Décider de se choisir

Martine Letarte Collaboration spéciale
Pourquoi autant de moments magiques se vivent-ils dans les retraites de yoga? s’interroge l’autrice.
Photo: Rima Kruciene Pourquoi autant de moments magiques se vivent-ils dans les retraites de yoga? s’interroge l’autrice.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

La crise actuelle et ses répercussions vont modifier notre façon de voyager. Désormais, pour nombre d’entre nous, où aller sera peut-être moins essentiel que la raison pour laquelle nous souhaitons partir. Chaque semaine, une personnalité, un collaborateur, un passionné raconte ce qui lui donne la bougeotte et une envie irrépressible de découvrir de nouveaux paysages.


  

Les parents veulent qu’on les rejoigne dans leur maison des Cantons-de-l’Est, le beau-frère nous invite au chalet, l’ami veut qu’on parte en road trip en Gaspésie. Mais moi, de quoi ai-je envie ? Une question importante, qu’on peut pourtant facilement oublier de se poser à travers toutes les sollicitations. Lorsqu’on se sent déconnecté, dépassé par les événements et qu’on a envie de se retrouver, la retraite de yoga peut être particulièrement séduisante.

Été 2015. J’ai quitté quelques mois auparavant mon conjoint après une relation de onze ans. J’ai compris ce que je ne veux plus dans la vie, mais je ne sais pas encore très bien ce que je veux. Je suis brûlée, j’ai besoin de vacances, mais je n’ai pas de plans. Lorsque je vois passer l’annonce d’une retraite de yoga avec une professeure extraordinaire sur le bord d’un lac à Sutton, tout devient soudainement clair. C’est là que j’irai faire le vide… et le plein !

J’y suis allée seule, comme la plupart des autres participants. En arrivant sur le site avec ma grosse valise, ma colocataire me lance un regard dubitatif et me prévient : « Tu devrais prendre seulement ce dont tu as besoin pour dormir. Il y a de la marche à faire en forêt avant d’arriver à notre chalet. Je vais t’aider. »

Une chance que je l’ai écoutée, parce que c’est finalement littéralement une petite montagne qu’on a gravie — avec le fou rire — avant de trouver la cabane en bois au sommet !

Face à soi-même

Plusieurs heures de yoga chaque jour, jour après jour, c’est dur physiquement et mentalement. On se retrouve face à soi-même, à ses forces, à ses limites. Tout ce yoga nous amène pratiquement dans un état second, alors qu’on ne boit pourtant que du thé vert !

Se retrouver dans un environnement ressourçant dans la nature, où on a seulement à suivre les cours de yoga, à se servir dans le buffet végétarien et à sauter dans le lac pour se rafraîchir aide aussi à se relâcher. Tout va tranquillement, on ne fait pas de plans, on laisse les envies monter. Fatigué ? Ce sera une sieste après le dîner. Besoin de se dégourdir les jambes ? Ce sera une marche en forêt.

« À chaque retraite, je retrouve toujours quelques femmes en épuisement professionnel, des mères essoufflées, des professionnelles qui veulent ralentir, et elles sont attirées par l’espace sécuritaire et bienveillant de la retraite, où elles tissent des liens avec des femmes qui partagent leurs intérêts », remarque Marie-Ève Bertrand, fondatrice de POP Spirit, qui organise des retraites 100 % féminines au Québec chaque été en plus d’en avoir tenu plusieurs à Hawaï.

Pour l’humain

Les rencontres faites avec des gens de différents âges et horizons sont aussi précieuses dans les retraites de yoga. À Sutton, en plus de ma colocataire, une scientifique d’origine brésilienne installée à Tadoussac pour étudier les baleines, il y avait cette femme — fidèle lectrice du Devoir — qui a atteint les 80 ans et qui fait du yoga chaque jour. Je me souviens aussi de cette professeure de psychologie qui, en une discussion, m’a donné l’impression de me comprendre davantage que bien des proches.

À Bali, j’ai fait du yoga tous les jours avec des expatriés et des voyageurs aussi passionnés que moi. Ça crée des liens. C’est ainsi que je me suis retrouvée à découvrir l’île avec un camarade de classe qui dirige le seul journal francophone d’Indonésie (Bali Gazette) et qui m’a fait visiter sa fabrique de chocolat.

L’été dernier, c’est dans les Laurentides que je me suis rendue pour une retraite du Centre de yoga Iyengar de Montréal (CYIM). [Martine Letarte s’est jointe à l’équipe de professeurs du centre cet été.] Il s’y trouvait des gens exceptionnels, avec qui j’ai eu des conversations bouleversantes et de nombreux fous rires.

Mais pourquoi autant de moments magiques se vivent-ils dans les retraites de yoga ? « Il y a un groupe qui se forme, on vit des choses ensemble, c’est très humain, et le yoga nous soutient, mais l’expérience vécue va au-delà du yoga », affirme Claudie Berge, copropriétaire du CYIM.

Nous retrouver loin de nos responsabilités et du stress du quotidien, en position d’ouverture face à ce que la vie nous amène, entourés de gens qui, comme nous, sont en quête de bien-être, voilà des ingrédients essentiels pour que la magie opère. Chose certaine, j’irai en retraite de yoga cet été pour faire le vide et le plein… avant la rentrée. Et vous ?