point de congélation depuis quelques jours. Sur le rebord de la fenêtre de la cuisine de Josée di Stasio, de longs glaçons translucides rétrécissent une goutte à la fois. À l’intérieur, à côté de la cheminée où brûlent sept ou huit chandelles, elle nous reçoit, un thé chai à la main. Un thé chai bien poivré qui fait du bien et qu’elle prend plaisir à offrir à notre petite équipe de tournage.

Sans faire l’exercice de la rétrospective, parce que les projets à venir ne manqueront certainement pas une fois la pandémie derrière elle, la Josée di Stasio devant nous assure que la personnalité publique que l’on connaît est la même que celle que l’on retrouve loin des projecteurs. Douce, pétillante et chaleureuse. « Je n’ai jamais joué de rôle dans les émissions que j’ai faites, affirme-t-elle. J’y suis allée selon mes envies, autant dans la cuisine que dans les voyages et les rencontres. »

Se faire confiance, sans plan

Bien candidement, Josée di Stasio confie n’avoir jamais eu de plan de carrière précis. « Plus jeune, j’enviais ceux qui savaient déjà ce qu’ils allaient faire plus tard. J’ai plutôt fait le choix d’avancer, un projet à la fois. » Une décision qui demande de mettre de côté les certitudes, si elles existent vraiment, et de se faire confiance. « Quoi de plus satisfaisant que de se laisser porter par ses envies pour définir un plan de carrière ? » demande-t-elle. C’est dans ce chemin tracé par les passions et les rencontres que Josée di Stasio a trouvé son bonheur.

Parmi les nombreuses leçons que la vie nous enseigne, elle se demande si ce n’est pas un peu cliché de dire qu’il faut oser sortir de sa zone de confort. Puis elle se ravise et assume pleinement sa réponse, parce que c’est exactement ce qu’elle a fait jusqu’à maintenant. Choisir une vie où le confort n’est qu’un concept plus qu’une source de satisfaction : « Même si à première vue, ça peut sembler déstabilisant, ça m’a obligée à développer des compétences auxquelles je n’aurais jamais pensé. Ça m’a permis de suivre mon instinct. Et de là, on comprend que c’est un enchaînement de situations insoupçonnées qui a tracé cette ligne de vie personnelle et professionnelle. »

Écrire le plaisir, cultiver le bonheur

Peu importe la plateforme, à la télé ou dans les pages d’un livre, Josée di Stasio a toujours laissé une grande place à la rencontre, mais aussi à celle du plaisir trouvé dans ce que l’on fait et dans l’importance de vivre au moment présent. D’ailleurs, en lisant les critiques de ses nombreux livres, « bonheur », « plaisir » et « réconfort » sont des mots qui reviennent immanquablement. Et c’est peut-être parce qu’elle nous permet de trouver satisfaction dans la préparation pourtant si simple d’un bouillon de légumes ou d’un beurre maison que ça nous fait autant de bien. « Ça vient naturellement pour moi, dans la mesure où j’ai aussi besoin de réconfort. »

S’accorder du temps, enfin

Dans un mode de vie où l’on est toujours dans l’action, il n’y a pas beaucoup d’espace pour l’appréciation des petites choses. Dans son cas, il y a toujours eu un livre, une émission, un voyage qui l’attendaient au détour, « même les vacances y trouvaient difficilement leur place ». Lorsqu’on est absorbé par la volonté de créer, d’avancer et de concrétiser des projets, il est difficile de déterminer ce qui fait du bien au corps et à l’âme. Toutefois, avec plus d’espace pour la réflexion depuis bientôt un an, on change graduellement la façon dont on voit la vie. « La différence vient peut-être de là. Toujours occupés, on ne peut pas prendre suffisamment de recul pour comprendre où nous en sommes. Moins remplir son agenda permet de voir plus clair. »

Ouvrir les yeux sur les petites choses du quotidien pour les apprécier, justement, c’est donc ce qu’elle fait de plus en plus : « Cette période de pandémie oblige à porter plus attention aux gestes qui viennent meubler un quotidien qui ne ressemble à rien de ce que l’on connaissait. Pour se réapproprier cette nouvelle réalité, aujourd’hui plus que jamais, il faut savoir reconnaître que les choses ne peuvent pas être parfaites. Marcher, lire, s’arrêter. Ce qui est très intéressant dans la démarche de cette dernière année, c’est d’arriver à accepter la beauté de l’imperfection. »

On se reverra au printemps

Parmi les plats préférés de Josée di Stasio, on trouve des choses extrêmement simples, comme un bon pain ou un thé partagé à la bonne heure. Aussi satisfaisant, sinon plus, que n’importe quel produit luxueux, dit-elle. Et même si prendre un moment avec Josée di Stasio, ce n’est pas que parler de cuisine, les parallèles entre la vie et la table sont nombreux. On comprend, en écoutant la mélodie de son rire, que lorsqu’elle nous dit que les meilleures pâtes ne sont pas celles faites avec le plus d’ingrédients, c’est une façon bien à elle de nous dire que la plus belle des vies n’est pas nécessairement celle qui est la plus flamboyante.

Que tenons-nous plus pour acquis que la lumière du jour ? Pourtant, c’est la réponse de Josée di Stasio lorsqu’on lui demande de se prononcer sur ce qu’elle a hâte de retrouver au printemps : « La lumière. C’est tout et c’est beaucoup… » Pas de grands projets ni de grands voyages, quelque chose de tout simple, mais si grand. « Je n’ai aucune idée arrêtée sur ce que sera mon printemps, ni l’été, ni l’automne. Suivre la lumière, c’est déjà amplement. »

Thé masala chai

Un mélange d’épices inspiré d’une recette de Lakshmi Sundaram. Chacun, chacune l’ajuste à son goût. Josée partage sa recette des plus réconfortante et qui embaume la maison, telle quelle l’a préparée et offerte lors de cette entrevue.

INGRÉDIENTS

  • 500 ml (2 tasses) d’eau
  • 1 bâton de cannelle de 8 cm (3 pouces) brisé en deux
  • ½ c. à thé de graines de cardamome ou une douzaine de capsules de cardamome vertes écrasées légèrement au mortier
  • 8 clous de girofle
  • 10 grains de poivre noir
  • 1 morceau de gingembre de 5 cm (2 pouces) tranché finement
  • 2 à 4 c. à thé de miel ou de sirop d’érable ou plus au goût (facultatif)
  • 500 ml (2 tasses) de lait d’avoine, d’amande ou de lait entier
  • 24 ml (1 ½ c. à soupe) de thé noir ou Rooibos (non parfumé)
    

PRÉPARATION

Dans une casserole, porter l’eau et les épices à ébullition. Réduire la chaleur, laisser mijoter tout doucement 15 minutes. Ajouter le miel, remuer pour le dissoudre, puis ajouter le lait et porter de nouveau à ébullition. Baisser le feu à doux et ajouter le thé (1 ½ c. à soupe ou 2 selon la force du thé). Laisser infuser 3 à 5 minutes selon le thé choisi. Filtrer et servir dans un bol ou une tasse.

 

Note : On peut doubler la recette, la filtrer et la réserver au frigo. Il n’y aura plus qu’à faire réchauffer.



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